Exercices de logique faits avec des textes spécialisés en histoire

Les prédicables

(voir la remarque)


1 : Les propres (au sens large et au sens strict) et les accidents communs

2 : Les différences essentielles ou accidentelles : des différences spécifiques ou des propres

3 : Le genre, les espèces, leur différences spécifique

4 : Les différences essentielles ou non (différences spécifiques, propres ou accidents communs)


Problème 1

Les propres (au sens large et au sens strict) et les accidents communs

Dans le texte suivant sur la notion de "structure", l'auteur se sert de propres et d'accidents communs de la "structure" pour mieux faire connaître sa nature (ses propres) et sa diversité (ses accidents communs).

"Par structure, les observateurs du social entendent une organisation, une cohérence, des rapports assez fixes entre réalités et masses sociales. (...) Certaines structures, à vivre longtemps, deviennent des éléments stables d'une infinité de générations : elles encombrent l'histoire, en gênent, donc en commandent, l'écoulement. D'autres sont plus promptes à s'effriter. Mais toutes sont à la fois soutiens et obstacles. Obstacles, elles se marquent comme des limites (des enveloppes, au sens mathématique) dont l'homme et ses expériences ne peuvent guère s'affranchir. Songez à la difficulté de briser certains cadres géographiques, certaines réalités biologiques, certaines limites de la productivité, voire telles ou telles contraintes spirituelles : les cadres mentaux aussi sont prisons de longue durée.

L'exemple le plus accessible semble encore celui de la contrainte géographique. L'homme est prisonnier, des siècles durant, de climats, de végétations, de populations animales, de cultures, d'un équilibre lentement construit, dont il ne peut s'écarter sans risquer de remettre tout en cause. Voyez la place de la transhumance dans la vie montagnarde, la permanence de certains secteurs de vie maritime, enracinés en tels points privilégiés des articulations littorales, voyez la durable implantation des villes, la persistance des routes et des trafics, la fixité surprenante du cadre géographique des civilisations."

(extrait de Fernand Braudel, Écrits sur l'histoire, Paris, Flammarion, 1969, pp.50-51, tel que reproduit dans André Ségal, Penser le passé au présent, Québec, Université Laval, 1993, ¥A21, texte 1, p.1)

Voici une série d'accidents de la notion de structure tirés du texte:

a) vivre longtemps; c) être un soutien; e) géographique;
b) être prompte à s'effriter; d) être un obstacle; f) biologique.

Dites pour chacun s'il s'agit d'un propre au sens strict, d'un propre au sens large ou d'un accident commun, tout en expliquant votre réponse. (Afin de simplifier les choses, servez-vous ici seulement des critères "tous" et "seulement" pour différencier ces prédicables.)

Solutionnaire #1

Problème 2

Les différences essentielles ou accidentelles : des différences spécifiques ou des propres

Dans le texte que voici, l'auteur essaie de définir ce qu'est un fait historique.

2.1 Dans sa recherche, il identifie deux caractéristiques qui appartiennent nécessairement à tout fait historique et qui donc pourraient peut-être lui servir de différence spécifique. Lesquelles?

2.2 L'auteur juge toutefois que l'une d'entre elles appartient au fait historique de manière plus essentielle et convient mieux pour le définir, ce qui donc en ferait une meilleure différence spécifique. À l'aide des notions de nécessaire, de contingent, d'accidentel et d'essentiel, dites laquelle convient mieux et expliquez pourquoi.

"Qu'est-ce qu'un fait historique? C'est là une question fondamentale, qu'il nous faut examiner de plus près. Selon l'opinion courante, il y a certains faits de base qui sont les mêmes pour tous les historiens et qui forment, pour ainsi dire, l'épine dorsale de l'histoire - par exemple, le fait que la bataille de Hastings s'est livrée en 1066. Mais cette opinion attire deux observations. La première, c'est que les données de ce genre ne sont pas ce qui intéresse primordialement l'historien. Bien entendu, il est important de savoir que cette grande bataille fut livrée en 1066 et non en 1065 ou 1067, et qu'elle eut lieu non à Eastbourne ou Brighton, mais à Hastings. Ce sont des points sur lesquels l'historien se doit d'être exact. Cependant, en pareil cas je songe à la réflexion de J.E. Housman : "L'exactitude est un devoir, non une vertu." Faire mérite à l'historien de son exactitude équivaut à faire mérite à l'architecte d'employer dans ses constructions du bois d'uvre bien sec ou du béton correctement malaxé. Si l'historien se doit nécessairement d'être exact, là n'est pas sa fonction essentielle. C'est précisément pour cela qu'il s'appuie sur ce qu'on appelle les "sciences auxiliaires" de l'histoire : archéologie, épigraphie, numismatique, chronologie, etc. On n'attend pas de l'historien qu'il soit compétent pour déterminer savamment l'origine et l'époque d'un tesson de poterie ou d'un fragment de marbre, pour déchiffrer une inscription obscure ou procéder à des calculs astronomiques complexes afin de fixer précisément une date. Les faits, les données de base, qui sont les mêmes pour tous les historiens, entrent dans la catégorie des matériaux de l'historien plutôt que dans l'histoire proprement dite.

La seconde observation, c'est que la nécessité d'établir ces faits de base ne repose pas sur leur caractère intrinsèque, mais sur une décision a priori de l'historien. En dépit de la maxime de C.P.Scott, tout journaliste sait aujourd'hui que la meilleure technique pour influencer l'opinion consiste dans le choix et la présentation. On a longtemps répété que les faits parlent d'eux-mêmes. À l'évidence, c'est faux. Ils ne parlent qu'à l'invitation de l'historien : c'est lui qui décide de ceux auxquels il donnera la parole, et dans quelle succession ou dans quel contexte. Si je ne me trompe pas, Pirandello fait dire à l'un de ses personnages qu'un fait est comme un sac : pour qu'il tienne en position verticale, il faut mettre quelque chose dedans. La seule raison pour laquelle il nous intéresse de savoir que la bataille fut livrée à Hastings en 1066, c'est parce que les historiens la considèrent comme un événement historique capital. C'est l'historien qui a décidé, pour des raisons lui appartenant, que le franchissement du Rubicon par César est un fait historique, alors que le passage antérieur ou postérieur de ce ruisseau par des millions d'autres gens n'intéresse personne. Que vous soyez arrivés ici il y a une demi-heure à pied, à vélo ou en auto, c'est un fait du passé à l'égal de ce fait du passé qu'est le franchissement du Rubicon par César. Mais il restera probablement ignoré des historiens. Le professeur Talcott Parsons a défini la science comme "un système sélectif d'orientations cognitives vers la réalité". L'idée aurait peut-être pu être formulée plus simplement. Mais c'est cela qu'est notamment l'histoire. L'historien est nécessairement sélectif. L'idée qu'il existe un noyau dur de faits existant objectivement et indépendamment de l'interprétation de l'historien est fausse et absurde, mais très difficile à extirper.

Examinons le processus par lequel un simple fait du passé se transforme en fait historique. En 1850, à Stalybridge Wakes, à la suite d'un échange un peu vif de propos, un vendeur de pains d'épice fut pris à partie par la foule et tué à coups de pied. Est-ce un fait historique? Il y a un an, j'aurais répondu "non" sans hésitation. Il était rapporté par un témoin oculaire dans des souvenirs peu connus, mais nul historien ne l'avait jugé digne d'être mentionné. Et puis, justement, il y a un an, le Dr Kitson Clark l'a évoqué dans ses Conférences Ford à Oxford. Cela le transforme-t-il en fait historique? Non, pas encore. À mon sens, on l'a porté candidat à l'entrée dans le club fermé des faits historiques. Il attend à présent un parrain et des partisans. Peut-être le verrons-nous, d'ici quelques années, apparaître d'abord dans des notes, puis dans le texte d'articles et d'ouvrages sur l'Angleterre du XIXe siècle et, dans vingt ou trente ans, accéder au rang de fait historique bien établi. Il est également possible que personne ne le reprenne, auquel cas il retombera dans les limbes des faits ahistoriques du passé dont le Dr Kitson Clark avait vaillamment tenté de le tirer. Qu'est-ce qui décidera de la réalisation de l'une ou l'autre possibilité? Je pense que tout se jouera selon que la thèse ou l'interprétation à l'appui de laquelle le Dr Kitson Clark a cité cet incident est reconnue valide et significative par les autres historiens. Son statut de fait historique reposera sur une question d'interprétation. Cet élément d'interprétation participe de tout fait historique."

(Extrait de Edward H. Carr, Qu'est-ce que l'histoire, Paris, Découverte, 1988, pp.51-59, tel que reproduit dans André Ségal, Penser le passé au présent, Québec, Université Laval, 1993, ¥A15, pp.3-5. Les notes de bas de page n'ont toutefois pas été reproduites.)

Solutionnaire #2

Problème 3

Le genre, les espèces, leur différences spécifique

Dans le texte qui suit, l'auteur définit le fait historique, en propose deux divisions différentes (la notion de "fait" tenant alors lieu de genre) et y rattache aussi certains notions connexes.

La démarche constructive de l'histoire part de l'analyse des sources et s'élève, par étages, jusqu'à la synthèse finale qui répond à la problématique initiale. Cette construction progressive est le travail d'interprétation, l'herméneutique. Elle va schématiquement de la source au fait, du fait au facteur, du facteur à la synthèse.

La critique historique a pour but d'identifier des faits par l'analyse des sources. Les faits ne se trouvent pas "tout faits" dans les sources; ils sont produits par la critique historienne, "faits" par l'historien. Ces représentations auxquelles l'historien attribue une réalité passée sont les matériaux avec lesquels se construit l'histoire.

Il y a deux types de faits, les faits matériels et les faits mentaux. L'historien essaie de se représenter, avec un égal intérêt, ce qui s'est passé et ce qui s'est pensé; ce que les gens ont matériellement vécu et comment ils l'ont perçu mentalement. Les raisons et passions qui motivent un vote sont aussi importantes que les résultats de l'élection.

Tout fait historique se situe dans le temps, avec un début et une fin advenue ou à venir. Le fait a donc une durée plus ou moins longue. L'élection est un fait court, le gouvernement porté au pouvoir est un fait plus long et le régime politique dans lequel se sont exercés l'élection et le gouvernement est un fait plus long encore.

Nous nommerons événement, le fait bref et structure le fait de longue durée. L'assassinat de César, la Peste noire, le voyage de Colomb, la fondation de Montréal, le krach boursier sont des faits événementiels. L'usage d'esclaves, le taux de natalité, le ciel et l'enfer, le capitalisme, le goût de la viande rouge sont des faits structurels.

Les faits ne sont que les matériaux de l'histoire. Ils n'expliquent rien par eux-mêmes. L'herméneutique consiste à établir des relations entre les faits, à les articuler en système explicatif, à déterminer l'importance des faits. L'importance d'un fait est l'évaluation de sa portée en intensité et en durée sur le changement social.

Ainsi traité, le fait devient un facteur. Il n'est plus considéré en lui-même, mais en fonction de sa portée sur d'autres faits et sur le changement social. Le facteur est un fait intégré dans un système d'explication. La diffusion du chemin de fer est un fait. Elle fut un des facteurs de l'industrialisation et de l'expansion de l'Occident.

L'herméneutique réside essentiellement dans la détermination de l'importance des faits et de leurs relations. C'est ainsi que procède l'explication. Plus on envisage des interactions complexes, plus on s'éloigne des données des sources et plus le raisonnement porte les marques personnelles de l'historien et de sa communauté.

De la combinaison des facteurs du changement social et de leurs importances relatives, se dégage enfin une théorie explicative. Celle-ci répond plus ou moins au problème posé et vérifie plus ou moins l'hypothèse. Elle s'intègre dans la synthèse historienne présente et subjective... d'où peut naître une nouvelle problématique."

(André Ségal, "Le fait et le facteur", dans André Ségal, Penser le passé au présent, Québec, Université Laval, 1993, ¥C06, pp.1-2)

3.1

Quelles sont les espèces qui résultent de la première division?

Quelles notions servent à différencier ces deux espèces?

Une fois identifiées les bonnes réponses, représentez le tout au moyen d'un schéma.

3.2

Une autre division est effectuée, cette fois-ci en utilisant le critère de la durée.

Quelles sont les espèces mentionnées explicitement par l'auteur?

Quelles notions servent à les différencier?

Plusieurs parties subjectives particulières, ou exemples, sont données pour chacune de ces espèces. Identifiez-les, en les rapportant à la bonne espèce.

Une fois identifiées les bonnes parties, représentez le tout au moyen d'un schéma.

3.3

Pouvez-vous, à la lumière de ce texte, expliquez ce qu'est un facteur?

Tentez de le définir, en identifiant bien ce qui, dans votre définition, fait office de genre et ce qui fait office de différence.

Une fois identifiées les bonnes réponses, représentez le tout au moyen d'un schéma.

Solutionnaire #3

Problème 4

Les différences essentielles ou non (différences spécifiques, propres ou accidents communs)

Dans le texte qui suit, l'auteur parle du mode narratif, adopté quasi unanimement par les historiens traditionnels et auquel reviennent les historiens modernes après l'avoir mis de côté pendant plusieurs années. Mais pour lui, la narration traditionnelle et la nouvelle narration diffèrent, et pour bien les séparer il a recours à cinq distinctions qui, mises ensemble, peuvent jouer le rôle de différence spécifique.

4.1 Identifiez ces notions.
4.2

En les rassemblant, formulez la définition de la nouvelle narration (la nouvelle histoire) et de la narration traditionnelle (l'histoire traditionnelle).

Ces différences sont-elles, prises individuellement, de véritables différences spécifiques? S'agit-il de propres ou d'accidents communs? Expliquez votre réponse.

Tous les historiens dont j'ai parlé sont des spécialistes mûris dans une longue fréquentation de la "nouvelle histoire", habitués à poser de nouvelles questions, à essayer de nouvelles méthodes, à rechercher des sources nouvelles. Ils en reviennent à présent aux histoires qu'on raconte : mais il y a des différences entre leurs histoires et celles des historiens qui narraient selon la tradition, et j'en ai relevé cinq. La première, c'est que tous, presque sans exception, ils s'occupent de la vie, des sentiments, des conduites des pauvres et des inconnus, non pas des grands et des puissants. La deuxième, c'est qu'en bonne méthode, l'analyse leur demeure aussi indispensable que la description; aussi passent-ils volontiers, et parfois maladroitement, d'une manière à l'autre. La troisième : ils ouvrent de nouvelles sources, souvent les procès-verbaux de tribunaux criminels qui procédaient selon le droit romain et qui conservaient donc en transcription la déposition complète des témoins. Quatrième différence: leur façon de raconter n'est pas souvent celle d'Homère, de Dickens ou de Balzac. Sous l'influence du roman moderne et des idées freudiennes, ils explorent avec précaution le subconscient, au lieu de s'en tenir aux faits tout simples. Et sous l'influence des anthropologues, ils essaient de s'appuyer sur les conduites pour révéler la signification symbolique. La cinquième différence, c'est qu'ils ne racontent pas pour elle-même l'histoire d'une personne, d'un procès, d'un épisode dramatique; ils font leur récit pour mettre en lumière ce qui pouvait travailler intérieurement une culture ou une société d'autrefois.

(Extrait de Lawrence Stone, "Retour au récit ou réflexions sur une nouvelle vieille histoire", Débat 1980, 4, 116-143, tel que reproduit dans André Ségal, Penser le passé au présent, Québec, Université Laval, 1993, ¥A07, p.8)

Solutionnaire #4


Solutionnaire

Solutionnaire - problème 1

a) Selon le texte, certains structures "vivent longtemps" alors que d'autres sont "promptes à s'effriter", c'est-à-dire durent moins longtemps. C'est donc dire que ce ne sont pas toutes les structures qui vivent longtemps. D'autre part, est-ce que seulement une structure dure longtemps? En principe, cette question se pose d'abord par rapport aux autres espèces situées sous le même genre prochain. L'auteur semble définir la structure en disant, au début, qu'elle est un ensemble de rapports assez fixes entre la réalité et la société. Si on suppose que "ensemble de rapports assez fixes" joue ici le rôle de genre et que "entre la réalité et la société" joue celui de différence, alors il est clair que d'autres rapports assez fixes mais d'une autre espèce, par exemple ceux qui existent entre des planètes d'un système solaire situé à l'autre bout de l'univers, durent longtemps eux aussi. Cette caractéristique semble donc tenir davantage, dans l'esprit de l'auteur, de l'accident commun.

b) Selon le texte, certains structures "vivent longtemps" alors que d'autres sont "promptes à s'effriter", c'est-à-dire durent moins longtemps. C'est donc dire que ce ne sont pas toutes les structures qui sont promptes à s'effriter. D'autre part, est-ce que seulement une structure est prompte à s'effriter? En principe, cette question se pose d'abord par rapport aux autres espèces situées sous le même genre prochain. L'auteur semble définir la structure en disant, au début, qu'elle est un ensemble de rapports assez fixes entre la réalité et la société. Si on suppose que "ensemble de rapports assez fixes" joue ici le rôle de genre et que "entre la réalité et la société" joue celui de différence, alors il est clair d'autres rapports assez fixes mais d'une autre espèce, par exemple ceux qui existent entre des planètes d'un système solaire situé à l'autre bout de l'univers, durent longtemps eux aussi. Cette caractéristique semble donc tenir davantage, dans l'esprit de l'auteur, de l'accident commun.

c) Le texte est on ne peut plus clair: toutes les structures sont des soutiens. D'autre part, est-ce que seulement les structures sont des soutiens? L'extrait présente ici une difficulté importante du fait qu'il n'explique pas ce que "soutiens" veut ici dire. S'agit-il d'une sorte de soutien moral? intellectuel? physique? tous à la fois? Faute d'informations suffisantes, il serait sans doute plus prudent de voir en cette caractéristique un propre au sens large.

d) Le texte est on ne peut plus clair: toutes les structures sont des obstacles. D'autre part, est-ce que seulement les structures sont des obstacles? Les exemples donnés par la suite semblent indiquer que la notion d'obstacle est ici prise très largement: on parle à la fois d'obstacles physiques, biologiques, artificiels, moraux, spirituels, etc. Un point commun ressort, toutefois: ce sont toujours des obstacles que pose la réalité à l'activité humaine. En principe, cette question du "seulement" se pose d'abord par rapport aux autres espèces situées sous le même genre prochain. L'auteur semble définir la structure en disant, au début, qu'elle est un ensemble de rapports assez fixes entre la réalité et la société. Si on suppose que "ensemble de rapports assez fixes" joue ici le rôle de genre et que "entre la réalité et la société" joue celui de différence, alors il semblerait qu'aux yeux de l'auteur seule cette sorte d'ensemble de rapports assez fixes qu'il appelle une structure peut être un obstacle que pose la réalité à l'activité humaine. Cette caractéristique tiendrait alors davantage du propre au sens strict.

e) Toutes les structures ne sont pas géographiques, et ce ne sont pas seulement les structures qui le sont. Il s'agirait donc d'un accident commun.

f) Toutes les structures ne sont pas biologiques, et ce ne sont pas seulement les structures qui le sont. Il s'agirait donc d'un accident commun.


Solutionnaire - problème 2

2.1 Selon l'auteur, le fait historique se doit toujours d'être exact, ce qui veut dire, ici, véridique. C'est une caractéristique nécessaire, et certainement pas purement contingente, du fait historique, si on veut que la science qui s'y appuie soit sérieuse. Par ailleurs, il se doit aussi d'être jugé significatif par l'historien, autre caractéristique nécessaire du fait historique.

2.2 L'auteur tente toutefois de montrer que le fait historique n'est pas historique du fait d'être exact, un peu comme un être humain n'est pas humain du fait d'être vivant ou du fait de posséder la sensation.

La position de l'auteur est plutôt que c'est la décision de l'historien de lui accorder une signification qui lui donne spécifiquement et essentiellement sa nature de fait historique: c'est cette caractéristique qui fait qu'il est un fait historique, qui le définit le plus essentiellement comme fait historique. Il s'agit donc non seulement d'un trait nécessaire du fait historique, mais de sa différence essentielle.

Pour ce qui est de la caractéristique "exact", aussi un attribut nécessaire du fait historique dans la pensée de l'auteur, est-elle un attribut accidentel ou essentiel du fait historique? Cette question est plus difficile, d'abord parce qu'elle dépasse un peu l'étude très introductoire qui a été faite, en classe, de ces distinctions, et aussi parce que ce court extrait ne donne pas accès à la pensée complète de l'auteur.

À supposer qu'il s'agisse d'une caractéristique accidentelle parce qu'elle n'est pas la vraie différence spécifique, alors il s'agirait d'un propre au sens large: tout fait historique digne de ce nom doit, en principe, être véridique, mais ce ne sont pas seulement les faits historiques qui sont exacts ou véridiques (cf. l'exemple du texte: le fait, non historique d'après l'auteur, qu'un humble fermier ait franchi le Rubicon un heure avant Jules César). Or, s'il s'agit d'un propre, alors il doit découler de la différence spécifique. Mais est-ce vraiment le cas? L'auteur nous dit que l'historien a devant lui une quantité plus ou moins grande (selon l'époque étudiée) de faits véridiques que lui fournissent des disciplines connexes comme l'archéologie, et ce n'est que par après qu'il en choisit certains, selon la signification historique qu'il peut leur donner. Le fait historique (l'espèce) est-il donc exact (le soi-disant propre) du fait d'être interprété comme significatif par l'historien (la différence)? Ce n'est certes pas ainsi que l'auteur semble présenter cela.

En réalité, être exact ou véridique n'est-il pas ce qui définit le fait, ce qui le différencie de la fabulation ou de l'illusion? Si c'est ainsi que l'auteur conçoit les choses, être exact serait donc une caractéristique essentielle, mais non spécifique puisque faisant partie en quelque façon de la définition de son genre. Un fait historique est un fait, et tout fait est essentiellement "exact". Un peu comme dans l'exemple donné plus haut: le fait d'être vivant est certes essentiel à l'être humain, mais ce n'est pas ce qui le définit spécifiquement, ce qui fait qu'il est un être humain et non un ornithorynque ou un saule pleureur.


Solutionnaire - problème 3

3.1 Le genre "fait" est d'abord divisé selon sa nature "matérielle" ou "immatérielle" (mentale), ce qui donne deux types ou espèces, le fait matériel ou le fait mental.

Notons comment les deux espèces sont ici nommées en utilisant le nom du genre (fait) et de la différence spécifique (matériel ou mental).

[SCHÉMA, cf. page suivante] COMPLÉTER

3.2 Après avoir divisé le fait suivant le lieu de son existence (hors ou dans l'esprit: fait matériel et fait mental), l'auteur le redivise mais cette fois suivant sa durée, importante (longue) ou non (brève). Cela donne deux espèces, l'événement et la structure.

Des cas particuliers de ces espèces sont mentionnés:

une élection, l'assassinat de César, la Peste noire, le voyage de Colomb, la fondation de Montréal et le krach boursier sont des faits événementiels,...

alors que

le régime politique dans lequel se sont exercés une élection et un gouvernement, l'usage d'esclaves, le taux de natalité, le ciel et l'enfer, le capitalisme, le goût de la viande rouge sont des faits structurels.

Quant au gouvernement porté au pouvoir dont parle l'auteur au quatrième paragraphe, il est plus ou moins clair s'il fait partie des faits structurels ou des faits événementiels.

[SCHÉMA, cf. page suivante] COMPLÉTER

3.3 Pour l'auteur, le facteur est un fait, mais comme tout fait n'est pas un facteur, il faut donc ajouter une différence qui vient distinguer cette sorte de fait. Le facteur est donc un fait (genre) intégré dans un système d'explication (différence spécifique). La diffusion du chemin de fer est un cas particulier de cette sorte de fait.

[SCHÉMA, cf. page suivante] COMPLÉTER


Solutionnaire - problème 4

Notons tout d'abord que l'auteur attribue ces différences tantôt aux "histoires" ou narrations, tantôt aux historiens qui les font. Cela n'est pas un problème dans la mesure où ces narrations sont produites par des historiens et manifestent les particularités de leur travail intellectuel.

4.1 La nouvelle et l'ancienne façon de procéder ont donc un genre en commun, le fait d'être une narration. Mais ces deux formes de narration se distinguent, puisque

la nouvelle histoire: Au contraire, l'ancienne histoire, toujours selon l'auteur:
1) traite de la vie des gens ordinaires; 1) traite de la vie des grands personnages;
2) est descriptive et analytique; 2) est purement descriptive;
3) ouvre de nouvelles sources; 3) s'en tient à un registre de sources plus limité;
4) explore le subconscient; 4) s'en tient aux faits extérieurs et manifestes de la vie humaine;
5) récite les événements particuliers pour mettre en lumière des aspects plus fondamentaux de toute une société. 5) raconte pour elle-même l'histoire d'un événement particulier.

D'autre part, ces caractéristiques sont-elles de véritables différences spécifiques ou un groupement de propres et/ou d'accidents communs jouant le rôle de différence spécifique? La question n'est pas facile, autant parce qu'il s'agit de définir ici quelque chose d'assez abstrait et complexe que parce que cet extrait est bref et donne relativement peu d'informations.

Quoique la réalité soit multiforme et complexe et ne se réduise jamais parfaitement aux simplifications qu'opère notre esprit pour la comprendre, plus le nombre de "différences" est grand plus il y a de chances pour qu'il s'agisse en fait d'un groupement d'accidents plutôt que de véritables différences spécifiques en bonne et due forme.

On peut se demander, par exemple, dans quelle mesure le fait de s'intéresser au subconscient est vraiment une caractéristique essentielle et fondatrice de la nouvelle histoire: s'agit-il vraiment d'une différence qui vient fonder une nouvelle espèce ou une différence plus superficielle?

Des questions analogues peuvent se poser à propos de toutes les différences ici utilisées.

Peut-être que la cinquième différence de la nouvelle narration, celle voulant qu'elle ne s'intéresse aux faits particuliers que pour atteindre des mouvements plus fondamentaux, touche quelque chose de plus essentiel. Ne serait-ce pas elle qui expliquerait l'intérêt porté envers les gens ordinaires (première différence), qui par définition même sont majoritaires et plus représentatifs? qui expliquerait le fait que les faits singuliers rapportés sont analysés plutôt que simplement décrits (deuxième différence)? qui expliquerait qu'on recherche un éventail plus grand de sources (troisième différence)? qui expliquerait le renvoi à l'inconscient (quatrième différence), qui pour beaucoup de psychanalystes contient des archétypes universels et communs à tous les hommes?

Si tout cela était vrai, et le texte ne nous permet pas de démontrer que telle est la pensée de l'auteur, alors cette cinquième caractéristique ressemblerait davantage à une véritable différence et les autres, qui en découleraient, seraient plutôt des propriétés liées plus ou moins étroitement à la nature de cette nouvelle narration.

Il pourrait être plus prudent de ne voir dans ces cinq caractéristiques que des accidents, qui une fois regroupés jouent le rôle de différence spécifique. Ainsi, si le genre immédiat des deux narrations ici abordées est simplement la narration et non pas, moins largement, la narration historique, alors plusieurs des caractéristiques ici utilisées comme différences appartiennent probablement aussi à une ou d'autres espèces subordonnées au même genre.

Pour ne donner qu'un seul exemple, pensons à la narration littéraire, qui est habituellement descriptive, et parfois même analytique. Par ailleurs, il serait assez étonnant qu'absolument tous les cas modernes de narration historique, sans exception, comportent chacune des cinq caractéristiques mentionnées. Il s'agit probablement tout au plus de généralisations approximatives, de tendances que l'auteur remarque chez beaucoup d'historiens modernes qui renouent avec la narration. Il serait très surprenant, par exemple, que TOUTES les narrations historiques modernes "explorent avec précaution le subconscient". On a donc toutes les chances d'avoir ici des propres au sens plus ou moins large, parfois à la limite de l'accident commun.


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