Exercices de logique faits avec des textes spécialisés en sciences infirmières

L'accident propre

Texte analysé dans le présent exercice

TEXTE: M. Hébert, "Le légal et le moral", in D. Blondeau (ed.), Éthique et soins infirmiers, pp.45-52.

L'accès à ce texte : rappel.

 

Problème

Dans la première section du texte ("Divergences", pp.47-49), l'auteur énumère une série de propriétés que possèdent respectivement le légal et le moral. Comme ces propriétés s'opposent entre elles, elles lui servent de fait à distinguer le légal et le moral.

Pour qu'il en soit ainsi, cependant, ces propriétés doivent être de vraies propriétés, c'est-à-dire des propres au sens strict. Mais est-ce vraiment le cas?

Mettez à l'épreuve votre compréhension du texte, la cohérence de ce dernier et votre connaissance des prédicables en vous livrant au petit exercice suivant :

Identifiez et considérez chacun des propres utilisés par l'auteur, et demandez-vous s'il s'agit d'un propre au sens strict ou au sens large en utilisant les critères "seulement" et "tous".

Cela revient à se demander, par exemple, si un propre utilisé à tel ou tel endroit du texte pour séparer le légal du moral est vrai de tous les cas du légal (critère "tous") et s'il ne pourrait pas aussi être attribué à l'espèce opposée, le moral (critère "seulement").

Les espèces et les propres dont il est question, dans ce texte, étant des sujets d'étude assez difficiles, il ne vous est pas demandé ici de régler ces questions une fois pour toutes et avec une absolue certitude, mais de vous servir d'instruments logiques pour pouvoir approfondir une lecture et peut-être même signaler les failles éventuelles de la pensée ou à tout le moins de l'expression d'un auteur.

Solutionnaire


Solutionnaire

Solutionnaire - problème 1

Cet exercice peut prendre plusieurs formes et ne sont ici suggérés que certains questionnements et problèmes possibles, parmi d'autres.

1. Deuxième paragraphe, p.47 :

1.1 la morale s'intéresse davantage à l'épanouissement de l'individu;

1.2 la loi recherche l'ordre nécessaire au sein de la société.

1.1 Les lois qui visent à empêcher les individus de s'entre-tuer, de se voler, de se violer, etc., ne visent-elles pas elles aussi le bien ou l'épanouissement de ces individus? Si une loi assure l'ordre dans la société mais qu'elle est tellement répressive qu'elle rend les citoyens malheureux, ne voudra-t-on pas la changer? N'est-ce pas un signe que la loi vise tout autant l'épanouissement de l'individu, sinon plus, que l'ordre dans la société? D'autre part, n'y a-t-il pas contradiction entre cette différenciation des fins du moral et du légal, et la deuxième partie du texte ("Convergences", pp.49-51), qui semble dire que la finalité du légal lui vient du moral, que sa fin est morale? Ce propre serait donc au mieux un propre au sens large de la morale, et semble plus ou moins convenir, en tout cas tel qu'expliqué dans ce texte, pour séparer le domaine moral du domaine légal.

1.2 La morale ne recherche-t-elle pas elle aussi l'ordre nécessaire au sein de la société? N'est-ce pas au nom de la morale que certains voudraient contrôler par la loi l'euthanasie ou le clonage? Mais il est vrai que l'auteur ne nie pas que la morale s'intéresse à l'ordre dans la société : il dit simplement que son but principal est l'épanouissement de l'individu. Il reste, en tout cas, que "rechercher l'ordre nécessaire au sein de la société" ne peut être un propre au sens strict de la loi, et qu'il s'agirait au mieux d'un propre au sens large.

2. Troisième paragraphe, p.47:

2.1 la morale vise un idéal à atteindre, un "devrait être";

2.2 la loi se limite à fixer les règles minimales pour la vie en société.

2.1 Ne peut-on pas dire aussi de beaucoup de lois qu'elles décrivent non pas ce que les êtres humains font tout le temps mais ce qu'ils devraient idéalement faire? Par exemple, une loi fixe une limite de vitesse qu'il ne faut pas dépasser. N'est-il pas vrai que dans bien des pays (au Québec, par exemple) la plupart des gens dépassent dans les faits cette limite de vitesse? La loi ne décrit-elle pas alors simplement un "idéal à atteindre"? Ce propre serait donc au mieux un propre au sens large de la morale, et semble plus ou moins convenir, en tout cas tel qu'expliqué dans ce texte, pour séparer le domaine moral du domaine légal.

2.2 Dans la plupart des pays occidentaux, aujourd'hui, le prix du lait et les conditions sous lesquelles un fabricant peut inscrire le mot "chocolat" sur un aliment qu'il produit, par exemple, sont rigoureusement fixés par la loi. Peut-on alors dire que toute loi se limite à fixer les règles minimales de la vie en société? Ce propre semble être au mieux un propre au sens large.

3. Premier paragraphe, p.48:

3.1 la morale a une portée universelle;

3.2 la loi se limite à une collectivité donnée.

3.1 et 3.2 La morale occidentale moderne, comme on le voit bien dans les journaux ou dans plusieurs chapitres de ce livre, semble dire que l'avortement n'est pas un meurtre, alors que la morale occidentale d'il n'y a pas si longtemps ou même la morale qui a actuellement cours dans bien des pays non occidentaux soutient de toute évidence le contraire. Est-il donc toujours vrai que la morale a une portée universelle? En outre, n'y a-t-il pas certaines lois qui trouvent leurs équivalents dans à peu près toutes les cultures de la Terre? Des lois contre le vol ou des lois permettant la légitime défense en cas d'extrême nécessité n'existent-elles pas partout et à toutes les époques? Si ces questions sont fondées, ces deux propres, tels que présentés, seraient alors au mieux des propres au sens large, sinon carrément des accidents communs.

4. Deuxième paragraphe, p.48:

4.1 la morale procède par conviction;

4.2 la loi procède par sanction.

4.1 et 4.2 La morale procède-t-elle toujours par conviction? Quand un parent punit un enfant, cela n'est-il pas une sanction? Cela, pourtant, ne se rattache-t-il pas davantage à la sphère morale qu'à la sphère strictement légale? En outre, n'y a-t-il pas des lois qui ne semblent pas vraiment procéder, dans les faits, sous le mode de la sanction et paraissent plutôt ne compter que sur notre bonne volonté? Le gouvernement du Québec, par exemple, dépense beaucoup d'argent pour nous convaincre par des campagnes télévisées de ne pas dépasser les limites de vitesse, et donne pourtant pour consigne à ses policiers de ne pas donner de contraventions à ceux qui ne dépassent pas ces limites par plus de 10 ou 15 kilomètres/heures? Ces propres ne sont sans doute pas des accidents communs, mais à première vue ils en ont l'allure! Des précisions et des justifications supplémentaires de la part de l'auteur seraient certes les bienvenues, ici comme ailleurs.

Des commentaires ?

Tout commentaire, suggestion de changements, d'améliorations, d'ajouts, etc. sont bienvenus. N'hésitez pas à nous en faire part. Nous en tiendrons compte!

Faites de même si vous connaissez un texte qui met en jeu des distinctions logiques du même ordre. Nous aimerions l'ajouter au présent exercice.

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