Principes de logique
Définition, énonciation, raisonnement, Presses de l'Université Laval, 2006

Couverture du livre «Principes de logique»

Cet ouvrage s'est mérité

Résumé
(converture arrière)

Les choses que nous connaissons sont parfois entremêlées ou bêtement empilées dans notre esprit. De même, ce que nous en disons est quelquefois assez confus. Enfin, nous éprouvons régulièrement des difficultés à justifier ce que nous pensons être vrai. Ces lacunes peuvent se révéler assez embêtantes dans la vie quotidienne. A fortiori, dans la vie intellectuelle et en particulier dans des études universitaires, elles peuvent constituer un sérieux handicap. Or, nous pouvons y remédier en partie en découvrant et, surtout, en apprenant à appliquer dans notre vie intellectuelle un certain nombre de principes d'ordre logique.

Cet ouvrage comporte une partie théorique relativement élaborée, mais développée en songeant qu'il s'adresse principalement aux étudiants et étudiantes de niveau universitaire, en tous domaines, désireux d'améliorer leurs habiletés à penser dans leur propre spécialité. Pour cette raison, la théorie y est exposée en des mots simples et illustrée avec une multitude d'exemples tirés de plusieurs disciplines et champs d'étude. De plus, les exposés théoriques sont suivis d'exercices mettant en jeu, eux aussi, des textes authentiques empruntés à diverses sources. L'expérience montre que cette approche permet d'améliorer de façon significative les habiletés en lecture et en rédaction.

Avant-propos
(p.XIX à XXIV)

Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous souhaitons dire brièvement ce qui caractérise cet ouvrage et distinguer divers niveaux de lecture qu'on peut en faire. Nous voulons aussi, à l'adresse de ceux et celles qui l'utiliseront pour développer diverses habiletés intellectuelles, faire quelques recommandations concernant les exercices et les corrigés des exercices.

Un peu d'histoire

Bien que très personnel, cet ouvrage est le fruit d'un travail auquel ont collaboré, au fil des ans, plusieurs professeurs, chargés de cours et auxiliaires d'enseignement. Au risque d'en oublier, nous voulons d'entrée de jeu souligner les contributions particulières de quelques-uns et quelques-unes.

D'abord, le nom de l'ouvrage (Principes de logique) est avant tout le nom d'un cours donné à l'Université Laval depuis 1979, sous l'impulsion du professeur John R. Gallup et avec qui l'auteur de ces lignes a travaillé à titre d'assistant de recherche et d'auxiliaire d'enseignement dès 1980. Beaucoup des idées développées dans cet ouvrage sont inspirées des enseignements et des préoccupations du professeur Gallup.

D'autres également ont apporté des contributions importantes au développement du cours et du matériel (textes et exercices) qui ont servi de tremplin au présent ouvrage. Mentionnons Raynald Valois, Michel Sasseville, Louis Brunet, Bruno Tremblay, Christine Daigle, Louis-André Richard, Marcel Côté, Denis Rhéaume. Certaines de leurs contributions sont soulignées aux endroits opportuns dans le texte.

Bien qu'il le faudrait, nous ne saurions par ailleurs nommer les nombreux étudiants et étudiantes à la maîtrise ou au doctorat qui ont travaillé dans l'équipe Principes de logique depuis 1980 et qui ont tous ajouté à l'affaire quelques grains de sel. Ces idées ne seraient pas non plus ce qu'elles sont sans les milliers d'étudiants de toute discipline et champ d'études à qui on les a présentées et qui, par leurs questions et leurs commentaires, nous ont aidé à les amener à ce degré de maturité.

Nous tenons aussi à remercier particulièrement Emmanuel Vachon, chargé de cours à la Faculté de philosophie de l'Université Laval, qui entre autres choses a lu et commenté avec dévouement, intelligence et science diverses versions de cet ouvrage. Il a aussi contribué de façon significative au développement de plusieurs exercices ou corrigés d'exercices. Des traces de ses recherches, critiques, suggestions, exemples se trouvent par conséquent sur toutes les pages. Cet ouvrage ne serait pas ce qu'il est sans sa généreuse complicité.

Quant à nous qui avons rédigé cet ouvrage, nous avons dirigé l'équipe Principes de logique de façon officieuse à partir de 1990, et officiellement à partir de 1995 quand nous sommes devenus professeur à la Faculté de philosophie de l'Université Laval. Depuis cette date, nous avons consacré une part considérable de notre temps à ce cours, à des questions connexes touchant plus généralement l'organisation et l'expression de la pensée et à des questions de formation fondamentale et de pédagogie universitaire. Cet ouvrage représente en quelque sorte la somme d'une quinzaine années d'efforts dans une même direction.

Le propos

Cet ouvrage est consacré à l'étude des produits de trois processus qui sont au coeur de la vie intellectuelle :

  1. la définition, c'est-à-dire la saisie claire et bien délimitée des choses que l'on connaît ou croit connaître;
  2. l'expression de ce que l'on pense être vrai, formulée dans une phrase énonciative;
  3. la justification rationnelle, fondée sur des principes, des faits ou des analogies, de ce qu'on prétend vrai -- qui s'exprime pour sa part dans un raisonnement.

Bien que comportant une partie théorique relativement élaborée, l'ouvrage est conçu principalement pour des étudiants et étudiantes de niveau universitaire, en tout domaine, visant un but pratique : améliorer leurs habiletés à penser dans leur propre spécialité. Par suite, aucun développement théorique n'est fait pour lui-même et de façon abstraite. Les sujets abordés le sont parce que, à notre expérience, ils sont susceptibles d'aider une personne à voir plus clair dans sa pensée et à acquérir plus d'aisance dans sa vie intellectuelle. Pour cette raison, la théorie est toujours développée en faisant intervenir à sa base même une multitude d'exemples tirés de plusieurs disciplines et champs d'étude, trouvés dans divers types de publications. Les développements théoriques débouchent tous, par ailleurs, sur des exercices mettant également en jeu de vrais exemples (cohérents ou problématiques) de définitions, d'énoncés et de raisonnements, tirés eux aussi de diverses sources. Ces exercices ont tous des corrigés complets et détaillés.

L'organisation matérielle de l'ouvrage fait en sorte qu'il peut être lu à plusieurs niveaux et utilisé pour diverses fins. On peut évidemment le consulter de façon très libre, simplement pour prendre connaissance de ces sujets et des outils que nous proposons pour aider une personne à mieux organiser ses idées et ses connaissances. Dans le contexte d'un cours d'introduction à la logique ou d'une approche autonome du sujet dans le but personnel de développer ou de renforcer certaines habiletés, on sera invité à s'en tenir au texte principal sans trop s'attarder aux notes en bas de pages et aux encadrés nommés « approfondissement », puis à se concentrer sur les exercices proposés. Quant à ces notes et encadrés, qui dépassent presque toujours les visées pratiques de l'ouvrage ou son caractère introductoire, ils intéresseront peut-être un peu plus les spécialistes et les étudiants ou étudiantes plus avancés.

Quelques particularités de l'ouvrage

L'une des particularités de l'ouvrage tient au recours constant qui est fait à des exemples réels et contemporains. Au lieu simplement de répéter, en nous appuyant entre autres sur la tradition aristotélicienne, qu'une définition, par exemple, est constituée d'un genre et d'une différence spécifique, en citant quelques cas tirés de cette littérature ou bâtis sur mesure pour bien cadrer avec la théorie, nous avons regardé si on trouvait fréquemment en sociologie, en histoire de l'art, en marketing, en génie électrique, en chimie, en médecine, etc., de telles définitions. Se pourrait-il que cette théorie de la définition ne s'applique qu'à une science idéale, et peut-être surannée? Pour démontrer que tel n'est pas le cas, il a fallu d'une part s'y attarder longuement, éplucher les dictionnaires scientifiques et les glossaires accompagnant les ouvrages savants dans les domaines considérés, discuter avec des spécialistes de plusieurs domaines, puis aller bien au-delà des règles un peu simplistes que l'on trouve dans trop de manuels de logique. Le fait est qu'après une étude superficielle de la logique, on est rarement mieux outillé pour penser la matière, le vivant, la psyché, le social, l'art, le langage, etc. Or, nous croyons au contraire, et entendons le démontrer par cet ouvrage, qu'une étude approfondie de la logique peut être vraiment utile si elle est suffisamment bien ancrée dans le discours savant réel.

Une autre particularité de l'ouvrage, profondément liée à la préoccupation décrite au paragraphe précédent, tient à l'importance que nous accordons à l'étude de la première opération de l'intelligence (portant sur la saisie et la définition des choses). C'est un sujet négligé et traité en général très rapidement, superficiellement et avec trop peu d'ancrages concrets -- les rares exemples utilisés étant dans la plupart des cas faits sur mesure, plutôt que tirés de la vraie vie intellectuelle, celle, répétons-le, dont on trouve des traces dans les dictionnaires savants, les articles de revues, les essais. Nous tentons de combler cette lacune parce que des confusions à ce niveau sont à la base de plusieurs des difficultés qu'une personne éprouve dans sa vie intellectuelle. Le sujet est certes un peu complexe -- beaucoup plus abstrait en tout cas que ce qui se rapporte à l'étude des produits de la deuxième et de la troisième opérations de l'intelligence -- mais il est fondamental, passionnant et vraiment utile.

Soulignons aussi l'attention que nous portons aux multiples liens qui existent entre les lois de la pensée et la structure de la langue française. Chaque fois que cela s'y prête, nous combinons à l'analyse logique diverses considérations fondées sur l'histoire des mots ou inspirées de travaux en linguistique. Cela permet souvent, nous semble-t-il, d'approfondir l'analyse et de donner des explications susceptibles d'avoir un impact réel sur les habiletés en lecture et en rédaction.

Notons enfin que cet ouvrage utilise un système inédit de représentation graphique des produits des trois opérations de l'intelligence. Un texte, présenté en annexe et s'adressant principalement aux spécialistes en logique, en expose les bases théoriques. D'autres explications plus pratiques, placées aux endroits opportuns dans le manuel, permettent d'en saisir l'essentiel et d'en tirer le meilleur parti. Comme on le verra, le recours à ce système de représentation, combiné aux nombreux schémas utilisés pour introduire, exposer ou pour résumer divers points de théorie, facilitent la compréhension d'une série de sujets très abstraits, et par suite assez complexes.

Les exercices et les corrigés d'exercice
conseils aux étudiants et étudiantes

On peut étudier la logique simplement pour comprendre comment les connaissances s'organisent ou peuvent s'organiser dans l'esprit d'une personne. Mais on peut aussi étudier la logique pour découvrir et apprendre à appliquer certains principes permettant à une personne de mieux ordonner les idées et les connaissances qu'elle a ou qu'elle acquiert. C'est l'optique que nous privilégions dans le présent ouvrage.

Une telle étude de la logique se doit d'être à la fois théorique et pratique. Il convient en effet d'étudier sérieusement un certain nombre de notions et de principes. Mais il importe aussi, et peut-être surtout, de faire plusieurs exercices : une habileté, qu'elle soit manuelle ou intellectuelle, se développe par la répétition de certains actes méthodiques. Il faut lancer avec application mille fois un ballon dans un panier pour apprendre à le faire facilement et sans faute; il faut aussi répéter plusieurs fois le même mouvement intellectuel pour apprendre à bien le faire.

Mais si les exercices en question mettent en jeu des gestes mentaux, cela ne signifie pas qu'ils doivent être faits seulement mentalement. Au contraire, pour atteindre sa fin, un exercice de logique devrait être fait concrètement, c'est-à-dire en répondant par écrit aux problèmes présentés et en formulant des phrases complètes. Comme le notait dans un autre contexte l'historien André Ségal, « la matière peut être à l'état gazeux, liquide ou solide, [de même] la pensée peut avoir trois niveaux de consistance : le niveau mental informulé, le niveau de la formulation orale, le niveau de la formulation écrite. Il est essentiel, poursuivait-il, de donner à sa pensée, autant qu'il se peut, une forme solide, une formulation écrite. » Ainsi, pour circonscrire une pensée, quelle qu'elle soit, il faut la formuler par écrit. De même, pour apercevoir dans un exercice qu'on comprend ou qu'on ne comprend pas, il faut avoir formulé la réponse au problème explicitement et en ses propres mots, sur papier ou à l'écran, pour l'avoir précisément devant les yeux.

Il faut être conscient par ailleurs que l'application d'un principe ou d'une distinction d'ordre logique fait presque toujours intervenir deux types de considérations : 1° une connaissance d'ordre essentiellement logique; 2° une connaissance de la matière sur laquelle on l'applique. Par exemple, pour comprendre qu'une notion de physique nucléaire ou d'histoire médiévale est mal définie, il faut savoir ce qu'est une définition, connaître ses diverses formes acceptables, ses règles, ses défauts possibles; mais on doit aussi avoir des connaissances sérieuses en physique nucléaire ou en histoire médiévale. Autrement, les distinctions que l'on fait demeurent souvent superficielles, voire artificielles.

Par suite, des exercices de logique devraient idéalement mettre en jeu des problèmes réels dans une discipline, dans un champ d'étude, dans une pratique professionnelle; et pour être faits, ils présupposeraient chez les étudiantes et les étudiants visés des connaissances suffisantes dans les domaines considérés. On comprendra toutefois que les exercices contenus dans ce manuel ne peuvent pas couvrir tous les domaines possibles ni pousser toujours aussi loin qu'il le faudrait l'analyse des cas présentés. Ces exercices font tout de même appel à une connaissance sérieuse des sujets qui sont pris comme exemples.

Or, dans ce contexte, il arrive inévitablement qu'une personne n'ait pas les connaissances requises pour répondre à un problème particulier présenté dans un exercice. Dans ce cas, elle ne doit pas tenter de jouer à la devinette ni espérer apprendre quelque chose d'important sur le sujet en lisant le corrigé -- ce ne seraient que des mots! Dans ces conditions, elle devrait tout simplement passer au numéro suivant, sur lequel elle a éventuellement quelque connaissance précise. Ce genre d'exercice faisant appel à des connaissances plus spécialisées couvre en effet toujours une diversité de sujets de façon à ce que tout étudiant et toute étudiante puissent s'exercer sur quelques problèmes plus ou moins liés à son domaine d'études. Cela dit, dans la plupart des cas, les connaissances qui sont présupposées pour faire ces exercices demeurent dans les limites des connaissances générales qu'on peut attendre d'un étudiant ou d'une étudiante universitaire. Il peut être utile toutefois, dans plusieurs cas, de consulter un dictionnaire d'usage, comme le Petit Robert.

Vaut-il la peine de préciser, pour terminer cette affaire, que nous ne pouvons pas être au courant des derniers développements et de toutes les subtilités propres à chaque domaine touché dans ces exercices? Quelques-unes des analyses présentées ou présupposées dans les corrigés des exercices pourraient donc s'avérer naïves, incomplètes ou inexactes. Cependant, règle générale, cela ne devrait pas remettre en question la pertinence du principe que l'on veut faire appliquer dans cet exercice. Il serait juste mal appliqué à un sujet mal compris de notre part. La personne qui découvrirait cette difficulté serait sans doute mieux capable que nous de faire la distinction logique qui s'impose (et elle serait bienvenue de nous en faire part!).

Par ailleurs, même si les corrigés des exercices se veulent complets et détaillés, ils ne doivent pas être vus comme une « liste de bonnes réponses ». Plusieurs des problèmes proposés sont complexes et ne peuvent pas toujours recevoir une réponse univoque et sans appel. Il y a souvent d'autres manières d'interpréter un même énoncé ou un même texte, et cela peut conduire à une tout autre analyse -- et à une autre réponse. Cela est rappelé tout au long de l'ouvrage et dans divers contextes. Mais cela doit aussi être bien clair en partant.

Remarquons enfin que le recours au corrigé peut être fort utile lorsqu'on est bloqué dans un exercice, mais si et seulement si on sait bien s'en servir. D'abord -- la chose est évidente mais mérite d'être dite -- on ne doit pas lire le corrigé intégralement en pensant avoir ainsi appris ce qu'il fallait apprendre. On doit plutôt y aller à petite dose, en faisant des allers et retours entre le corrigé et l'exercice. On peut lire le début du corrigé pour mieux saisir ce qu'on demande de faire, puis retourner à l'exercice et faire ou refaire par soi-même les numéros en jeu, puis poursuivre le reste de l'exercice, avec éventuellement quelques autres allers et retours. C'est ainsi qu'on peut le mieux tirer profit de ces corrigés.

Voilà qui est dit! Reste maintenant à faire!

Échantillon du chapitre 1
(p.1 à 10)

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L'auteur

Photo de l'auteur Victor Thibaudeau
Montage photo inspiré
de Philip Geluck

Titulaire d'un doctorat en philosophie politique (1990), Victor Thibaudeaucourriel est depuis 1995 professeur à la Faculté de philosophielien externe de l'Université Lavallien externe. Il y est chargé en particulier de l'enseignement de la logique à des étudiants et étudiantes provenant de toutes les disciplines. En marge de ce travail, l'auteur s'est intéressé à diverses questions concernant plus généralement l'organisation et l'expression de la pensée, la formation fondamentale et la pédagogie universitaire. Il a travaillé aussi au développement de cours accessibles sur Internet (À l'origine de la philosophie: les Présocratiques et Philosophie de l'éducation). Ses recherches récentes portent sur la philosophie de la nature.

Autre publication sur le sujet:
Logique et expression de la pensée, Gaétan Morin éditeur, 1997.lien externe

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© Victor Thibaudeau, mai 2008