Exercices pour la clef 5A

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exercice 2

Texte de base pour l'exercice
(les problèmes seront présentés à la suite de chaque partie du texte à l’intérieur d’une nouvelle fenêtre)

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Première moitié du texte

Les derniers Mohicans du cyberespace

Contrairement aux idées reçues, les hackers ne sont pas des criminels. Ils prônent l'égalité et la démocratie dans un monde où l'argent a tout corrompu.

Pour les organisateurs du grand rassemblement national évangéliste qui s'est tenu cet été à Las Vegas, la seule ombre au tableau était la présence en ville de plusieurs milliers de hackers venus participer au DefCon, le raout annuel de la communauté clandestine du Net. Le DefCon pourrait passer pour une affaire répugnante. Pourtant, les poses nihilistes propres à effrayer un évangéliste contredisent une culture dont l'optimisme frise la folie douce -- une culture qui, d'après Frederick Brooks, gourou de la programmation et auteur de The Mythical Man-Month, "attire ceux qui croient aux happy-ends et aux bonnes fées". Partisans avoués des plus sombres réquisitoires de Nietzsche, ces artisans de l'ère post-ENIAC professent une éthique résolument radieuse. Leur engagement en faveur de systèmes ouverts est bienheureusement libre des froides tendances darwinistes qui encombrent la pensée cyberlibertaire. Comme l'a remarqué Eric Raymond, l'auteur de The Cathedral and the Bazaar, la philosophie hacker est fondée sur le concept de "l'échange radical justifié par les sains concepts de l'économie de marché, mais pas vraiment fondé sur un élan économique". À l'aube de ce monde post-Napster et post-Linux, les hackers "authentiques" se considèrent comme les croisés d'une "libertation" numérique que nous devrions accueillir à bras ouverts au lieu de la redouter.

Bien entendu, pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec le jargon informatique, le terme "hacker" est synonyme de criminel; c'est quelqu'un qui viole les réseaux privés et prend son pied en semant gratuitement le chaos. Demandez au premier quidam venu de définir ce mot et il vous parlera d'énergumènes qui piquent des numéros de cartes de crédit, font des casses chez e-Bay et détournent de leur orbite les satellites de la NASA. Pour eux, "hacker" est presque une insulte, l'équivalent d'un pirate de la route ou d'un défoncé au crack. Certes, les médias sont les premiers responsables de cette conception qui fait des hackers une bande de criminels, mais le milieu pirate lui-même fourmille d'irresponsables qui ont contribué à empoisonner leur réputation.

Une éthique antiprofit qui fait écho au marxisme

Les puristes estiment en effet que voleurs et frimeurs ne méritent pas le label hacker. Les vrais hackers -- ceux qui ont défini les bases de la culture pirate -- se proclament les descendants des amateurs de modèles réduits ferroviaires qui peuplaient le Massachusetts Institute of Technology (MIT) à l'époque d'Eisenhower. Dans son livre Hackers: Heroes of the Computer Generation, publié en 1984 et devenu depuis un classique, Steven Levy a décrit en détail comment ces jeunes gens se sont transformés, de bricoleurs de bobines électriques qu'ils étaient, en programmeurs altruistes dont le plus grand plaisir est de résoudre des problèmes.

Les derniers héros du milieu hacker sont les directeurs de projets de logiciels fondés sur le système d'exploitation libre 4.4 BSD Lite, mis au point à l'université de Californie de Berkeley à la fin des années 70. Le système gratuit dont ont accouché les projets baptisés FreeBSD et OpenBSD est sans conteste supérieur à la plupart des produits Linux, à la fois en termes de sécurité et de "portabilité". En préférant les récompenses intrinsèques aux satisfactions extrinsèques, les hackers se retrouvent en étrange compagnie philosophique. Quoique résolument hostiles à toute Église, ces technophiles volontairement austères cultivent le même terrain spirituel que les grandes religions de ce monde. Les évangélistes qui sont repartis horrifiés de Las Vegas trouveraient certainement réconfortante l'absence de cupidité des hackers -- après tout, l'amour de l'argent n'est-il pas l'un des grands interdits de cette bonne Bible? Raymond compare cette insatiable curiosité intellectuelle à celle des artistes instinctuels et loue chez les hackers cette quête de "la pure satisfaction artistique que procure le fait de concevoir un beau logiciel et de le faire fonctionner. Les gens chez qui cela ne constitue pas une motivation significative ne deviendront jamais des hackers, tout comme ceux qui n'aiment pas la musique ne deviendront jamais des compositeurs."

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Seconde moitié du texte

Andrew Sullivan a remarqué que l'éthique antiprofit fait écho à un autre système de valeurs plus contemporain: le marxisme. Dans un article du New York Times Magazine paru en juin dernier, le journaliste qualifiait cette sensibilité de "point.com.munisme" et citait l'échange de fichiers MP3 comme preuve de la renaissance du communisme dans le cyberespace, une sorte de Marxisme 2.0. "En transformant la propriété physique en e-propriété duplicable à l'infini, écrivait Sullivan, le vieux problème humain du 'mien' et du 'tien' trouve sa solution radicale." En réalité, les hackers considèrent avec mépris les tentatives auxquelles se livrent les intérêts privés pour transformer le cyberespace en un archipel d'îlots e-commerciaux solidement fortifiés. Une part de ce sentiment découle de la foi qu'entretiennent les hackers à l'égard de ce que The Economist a qualifié de "mythe fondateur d'Internet", à savoir qu'Internet s'est créé en dehors du champ de contrôle gouvernemental et que toute volonté d'aménagement équivaudrait à un coup d'État capitaliste immoral et illégal. Pour eux, le monde virtuel devrait rester un éden dépourvu de règles et de toute forme de contrainte, et c'est pour cette raison qu'ils ont bâti une légende qui étaie cette conception.

La technologie des réseaux au service du bien

Mais Sullivan surestime la ferveur idéologique du milieu hacker. Fortement influencés par la doctrine libertaire du laisser-faire, les hackers n'ont guère envie de contribuer à l'avènement de la dictature du prolétariat, ni d'ailleurs de tout autre régime politique fort. Ils se contentent de professer que la liberté d'information est inévitable et que discuter des mérites d'un tel système reviendrait à une gigantesque perte de temps. Et c'est précisément pour cela que, plus que toute autre communauté, les hackers ne craignent pas un cyberespace dépourvu de règles. Les institutions de régulation ont été conçues pour contrôler les instincts humains; les hackers, eux, pensent que leurs semblables n'ont rien à voir avec ces brutes dégénérées imaginées par des philosophes politiques ringards. Le cyberespace doit permettre à cette bonté innée d'émerger; tout le monde adoptera l'éthique des hackers et produira de la connaissance pour le pur plaisir de l'accomplissement. La technologie des réseaux détient la clé qui libérera la décence fondamentale de l'être humain.

Les critiques se gaussent de cette vision, qu'ils qualifient de grave myopie. Ils posent la question de savoir comment les producteurs de propriété intellectuelle pourront nourrir leurs familles dans un monde où n'existeront ni copyright ni brevet. Ils bousculent le mythe fondateur chéri par les hackers, qui évacue les contributions essentielles apportées par le Pentagone. Ils redoutent que la vie privée vole en éclats dès lors que tout disque dur pourra être scanné à distance dans un cyberespace dépourvu de garde-fous. Pourtant les hackers écartent ces préoccupations d'un revers de main, non pas tant parce qu'ils y ont trouvé des réponses que parce qu'ils sont aveuglément convaincus qu'Internet est prédestiné à devenir un animal parfait. Ils n'ont pas encore imaginé comment Napster et Metallica pourraient cohabiter pacifiquement, mais ils ne craignent pas un avenir privé de speed metal. À mesure que le Net suit son cheminement vers la pleine maturité, affirment-ils, tous ces petits détails qui suscitent tant de polémiques aujourd'hui finiront par se résorber d'eux-mêmes.

Les cyberpunks seront-ils les Pollyannas du XXIe siècle? Seront-ils les mêmes gamins paranoïaques obsédés par les conspirations maçonniques et les menées de la National Security Agency [les grandes oreilles du gouvernement américain]? Les mêmes scotchés du clavier qui se dandinent comme des robots sur des chansonnettes industrielles pleines d'autodérision? Même si c'est dur à avaler, plutôt que: "l'information veut être libre", le mantra hacker du moment pourrait aussi bien être: "la foi sera récompensée". Les évangélistes applaudiraient des deux mains.

Article de Brendan Koerner, paru dans FEED et traduit et reproduit sur le site WEB du COURRIER INTERNATIONAL (http://www.courrierinternational.comlien externe), le 4 avril 2001.

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© Victor Thibaudeau, mai 2008