Exercices pour la clef 2D

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exercice 2

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Ne tirez pas sur l'économie argentine!

L'Argentine va mal. La crise économique dans laquelle ce pays se trouve est à ce point préoccupante qu'on n'ose plus essayer d'en imaginer les conséquences à moyen et à long termes.

Le gouvernement de Fernando de la Rua, au pouvoir depuis un peu plus d'un an, est assailli de problèmes économiques, politiques et sociaux. Les forts taux de croissance des années 1991-1994 ont laissé place à une baisse du PIB de 5 %. Le chômage, ajouté au sous-emploi, touche 30 % de la population active, et les divers scandales de corruption qui ont éclaboussé la classe politique ne favorisent ni la confiance des investisseurs, ni le moral des Argentins, dont 21 % avouent souhaiter quitter le pays.

Les économistes désignent du doigt le système de convertibilité, cette sorte d'étalon-or peso-dollar qui, en 1991, sous la houlette du gouvernement de Carlos Menem, a sorti l'Argentine du marasme de l'hyper-inflation et qui pèse maintenant sur l'économie tel un étouffoir monétaire, entraînant une inflation, légère mais générale, et liant indéfectiblement le peso à un dollar toujours plus surévalué. Mais, selon le quotidien argentin "Página 12", ce qui met en danger la stabilité économique et financière de l'Argentine, ce "ne sont pas ses indicateurs économiques, mais une gestion politique désastreuse de la crise". Il est vrai que, si l'économie argentine -- comme le prévoyaient les experts au début de l'année -- avait expérimenté la récupération que vivent ses voisins du Brésil et du Chili, la crise institutionnelle aurait été moins visible aux yeux des marchés internationaux. Cependant, une reprise économique n'aurait pas résolu les graves problèmes structurels du pays. "Les indicateurs économiques sont loin d'être réjouissants, mais restent tout de même honorables", poursuit le journal. Ni la récession, ni le manque d'emploi n'ont détérioré les bases d'une économie qui compte un taux d'inflation négatif, un déficit de la balance des paiements tolérable et des recettes publiques qui se maintiennent malgré la conjoncture défavorable. D'ailleurs, le Fonds monétaire international vient d'accorder au pays une aide de 39,7 milliards de dollars.

L'Argentine possède en effet des atouts incontestables : une main-d'oeuvre bien formée et un système bancaire plutôt sain. Même la "convertibilité" est à l'abri des revirements, tant il serait suicidaire de dévaluer le peso dans un pays si endetté en dollars. Bien sûr, "il faudrait une vraie réforme du système fiscal, qui permettrait de développer le travail du secteur public, ainsi que la mise en place de structures sociales (système de sécurité sociale, éducation...) qui conduiraient les Argentins à retrouver la confiance des années 90 et à relever les défis d'une société moderne dans une économie ouverte", rappelle le quotidien espagnol "El País". Mais, pour que tout cela puisse se faire, il est indispensable qu'il y ait un consensus au sein de la classe politique argentine. Que les partis qui forment "La Alianza", la coalition de centre gauche au pouvoir, réaffirment clairement leurs objectifs politiques et donnent d'incontestables preuves de loyauté à un projet capable d'affronter la crise et d'asseoir les bases d'un pouvoir digne de représenter les Argentins.

Le gouvernement de coalition est un exercice nouveau et difficile à conduire pour l'Argentine, tant le système de gouvernement présidentialiste (les décisions importantes sont prises par le chef de l'exécutif) est ancré dans sa structure. Si l'exercice du pouvoir présidentialiste, qui a eu son utilité pour favoriser la stabilité politique aux heures tourmentées de l'Histoire, exige des décisions rapides et non débattues, la coalition nécessite la recherche d'un accord entre les différents partis. Au sortir de dix années de gouvernement avec ses victoires et ses erreurs finales, l'opposition, pour sa part, pourrait tout à fait récupérer le discours de responsabilité des années 1990-1995 et jouer ainsi le jeu démocratique en repoussant la tentation de l'opportunisme. C'est dans l'analyse honnête de l'action politique, la capacité d'adaptation de ses dirigeants politiques et un vrai débat démocratique que se nichent les plus grands espoirs de dépasser la crise et développer l'énorme potentiel de l'Argentine. La crise économique actuelle est aussi une crise de confiance.

Article légèrement modifié de Christine Lévêque, tiré du site WEB du COURRIER INTERNATIONAL (http://www.courrierinternational.comlien externe), le 22 février 2001.

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© Victor Thibaudeau, mai 2008