Exercices de logique faits avec des textes spécialisés en sciences infirmières

La définition


Problème 1

Texte analysé

TEXTE: . Blondeau et C. Lambert, "L'autonomie professionnelle des infirmières", in D. Blondeau, Éthique et soins infirmiers, p.161-169.

L'accès à ce texte : rappel.

Soit l'extrait suivant, en provenance de la p.161:

Ce qu'il importe de saisir (...), c'est que l'autonomie [professionnelle des infirmières] nouvellement acquise est signe d'un affranchissement tant d'un passé de subordination que des liens de dépendance envers les médecins. L'autonomie comme telle ne signifie pas l'indépendance pure et simple au sens d'absence de relations, de liberté sans limites, d'indocilité ou de non-conformisme. En fait, elle se situe au carrefour de relations et se réalise dans le cadre d'un éthos professionnel. En d'autres mots, l'autonomie accorde à ses dépositaires le privilège de se gouverner par eux-mêmes sans devoir, pour agir, s'en remettre à une quelconque autorité.

Ces quatre phrases parlent de l'autonomie professionnelle des infirmières et tentent, de différentes manières, de nous la faire connaître. Considérez que chacune de ces phrases fournit une sorte de description ou de "définition" de l'autonomie professionnelle des infirmières.

Les premières de ces définitions sont très imparfaites, et c'est dans la dernière phrase que la meilleure explication ou définition de cette autonomie est donnée.

Analysez brièvement chacune de ces "définitions" imparfaites et signalez-en au moins un défaut important, en vous rapportant aux lois de la définition étudiées dans le cours.

La présence de ces faiblesses rend-elle ces trois premières définitions inutiles? Que gagnent les auteures -- et leurs lecteurs -- à former des définitions de ce genre?

Réponse 1

Problème 2

n.b. Ce deuxième exercice peut être considéré comme un exercice synthèse sur la première opération.

Texte analysé

TEXTE: . D. Blondeau, "Évolution et définition du service infirmier", in D. Blondeau, Éthique et soins infirmiers, p.119-133.

L'accès à ce texte : rappel.

1)

Relisez le texte en entier. Quel est le propos principal de l'auteure dans ce texte, que veut-elle y expliquer ou montrer avant tout?

Expliquez aussi le propos de chacune des deux sections du texte ("Bref historique" et "Définition du service infirmier") et comment elles sont liées entre elles et au propos principal.

2)

Au deuxième paragraphe de la section "Bref historique", qui commence par les mots "Il est utile de...", l'auteure ne donne pas directement une définition du service infirmier, mais elle en parle quand même indirectement.

Par quel biais le fait-elle? À la fin de la deuxième phrase elle a déjà employé deux procédés de "définition" qui se rangent sous cette façon indirecte d'aborder un sujet. Quels sont-ils?

Quelle utilité ont ces deux procédés pour comprendre le service infirmier actuel? Ce paragraphe même nous montre tout de suite la pertinence de ces procédés.

3.1) Poursuivant son bref historique, l'auteure signale qu'à un moment donné de l'histoire autre chose est venu s'ajouter à ce souci du bien-être de l'autre. Autrement dit, si les deux procédés de définition utilisé précédemment ont permis de mettre en évidence une caractéristique du service infirmier (qu'on peut considérer pour le moment comme étant au moins un propre au sens large, sinon comme une caractéristique essentielle), un regard sur l'histoire du service infirmier montre qu'on est venu à considérer qu'une autre propriété importante devait lui appartenir. Quelle est cette autre caractéristique?
3.2)

Quoique l'auteure ne soit pas en train de formellement et strictement définir le service infirmier et qu'il est trop tôt pour dire ce qui lui est essentiel et ce qui lui accidentel, peut-on tout de suite voir si l'auteur pense qu'une des deux caractéristiques ici abordées est plus importante que l'autre, touche plus profondément, va plus au coeur du service infirmier que l'autre? Si oui, laquelle?

Qu'est-ce qui vous permet de répondre ainsi? (Pensez aux notions de cause et d'effet.)

3.3) Le problème logique ici en jeu pourrait-il ou devrait-il avoir des impacts sur la façon dont on conçoit la formation des infirmières?
4.1)

Au troisième paragraphe de la p.124 (qui se poursuit au début de la p.125), l'auteure, ou plutôt l'école de pensée qu'elle décrit, se sert de deux notions pour différencier le service infirmier de la médecine. Quelles sont ces notions?

Exprimez ces notions sous forme de prédicables pouvant être dits du service infirmier et de la médecine respectivement.

De quelle causalité sont tirés ces différences?

4.2)

Que semble penser l'auteure, aux pp.124-125, de cette différenciation?

Quoique ce ne soit pas parfaitement explicite, n'avez-vous pas l'impression qu'elle admet la pertinence d'une de ces différences, mais qu'elle serait peut-être prête à abandonner l'autre? En d'autres mots, comment nuance-t-elle la position de l'école de pensée décrite précédemment?

Réponse 2

 


Corrigé

Réponse - problème 1

Les réponses qui suivent sont on ne peut plus sommaires et ne sont données qu'à titre indicatif.

La première définition dit, en gros, que l'autonomie professionnelle des infirmières est le signe ou l'effet de la rupture du vieux lien de subordination face aux médecins. Cette définition peut être vue comme une définition par la cause efficiente: cette rupture est ce qui a causé ou produit le défini. À moins qu'on ne choisisse de l'analyser comme une définition négative: l'autonomie professionnelle des infirmières n'est pas la subordination aux médecins. Dans les deux cas, cette définition ne se fait pas par des termes essentiels, c'est-à-dire ne dit pas directement ce qu'est le défini: selon la première analyse, on se sert d'une cause extrinsèque au défini pour l'expliquer, alors que selon la deuxième, on dit ce que n'est pas le défini plutôt que ce qu'il est.

La deuxième définition dit, en gros, ce que n'est pas l'autonomie professionnelle des infirmières: une absence de relations, une liberté sans limites, etc. Cette définition est donc négative et ne se fait pas en termes essentiels, c'est-à-dire ne dit pas directement ce qu'est le défini.

Il est fort difficile, pour le lecteur ordinaire, de saisir ce que la troisième définition dit, en gros. Or c'est justement là que le bât blesse: que veut dire, exactement, cette définition? Elle est basée sur une métaphore (carrefour) et d'une notion abstraite nommée par un mot étranger et inconnu de la plupart (ethos). La définition est plus obscure que ce qu'on cherche à définir: elle n'est pas faite en termes clairs. D'ailleurs, qu'est-ce que les auteures sentent le besoin de faire tout de suite après avoir donné cette définition? Une définition équivalente ("en d'autres mots"), mais claire et compréhensible.

Si on excepte la troisième définition, qui ne semble rien apporter, les définitions plus imparfaites pavent la voie à la meilleure définition, qui clôt l'extrait: savoir ce que n'est pas le défini et d'où il vient n'est pas savoir ce qu'il est, essentiellement, mais c'est un savoir qui prépare peut-être à mieux comprendre la véritable définition essentielle et à ne pas se méprendre sur son extension.


Réponse - problème 2

1)

L'ensemble du texte est clairement orienté vers la définition du service infirmier: l'auteure veut expliquer et faire comprendre ce que signifie être infirmière, et tous les éléments du texte se rapportent de près ou de loin à cette fin.

La deuxième partie du texte est celle qui colle de plus près à cette fin générale: c'est là que l'auteure définit, formellement, son objet. Quant à la première partie, elle prépare à la deuxième en faisant un bref historique du service infirmier qui met en lumière certaines caractéristiques du service infirmier qui seront utilisées dans la partie suivante.

2)

Au début de ce paragraphe l'auteure aborde le service infirmier à travers les mots qui le nomment. Plus spécifiquement, elle en donne la traduction anglaise ("nursing") et mentionne les nombreux sens actuels (prendre soin, certes, mais aussi allaiter, bercer, chérir, etc.) et l'étymologie de ce mot ("nutrix", nourrice).

Il arrive qu'un auteur procède de la sorte simplement pour faire une introduction savante ou plaisante à son sujet, sans plus, mais ici l'utilité de ces façons de faire est tout de suite annoncée en troisième et quatrième phrases: cette brève considération de mots qui nomment le sujet met en lumière des caractéristiques positives qu'il possède de fait, notamment le don de soi et l'ouverture à l'autre. Ces idées reviendront, sous une forme ou une autre, dans la partie où l'auteure définira plus strictement le service infirmier.

3.1) Le service infirmier, en plus de comporter le souci de l'autre (la "préoccupation morale"), doit aussi reposer sur une connaissance scientifique (des maladies, des techniques, des médicaments, etc.).
3.2) Cette deuxième caractéristique, au moins une propriété au sens large, est clairement subordonnée, aux yeux de l'auteure à la première: on veut, après tout, "mieux connaître pour mieux soulager". La présence de la deuxième propriété s'explique par celle de la première comme un effet s'explique par sa cause finale: c'est parce que l'infirmière a pour fin première le bien-être de son patient qu'elle doit aussi posséder certaines connaissances scientifiques. En ce sens, cette deuxième caractéristique est moins profonde, moins proche de l'essence du service infirmier.
3.3) Si l'auteure a raison, il est évident que la formation des infirmières ne doit pas comporter qu'une dimension scientifique, ni la sélection des candidates à la profession se faire uniquement ni même surtout en fonction de leurs qualités intellectuelles: la formation et les qualités morales (don d'empathie, intérêt pour l'autre, désir d'aider, etc.) doivent aussi prendre beaucoup de place. N'y a-t-il pas actuellement, d'ailleurs, certains débats analogues concernant la formation des médecins qui reposent sur la relation à établir entre les deux propriétés ici discutées?
4.1) Une école de pensée a utilisé l'opposition entre les notions de caring et de curing pour mieux distinguer le service infirmier de la médecine. Ainsi, l'infirmière ferait du caring, c'est-à-dire donnerait des "soins d'entretien et de maintien de la vie", alors que le médecin ferait du curing, c'est-à-dire donnerait des "soins de traitement de la maladie". De toute évidence, on touche ici la cause finale, comme le montre bien la dernière phrase du premier paragraphe de la p.125, qui parle du caring comme d'un idéal moral du service infirmier.
4.2) L'auteure ne rejette pas cette différenciation, mais la nuance peut-être en acceptant que le caring est UNE valeur fondamentale de service infirmier, et que celui-ci ne concerne pas seulement le traitement de la maladie, mais tout le malade. L'opposition entre caring et curing ne reflète sans doute pas parfaitement toute la complexité de la relation entre le service infirmier et la médecine. Les deux prédicables formés précédemment ne sont probablement pas de véritables différences ou propres au sens strict: on ne peut pas dire, par exemple, que toute infirmière donne des "soins d'entretien et de maintien de la vie" et que cela ne s'applique jamais au médecin, ou que tout médecin donne des "soins de traitement de la maladie" et que cela ne s'applique jamais à l'infirmière. Mais il est clair, pour l'auteure, que la notion de caring doit être incluse de façon ou d'une autre dans une définition du service infirmier.

 

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