Exercices pour la clef 3E

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exercice 2

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La filière viande vit un «Tchernobyl alimentaire»

L'industrie de la viande, depuis trente ans, a répondu à la demande de plus en plus forte des consommateurs. En oubliant quelques principes.

"Monsieur, les cochons n'ont pas encore de cheminées!" À l'instar de ce chercheur, les milieux paysans ont l'épiderme sensible. Pas facile par ces temps de "vaches folles", de fièvre aphteuse britannique et de cochons autrichiens poussés aux antibiotiques d'élever des bêtes en Suisse. "Tagesfleisch, Tagesfest" [Jour de viande, jour de fête], proclamait jadis joyeusement un proverbe alémanique: ce slogan est tombé en désuétude. Les Suisses ont l'impression que la fée Carabosse a fait un stage dans les étables.

En quarante ans, l'animal industriel est devenu une réalité. Sélectionné, inséminé, nourri avec soin, il a été adapté aux désirs des consommateurs et exporté aux quatre coins du monde.

Faut-il s'en plaindre ? Oui, selon la Société suisse de la protection des animaux. "La maladie de la 'vache folle' montre qu'après des décennies d'abus la nature se venge", relève Mark Riessi. Et de proclamer "la fin du système productiviste". Les consommateurs lui donnent raison et leurs producteurs de viande vivent un véritable "Tchernobyl alimentaire". En 1999, avec 53 kilos par an et par personne, la consommation de viande est tombée au-dessous de celle de 1960. Depuis décembre 2000, on situe la baisse entre 15 et 20 % pour le boeuf.

À l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) près de Rennes, en France, on refuse de porter le chapeau. "On pleure la bouche pleine! On se crée des angoisses, tempête Claude Février, directeur de recherche. La science a amélioré la production. Il y a vingt ans, la qualité de la viande était bien pire." Pendant des décennies, les farines animales et les antibiotiques ont été administrés aux animaux pratiquement sans contrôle. La seule priorité était de développer la production afin de suivre la hausse de la consommation. Mais, déjà, les nuages pointaient. Très vite, les scandales alimentaires éclatent et la consommation baisse à partir de 1980. "C'était le début d'une nouvelle tendance dans l'alimentation", remarque Balz Horber, directeur de l'Union suisse des maîtres bouchers. "Il faut croire que les gens étaient saturés de viande." Pour faire pièce à la méfiance des consommateurs, les lois fédérales fleurissent. Élevage, détention et protection des animaux, préservation de l'environnement, la machine législative se met en marche. Elle bloque l'entrée des hormones sur le marché. Vingt ans plus tard, elle interdit la distribution d'antibiotiques préventifs (janvier 2000) et proscrit les farines animales (mais à des rythmes variables, le porc et la volaille ne sont privés de farines carnées que depuis janvier 2001...).

"Pendant longtemps, il y a eu une censure sur les problèmes", relève Mark Riessi. Il cite une anecdote: "En 1989, déjà, dans le sud de la France, j'ai filmé des bêtes atteintes de 'vache folle' vendues sur un marché, mais les paysans m'ont pris le film." Dans les années 90 enfin, la Suisse, qui s'est rendu compte que le productivisme agricole fonçait dans le mur, tente de promouvoir une agriculture diversifiée et multifonctionnelle. Curieusement, malgré l'accumulation des scandales, les statistiques n'enregistrent aucune baisse de la consommation entre 1990 et 1999. La raison ? "La baisse du boeuf a été compensée par la hausse des autres viandes", avance Barlz Horber. Mais ce bon temps semble bien fini. L'industrie alimentaire vit aujourd'hui le discrédit qu'a connu l'industrie nucléaire après l'explosion de Tchernobyl, en 1986.

Existe-t-il vraiment une alternative à la production industrielle des animaux? Pour Mark Riessi, l'avenir, ce sont les labels. "Ils assurent un élevage raisonnable des animaux et un revenu aux éleveurs." Mais pourra-t-on produire autant qu'aujourd'hui et à bon marché? "L'élevage à l'ancienne, c'est possible pour les riches sans souci de production", explique Claude Février. Mark Riessi l'admet volontiers: "À l'avenir, il faudra produire moins et accepter de payer la viande plus cher."

La domestication des animaux par l'homme a entraîné, depuis des millénaires, l'échange de maladies entre le pasteur et le troupeau. Sautant la barrière des espèces, beaucoup de micro-organismes d'origine animale se sont adaptés à l'homme. Le virus de la rougeole, par exemple, provient d'une mutation de l'agent de la peste bovine; de même, on peut rattacher les agents responsables de la tuberculose ou de la petite vérole chez les humains à leurs équivalents animaux. On sait aussi que la grippe nous est transmise par l'intermédiaire des cochons et des canards, la coqueluche par celui des cochons et des chiens, le paludisme par les oiseaux. Au fil du temps, l'organisme humain -- en particulier celui des populations denses d'éleveurs, dont nous descendons -- s'y est habitué. Même s'il y a parfois eu des ratés, comme pour la grippe espagnole, qui a tué des million de personnes en Europe vers 1918. Mais l'adaptation a été encore plus dévastatrice pour les populations non immunisées, qui n'avaient eu aucun contact pendant des siècles avec le bétail répandu en Asie et en Europe. Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, 95 % de la population indigène du Nouveau Monde a été anéantie par les microbes venus d'Europe.

Article de Marc Bretton, paru dans la TRIBUNE DE GENÈVE et reproduit dans le COURRIER INTERNATIONAL (http://www.courrierinternational.comlien externe), numéro 544, 5 avril 2001.

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