Exercices de logique faits avec des textes spécialisés en histoire

Tout intégral / tout universel / tout virtuel

(voir la remarque)


Problème 1

On peut dire, selon le texte qui suit, que l'histoire se divise en deux fonctions principales.

Identifiez, dans le texte, ces deux fonctions et expliquez de quelle sorte de division il s'agit, de quelle sorte de tout et de parties il s'agit.

Pourquoi l'auteur choisit-il cette sorte de division? En quoi cela est-il pertinent à une interrogation "sur l'efficacité culturelle des pratiques éducatives"?

Nous proposons ici une réflexion sur la fonction de l'éducation historienne dans la culture des Québécois et particulièrement sur le rôle de l'école secondaire. Nous ne tracerons pas l'évolution de l'enseignement de l'histoire depuis 1962, ni son bilan actuel. D'autres l'ont fait avec précision, optimisme ou ironie. Par contre nous tenterons de cerner quelques perspectives, dominées à vrai dire par le problème incontournable que posent les deux fonctions conférées à l'histoire et pourtant peu compatibles: renforcer l'identité collective et développer l'esprit critique. La réflexion sur les fonctions éducatives de l'histoire nous amènera à nous interroger sur l'efficacité culturelle des pratiques éducatives.

(extrait de André Ségal, "L'éducation par l'histoire", dans F. Dumont et Y. Martin, L'éducation 25 ans plus tard! et après?, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1990, p.241-267, tel que reproduit dans André Ségal, Penser le passé au présent, Québec, Université Laval, 1993, ¥A28, p.1)

Solutionnaire #1

Problème 2

Identifiez tout d'abord le sujet principal du paragraphe suivant. Essayez ensuite de mettre à jour la structure interne du traitement que fait de ce sujet l'auteur à l'aide des notions de tout et de partie.

D'après l'auteur, aurait-on avantage, pour mieux comprendre ce sujet, à le considérer comme un tout? Si oui, comme quelle sorte de tout? quelles en seraient les parties? Expliquez.

(...) il nous reste à préciser la portée que nous donnons à l'"éducation". L'éducation n'est pas l'instruction. Elle n'est pas seulement la formation de l'esprit par l'acquisition de savoirs intellectuels. L'éducation englobe l'instruction mais tend à développer toutes les facultés par lesquelles l'éduqué s'adapte à l'environnement naturel et social et devient capable d'y jouer un rôle personnel et conscient. L'éducation est inévitablement transmission de la culture sociale et donc instrument de reproduction de la collectivité. Mais elle est aussi nécessairement et prioritairement construction de la culture personnelle, donc de l'autonomie de l'individu. Éduquer c'est conduire hors de soi, hors de l'expérience immédiate, hors de ce que certains nomment avec délectation le "vécu" personnel. Éduquer c'est précisément ouvrir à ce que l'on n'a pas vécu soi-même, à un savoir extérieur, celui dont on hérite parce qu'il vient des générations précédentes, celui qu'on emprunte parce qu'il vient d'un monde étranger, parfois tout proche comme la classe sociale en haut de la pente douce, parfois lointain comme les pays du Soleil levant. L'éducation est bien entendu plus ou moins large, plus ou moins ouverte. Mais, dans tous les cas, elle s'oppose à l'"inducation", qui consisterait à ressasser le vécu personnel de l'"induqué", plutôt que de s'en servir comme d'un tremplin. À l'éducation ainsi conçue, l'histoire est admirablement adaptée.

(extrait de André Ségal, "L'éducation par l'histoire", dans F. Dumont et Y. Martin, L'éducation 25 ans plus tard! et après?, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1990, p.241-267, tel que reproduit dans André Ségal, Penser le passé au présent, Québec, Université Laval, 1993, ¥A28, p.2-3)

Solutionnaire #2

Problème 3

Dans l'extrait qui suit, l'auteur procède à la division de l'histoire.

1) Dans le premier paragraphe, quelles sont les parties résultantes de la division? De quelle sorte de parties (intégrales, subjectives, virtuelles) s'agit-il? Quel critère de division est employé? Ce critère n'est-il pas lui-même le résultat d'une division? Si oui, il s'agit de la division de quelle sorte de tout (universel, intégral, virtuel)? Expliquez chacune de vos réponses.

2) Dans les deuxième et troisième paragraphes, l'auteur procède à une autre division de l'histoire, faite cette fois-ci en fonction des différentes méthodes et techniques de l'histoire. Quelles parties résultent de cette division? De quelle sorte de division s'agit-il? Expliquez.

Les champs de l'étude historique sont vastes et multiples. Le "territoire" de l'historien s'est considérablement étendu depuis les années trente. À l'histoire politique et l'histoire des relations internationales, à l'histoire de la "civilisation" (arts, lettres, pensée) et l'histoire de l'Église, se sont ajoutées l'histoire économique, l'histoire sociale, l'histoire "économique et sociale". Ensuite, l'histoire géographique, l'histoire de la vie quotidienne, l'histoire des mentalités. Sans compter les champs plus particuliers : histoire militaire, histoire des techniques, histoire rurale, histoire urbaine, histoire des femmes, histoire de la famille, histoire des travailleurs, histoire des marginaux, histoire de la délinquance, histoire du climat.... Certaines histoires sont traditionnellement distinctes : histoire de l'art, histoire de la littérature, histoire des sciences.

Chacun de ces champs - et la liste pourrait s'allonger beaucoup - a ses spécialistes, ses techniques et parfois des méthodes particulières, variables selon les périodes étudiées et selon les régions étudiées, qui sont souvent les territoires des États.

La diversité des champs (types d'activités), des espaces et des durées n'est pas seule à déterminer les formes de l'histoire. Les techniques et les méthodes déterminent parfois aussi des formes d'histoire particulières, avec leurs spécialistes et leurs réseaux scientifiques. Elles se distinguent par une théorie générale, comme l'histoire marxiste ou par la systématisation d'une technique, comme l'archéologie, la biographie, l'histoire sérielle, l'histoire orale.

(Extrait de André Ségal, Penser le passé au présent, Québec, Université Laval, 1993, ¥C10, p.1)

Solutionnaire #3


Solutionnaire

Solutionnaire - problème 1

Le texte dont ce paragraphe est extrait a d'abord paru dans un recueil consacré à l'éducation, mais il a été repris par son auteur dans un ouvrage d'introduction à l'histoire. On comprend facilement pourquoi, quand on sait qu'une bonne manière d'appréhender et de faire connaître une chose est de la considérer comme un tout et de l'étudier à travers ses parties. En effet, on cherche ici à mieux faire comprendre l'histoire en examinant ses potentialités ou ses fonctions principales, c'est-à-dire ses parties virtuelles:

1) renforcer l'identité collective

2) développer l'esprit critique.

Ce tout ne se dit pas de ses parties, contrairement au tout universel, et son existence est présupposée à l'actualisation de ses potentialités: une discipline historique doit être constituée avant qu'on puisse espérer la voir remplir ses fonctions.

Cette division, si elle est bien faite, sera sans doute très utile à l'auteur dans sa discussion ultérieure sur l'efficacité de la façon dont on enseigne l'histoire dans nos écoles. En effet, c'est surtout à la lumière des fonctions de l'histoire qu'on pourra juger de la valeur ou de la pertinence de ces pratiques éducatives: permettent-elles oui ou non à l'histoire de remplir ses fonctions? En d'autres mots, enseigne-t-on l'histoire de façon à ce que l'identitié collective et le sens critique des jeunes soient renforcés et développés? Si oui, les méthodes d'enseignement sont valables; si non, elles sont à revoir.


Solutionnaire - problème 2

L'extrait en question tourne surtout autour de l'éducation et de ce qu'elle peut faire, c'est-à-dire de ses fonctions ou parties virtuelles.

Tout d'abord, l'auteur soutient qu'on a tort d'identifier éducation et instruction, de considérer ces deux choses comme étant une seule et même chose. De fait, et comme il le dit, l'éducation "englobe l'instruction": l'éducation instruit, certes, mais elle est un tout qui a, entre autres, pour fonction d'instruire.

Comme tout autre tout, le tout virtuel qu'est l'éducation comporte plus d'une partie. C'est un peu l'idée que tente principalement de défendre l'auteur, ici: l'éducation ne se réduit pas à la fonction d'instruction, au simple fait de transmettre un savoir collectif déjà accumulé et constitué. Elle est plus que cela, car elle comporte une deuxième fonction principale: elle sert aussi à rendre l'individu autonome et à lui permettre de penser par lui-même, d'être capable de s'ouvrir aux expériences vécues par d'autres et de se les approprier. En mots plus simples, l'éducation ne sert pas qu'à remplir le crâne de données: elle sert aussi et surtout à rendre l'individu capable de faire véritablement siennes ces données.

Ce tout ne se dit pas de ses parties, contrairement au tout universel, et son existence est présupposée à l'actualisation de ses potentialités: une quelconque forme d'éducation doit être constituée avant qu'on puisse espérer la voir remplir ses fonctions.

Dans la dernière partie du texte, l'auteur signale aussi une chose qui ne peut jamais, selon lui, constituer une partie virtuelle ou fonctionnelle de l'histoire: enfermer l'individu dans sa petite expérience personnelle.


Solutionnaire - problème 3

1) Dans le premier paragraphe sont distinguées de nombreuses parties de l'histoire: histoire politique, histoire des relations internationales, histoire de la civilisation, histoire de l'Église, histoire économique, histoire sociale, histoire "économique et sociale", histoire géographique, histoire de la vie quotidienne, histoire des mentalités, histoire militaire, histoire des techniques, histoire rurale, histoire urbaine, histoire des femmes, histoire de la famille, histoire des travailleurs, histoire des marginaux, histoire de la délinquance, histoire du climat, histoire de l'art, histoire de la littérature, histoire des sciences. Ce sont toutes des sortes ou des formes d'histoire, en d'autres mots des parties subjectives de l'histoire. Comme le nom de chacune de ses parties l'indique, le tout est ici dit de ses parties (par exemple: "l'histoire de l'Église est une histoire"), comme manifestation du fait que la nature spécifique de l'histoire, ce qui fait que l'histoire est de l'histoire, se retrouve dans chacune de ses parties. De fait, il y a simultanéité quant à l'existence du tout et de ses parties: on ne peut pas dire que l'histoire en général existe avant ou après l'ensemble de ses formes.

Il y aurait certainement lieu d'ordonner ces parties, mais l'auteur ne le fait pas, ici. On pourrait tenir compte, entre autres, des différents degrés d'universalité de ces parties. Par exemple, il se pourrait bien que dans la pensée de l'auteur l'histoire de l'art, l'histoire de la littérature et l'histoire des sciences se rangent sous l'histoire de la civilisation (comme des parties subjectives sous un tout universel), elle-même rangée sous l'histoire.

Il est intéressant de remarquer que la source des différences qui permettent de distinguer ces diverses parties est elle-même la division d'un tout: le champ ou le territoire de l'histoire. C'est un peu comme si la réalité humaine passée était physiquement découpée en morceaux, et que chaque partie de ce tout intégral donnait naissance à une partie distincte de l'histoire. Si on veut s'exprimer plus strictement, on dira qu'il s'agit d'un tout quasi intégral, ne serait-ce que parce que ses parties ne sont pas matérielles au sens ordinaire de ce mot et qu'elles n'existent pas avant le tout.

2) Dans les deuxième et troisième paragraphes, l'auteur procède à une autre division du tout universel qu'est histoire mais cette fois en adoptant un autre critère de division: la différence de méthode ou de technique. Sont ainsi explicitement distinguées l'histoire marxiste, l'archéologie, la biographie, l'histoire sérielle et l'histoire orale.

Quoique le texte ne soit pas parfaitement explicite sur ce point, il est possible de penser que pour l'auteur il y a des intermédiaires entre le tout et les parties susmentionnés: histoire basée sur une théorie générale (dont ferait partie l'histoire marxiste) et histoire basée sur la systématisation d'une technique (dont feraient partie l'archéologie, la biographie, l'histoire sérielle et l'histoire orale). Ces deux notions joueraient donc le rôle de parties subjectives par rapport à l'histoire et de tout universel par rapport à l'histoire marxiste, l'archéologie, etc.


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