Exercices de logique faits avec des textes spécialisés en biologie

Les prédicables


1 : Les cinq prédicables (1)

2 : Les cinq prédicables (2)

3 : L'essentiel et l'accidentel

4 : Le nécessaire et l'essentiel : la différence spécifique et le propre

5 : La division d'un genre


Problème 1

Les cinq prédicables (1)

Lisez le texte suivant :

L'acide urique de l'urine (...) a une double origine.

Une partie, de beaucoup la plus importante, provient des nucléoprotéides de l'alimentation. L'importance de cet acide urique, d'origine exogène, dépend de la richesse plus ou moins grande en nucléoprotéides des aliments absorbés. Le taux d'acide urique dans l'urine augmente quand on augmente la ration en viande, les morceaux les plus riches en nucléoprotéides étant le ris de veau (thymus), le foie, le pancréas. Les oeufs, le lait et les aliments azotés d'origine végétale sont pauvres en nucléoprotéides, et l'augmentation de la ration alimentaire en ces substances n'augmente pas sensiblement l'excrétion d'acide urique.

Mais une partie de l'acide urique urinaire a une origine endogène: elle provient de l'usure des tissus, c'est-à-dire de la dégradation des nucléprotéides tissulaires. On peut évaluer la grandeur de la production endogène d'acide urique en dosant l'acide urique urinaire chez un sujet dont l'alimentation est dépourvue de protides à noyaux puriques. Cette valeur est de 0,6g en moyenne en vingt-quatre heures. L'élimination d'acide urique d'origine endogène est peu augmentée par l'effort musculaire, mais l'est davantage dans certains cas pathologiques, comme dans la leucémie, où les destructions cellulaires sont importantes.

Dans la maladie de la goutte, le métabolisme purique est troublé. Il y a précipitation de sels de l'acide urique dans les tissus, et surtout dans les articulations, d'où les crises de douleurs articulaires. Cette anomalie peut être due à une insuffisance de l'élimination urinaire de l'acide urique, ou à une affinité spéciale des tissus pour l'acide urique ou à d'autres causes, mais elle n'est pas due à une augmentation de la production endogène d'acide urique. Il est évident que, dans cette affection, il faut éviter les aliments producteurs d'acide urique. (Bresse, p.906 - référence complète)

En vous référant à ce qui est expliqué dans ce texte et à votre gros bon sens, dites quel rapport de prédicabilité le deuxième élément de chacun des couples suivants entretient avec le premier:

1.1 acide urique / provenir des nucléoprotéides de l'alimentation.
1.2 acide urique / être en quantité importante dans l'urine.
1.3 viande / ris de veau.
1.4 ris de veau / être riche en nucléoprotides.
1.5 acide urique d'origine endogène / provenir de l'usure des tissus.
1.6 leucémie / pathologie.
1.7 tissu / avoir une affinité importante pour l'acide urique.
1.8 goutte / être due à une insuffisance de l'élimination urinaire de l'acide urique.
1.9 goutte / être atténuée ou guérie par l'élimination de l'alimentation des aliments producteurs d'acide urique.
1.10 articulation / tissu.

(Pour simplifier les choses, on ne tiendra compte, dans le solutionnaire, que des critères "tous" et "seulement" lorsque viendra le temps de distinguer les propres et l'accident commun.)

Solutionnaire #1

Problème 2

Les cinq prédicables (2)

Lisez le texte suivant, sur le suc pancréatique.

Le volume de suc pancréatique recueilli à l'aide d'une fistule en vingt-quatre heures est environ de 300 centimètres cubes chez un Chien de 15 kilogrammes. Chez l'Homme, ce volume, apprécié à l'occasion de fistules accidentelles, est de 1000 centimètres cubes environ.

Le suc pancréatique est un liquide visqueux, clair ou un peu opalescent, inodore, nettement alcalin. Son pH est compris entre 8 et 9. Sa densité est de 1,007. Il contient en dissolution dans l'eau environ 15 p. 1000 de substances solides, dont à peu près la moitié de matières minérales et la moitié de matières organiques.

Les matières minérales sont essentiellement des chlorures et du bicarbonate de sodium, ainsi que du phosphate de calcium.

Les matières organiques sont des protides (globulines), qui rendent le suc pancréatique coagulable par la chaleur. Le suc contient enfin trois séries de diastases, à savoir une amylase, une lipase et des enzymes protéolytiques. (Bresse, p.591 - référence complète)

2.1 En vous fiant au texte et à votre gros bon sens, dites quel rapport de prédicabilité le deuxième élément de chacun des couples suivants entretient avec le premier:
2.1.1 volume de suc pancréatique recueilli à l'aide d'une fistule en vingt-quatre heures, chez un homme / être de 650 centimètres cubes.
2.1.2 volume de suc pancréatique recueilli à l'aide d'une fistule en vingt-quatre heures, chez un homme / être de 1000 centimètres cubes environ.
2.1.3 fistule / accidentelle.
2.1.4 suc pancréatique / liquide.
2.1.5 suc pancréatique / visqueux.
2.1.6 suc pancréatique / avoir un pH de 8.
2.1.7 suc pancréatique / contenir en dissolution dans l'eau environ 15 p. 1000 de substances solides.
2.1.8 matière organique / protide.
2.1.9 amylase / lipase.
2.2 Trouvez dans ce texte deux propriétés du suc pancréatique dont l'une découle de l'autre.

(Pour simplifier les choses, on ne tiendra compte, dans le solutionnaire, que des critères "tous" et "seulement" lorsque viendra le temps de distinguer les propres et l'accident commun.)

Solutionnaire #2

Problème 3

L'essentiel et l'accidentel

Lisez l'extrait suivant et accordez une attention particulière au passage qui contient le mot "essentiel".

Les indications sommaires que nous avons données sur la composition chimique des diverses vitamines nous ont montré que ces constituants alimentaires sont à ce point de vue bien différents les uns des autres. Mais un de leurs caractères essentiels est le fait que l'organisme animal est incapable d'en faire la synthèse et qu'il doit les emprunter à ses aliments, c'est-à-dire, en remontant à la source première, directement ou indirectement au règne végétal. C'est un des aspects de la nature hétérotrophique des organismes animaux. (Bresse, p.536 - référence complète)

Que pensez-vous de cet emploi?

La caractéristique qui est ici dite "essentielle" des vitamines l'est-elle vraiment (au sens que nous donnons à ce mot dans le cours PL)?

Expliquez votre réponse, en commentant ce court extrait.

Solutionnaire #3

Problème 4

Le nécessaire et l'essentiel : la différence spécifique et le propre

D'après l'auteur du texte suivant, quelle sorte de prédicable est "capable de se reproduire" par rapport à l'être vivant? Expliquez votre réponse.

Dans un être vivant, tout est agencé en vue de la reproduction. Une bactérie, une amibe, une fougère, de quel destin peuvent-elles rêver sinon de former deux bactéries, deux amibes, plusieurs fougères? Il n'y a d'êtres vivants aujourd'hui sur la terre que dans la mesure où d'autres êtres se sont reproduits avec acharnement depuis deux milliards d'années ou plus. Qu'on imagine un monde encore sans habitants. On conçoit que puissent s'y organiser des systèmes possédant certaines propriétés du vivant, comme le pouvoir de réagir à certains stimulus, d'assimiler, des respirer, de croître même; mais non de se reproduire." (Jacob, pp.12-13 - référence complète)

Solutionnaire #4

Problème 5

La division d'un genre

Voici un texte portant sur ce qu'est une espèce, en biologie. Lisez-le et répondez ensuite aux questions qui le suivent:

Il existe plusieurs concepts différents de ce qu'est une espèce.

Une espèce biologique (au sens de Dobzhansky et Mayr) est un groupe d'individus ou de populations d'individus qui se reproduisent entre eux et qui occupent une niche écologique spécifique en nature. C'est donc la capacité de se reproduire qui détermine les limites de l'espèce, et non la présence ou l'absence de certaines caractéristiques morphologiques ou physiologiques communes. Ce concept d'espèce ne fait pas l'unanimité car il ne s'applique pas vraiment aux organismes qui se reproduisent asexuellement.

Une espèce évolutionnaire est une lignée évolutive formée de populations ancestrales et de leurs descendants qui est distincte des autres lignées évolutives et qui a son propre destin. Ce concept s'applique également aux organismes se reproduisant asexuellement.

Une espèce phylogénétique est un groupe d'organismes qui peuvent être distingués d'autres groupes et auquel appartiennent les ancêtres et les descendants d'une lignée évolutive. Selon cette définition, une espèce est une unité monophylétique. (Morin, pp.157-158 - référence complète)

5.1 Est-ce que les notions d'espèce biologique, d'espèce évolutionnaire et d'espèce phylogénétique résultent de la division de la notion "espèce" en trois espèces subordonnées? Sinon, de quoi s'agit-il?
5.2 Expliquez en termes d'extension la supériorité qu'attribue l'auteur à la deuxième définition du mot "espèce" par rapport à la première.

Solutionnaire #5


Solutionnaire

Solutionnaire - problème 1

1.1 Accident commun, quoiqu'il y ait une tendance naturelle qui fait que la plupart des quantités d'aide urique, sinon toutes, proviennent des nucléoprotéides de l'alimentation. En ce sens, on peut à la limite y voir une sorte de propre au sens large.
1.2 Accident commun, puisque cette importance ne lui est pas propre et ne semble pas non plus nécessaire.
1.3 Espèce.
1.4 Propre au sens large, puisque si cela n'est pas parfaitement propre au ris de veau, au moins tout ris de veau normal possède-t-il cette caractéristique constitutive.
1.5 Au moins un propre au sens large, puisque cette caractéristique appartient à tout acide urique d'origine endogène. Il y a même de bonnes chances que cette caractéristique joue de fait le rôle de différence pour distinguer les deux "sortes" d'acide urique.
1.6 Genre.
1.7 Propre au sens large ou accident commun, selon que les tissus soient ou non les seuls à posséder cette affinité importante (qu'il faudrait définir).
1.8 Propre au sens large ou accident commun, selon que la goutte soit ou non la seule pathologie à posséder cette caractéristique (qu'il faudrait définir).
1.9 Au moins un propre au sens large, puisqu'il semble que toute goutte possède cette caractéristique.
1.10 Genre.


Solutionnaire - problème 2

2.1.1 Accident commun.
2.1.2 Au moins un propre au sens large, puisque cette caractéristique se présente avec régularité, c'est-à-dire dans à peu près tous les cas.
2.1.3 Accident commun: la cause de la fistule, un coup de fusil par exemple, est justement dite accidentelle parce qu'elle n'entretient aucun lien de nécessité avec la nature ou l'essence de la fistule.
2.1.4 Genre.
2.1.5 Propre au sens large, puisqu'il s'agit d'une caractéristique commune à tous les sucs pancréatiques, mais qui ne leur est sans doute pas exclusive.
2.1.6 Accident commun.
2.1.7 Au moins un propre au sens large, puisqu'il s'agit d'une caractéristique commune à tous les sucs pancréatiques.
2.1.8 Espèce.
2.1.9 À strictement parler, la lipase n'est pas dite de l'amylase, et donc n'en est pas un prédicable. Mais il y a quand même un lien indirect de prédicabilité: il s'agit de deux espèces d'un même genre, diastase.
2.2 Le suc pancréatique a la propriété (tirée de la causalité matérielle) de contenir des protides (globulines), ce qui en lui confère une autre, celle d'être coagulable à la chaleur. Celle-ci découle donc de la première.


Solutionnaire - problème 3

Le fait que la vitamine ne puisse être synthétisée par l'animal ne fait pas partie de l'essence de la vitamine elle-même ni ne la définit. Cette caractéristique lui est extrinsèque, et des vitamines continueraient à exister, et donc à être des vitamines, même si en un claquement de doigt on faisait disparaître le règne animal et son incapacité à synthétiser des vitamines.

Comme le montre la dernière phrase du texte, de fait, cette caractéristique est à rattacher à l'essence ou à la nature animale, plutôt qu'à l'essence de la vitamine. L'auteur aurait sans doute mieux fait d'utiliser le mot "important" ou "commun": "l'un des caractères communs à toutes les vitamines, c'est que..."


Solutionnaire - problème 4

Cette caractéristique vient donner une qualification du vivant, et pour l'auteur il s'agit clairement d'une caractéristique nécessaire et propre du vivant. L'auteur semble considérer cette caractéristique comme étant au moins un propre au sens strict vivant, puisqu'elle permet à coup sûr, pratiquement, de discriminer entre ce qui est vivant et ce qui ne l'est pas.

Les autres propriétés du vivant mentionnées (réaction, assimilation, respiration, croissance) seraient des propres au sens large, puisque, toujours selon l'auteur, tout vivant possède ces caractéristiques mais on peut imaginer que certain non-vivant les possède aussi.

De fait, l'auteur semble considérer la reproduction comme LA caractéristique qui définit le vivant et qui fonde sa structure profonde, comme SA différence spécifique.


Solutionnaire - problème 5

5.1

Il ne s'agit pas ici, malgré certaines apparences, de diviser la notion "espèce" (conçue comme un genre) en ses espèces, "espèce biologique", "espèce évolutionnaire" et "espèce phylogénétique". Si c'était le cas, il faudrait que le genre reçoive UNE définition, applicable exactement de la même façon dans le cas de chaque espèce. Or l'espèce biologique, l'espèce évolutionnaire et l'espèce phylogénétique sont-elles dites des espèces au même sens? Justement, non, et le texte est assez clair là-dessus: les trois derniers paragraphes expliquent trois sens différents que peut prendre ce mot. Il s'agit donc ici de la division d'un mot équivoque en ses significations, ou de l'énumération et de l'explication de choses équivoques, c'est-à-dire différentes mais comportant le même nom.

Malgré ces différences, ces trois choses dites ici "espèces" ont quand même certaines ressemblances. Dans chaque cas, par exemple, on tente de délimiter un groupe d'organismes. L'équivocité est donc, manifestement, par choix plutôt que par hasard: il y a analogie logique.

5.2 En considérant comme espèce simplement le groupe d'organismes qui se reproduisent en eux, on se trouve à exclure les organismes asexués: la notion d'espèce ainsi définie a moins d'extension que le nombre de choses qu'on estime important de couvrir. La deuxième façon de concevoir l'espèce, en biologie, a l'avantage d'englober aussi les organismes sexués: l'extension du concept est plus grande.


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