Exercices de logique faits avec des textes spécialisés en sciences infirmières

Les choses analogues (équivoques par choix)

Texte analysé dans le présent exercice

TEXTE: D. Blondeau et C. Lambert, "L'autonomie professionnelle des infirmières", in D. Blondeau, Éthique et soins infirmiers, p.161-169.

L'accès à ce texte : rappel.

 

Problème 1

Identifiez, à la p.167, les deux noms qui sont employés par l'auteure pour désigner celui qui, dans notre système de santé, reçoit des soins.

Solutionnaire #1

Problème 2

Si on reste dans le cadre de l'usage moderne établi, un de ces noms est porteur d'univocité alors que l'autre est plutôt équivoque.

Le nom porteur d'équivocité est-il employé, dans ce texte, dans son sens le plus courant? Quel ce sens le plus courant?

Cette équivocité est-elle par choix ou par hasard?

Solutionnaire #2

Problème 3

Quel est l'avantage principal que l'intelligence tire de l'analogie? Quel est son danger principal? Sommes-nous conscients de ce danger, dans le cas de l'analogie ici employée?

Solutionnaire #3

 


Solutionnaire

Solutionnaire - problème 1

Il s'agit des noms "client" et "patient".


Solutionnaire - problème 2

 

Le nom (et non pas l'adjectif) "patient" ne désigne aujourd'hui que la personne qui reçoit des soins médicaux. Autrement dit, dans l'usage habituel et reconnu tel quel par les dictionnaires, toutes les choses qu'on appelle des patients sont univoques: le mot est toujours pris dans à peu près le même sens et la définition de ce sens est la même.

Il en va autrement du mot "client". Le plus souvent, certes, ce nom désigne une personne qui achète un bien ou un service quelconque. C'est en ce sens qu'on parle des clients de tel magasin ou de telle entreprise. Mais quand on parle des "clients" du système de santé ou de la relation "infirmière-client", le mot ne veut pas dire tout à fait la même chose, du moins dans un pays comme le Canada où le gouvernement (alimenté il est vrai par ceux qui, parmi les citoyens, paient des impôts) prend en charge les soins de santé principaux: le patient reçoit un traitement des infirmières et des médecins, mais il ne l'"achète" pas directement (ni même indirectement dans le cas des nombreuses personnes qui ne paient pas d'impôts: les enfants, les assistés sociaux, la majorité des chômeurs, les petits salariés, les vieillards qui n'ont pas de fonds de pension privé, etc.).

En d'autres mots, le "client" du système de santé n'est pas quelqu'un qui achète un bien ou un service, c'est quelqu'un qui reçoit un service ou qui en bénéficie, mais sans que cette relation soit commerciale. Le lien entre ces deux réalités équivoques est évident et explique l'emploi d'un même nom: dans les deux cas quelqu'un, en l'occurrence le "client", obtient quelque chose de quelqu'un d'autre. Il s'agit donc d'équivocité par choix, ou d'analogie.

 


Solutionnaire - problème 3

L'analogie est pour l'intelligence un outil extraordinaire et lui est absolument indispensable. C'est en partie grâce à l'analogie qu'elle peut progresser dans la saisie des choses en s'appuyant sur ce qu'elle connaît déjà: l'intelligence utilise naturellement sa compréhension d'une chose pour saisir non seulement ce qui est essentiellement identique à cette chose mais aussi ce qui lui ressemble de quelque manière et qui en lui-même était plus difficile à comprendre.

La danger qui marque l'usage de l'analogie est que l'intelligence peut ne pas se rendre compte ou tout simplement oublier qu'il n'y a que ressemblance entre les deux réalités qu'elle lie et non pas parfaite identité. C'est donc dire que certaines différences, et parfois des différences importantes, existent toujours entre des réalités analogues. Mais le fait qu'un seul mot soit employé pour désigner les deux réalités peut donner une impression de parfaite identité, d'univocité.

Dans le cas présent, le fait d'appeler le patient un client, c'est-à-dire le fait pour l'intelligence de concevoir le patient à travers sa conception du client (au sens ordinaire du mot), comporte ces mêmes dangers, inhérents à toute analogie. Ainsi, avant d'appeler un patient un client, il faut bien se rendre compte qu'un client au sens ordinaire du mot paye directement pour ce qu'il reçoit; que sans ce paiement il n'a pas, en toute justice, droit à ce bien ou à ce service; que la personne (ou l'entreprise) à qui il achète quelque chose a toujours pour but, et c'est bien normal, de faire de l'argent, et ne vise que son bien propre; que le client a pour seul devoir important de payer ses factures, et qu'il n'a nullement l'obligation de montrer de l'attachement, de la sympathie ou de l'amitié envers le vendeur; etc. Or tout cela est-il aussi vrai du patient? Sont-ce seulement ceux qui paient beaucoup d'impôts qui en toute justice devraient recevoir une chirurgie cardiaque? Le but du gouvernement, qui est le "patron" ultime des hôpitaux, est-il de faire de l'argent et de viser son bien propre, ou de viser le bien commun? Les bénévoles qui travaillent dans un hôpital le font-ils pour participer à une entreprise commerciale? Etc.

 

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