Exercices de logique faits avec des textes spécialisés en histoire

La définition

(voir la remarque)


Problème 1

Identification et évaluation de quelques définitions

Dans l'extrait suivant d'un texte qui s'attaque au problème de la nature de l'histoire et qui retrace l'histoire de cette discipline, l'auteur propose plusieurs définitions de l'histoire. Au premier paragraphe, il donne des définitions proposées par d'autres, alors qu'au deuxième il en donne deux autres qui semblent plus personnelles.

Identifiez toutes ces défintions.

Ces définitions sont-elles toutes des définitions d'une seule et même chose?

En outre, les deux définitions du deuxième paragraphe enfreignent-elles les lois de la définition? Expliquez vos réponses.

Bien des définitions diverses de l'histoire ont déjà été proposées et on pourrait en proposer bien d'autres : la connaissance du passé humain, la connaissance des événements, des faits - actions, sentiments, idées -, vécus par les hommes pendant la succession des temps révolus et qui sont jugés dignes de mémoire; ou encore : la méthode et la discipline permettant d'élaborer et de transmettre cette mémoire des âges, et par suite, mais ce n'est qu'un sens second, récits, exposés, oeuvres littéraires consacrés à cette connaissance, qui peut, suivant les cas, embrasser l'ensemble de l'humanité, ou un intervalle déterminé du temps vécu par un groupe social, un mode particulier de l'activité humaine (une science, un art, une technique...).

On pourrait discuter des avantages et des inconvénients de chacune de ces formules et chercher soit à les commenter soit à les perfectionner, et ce serait là un exercice qui ne serait pas sans profit, aidant l'esprit à prendre une meilleure conscience de la chose que désigne le mot; mais il ne faut pas s'exagérer la portée de cet art de la définition : l'histoire existe et sa réalité ne dépend pas du bon plaisir ou de la dextérité du lexicographe. L'histoire est une discipline scientifique, riche de longs siècles d'expérience, et en possession d'une méthode originale élaborée peu à peu et progressivement affinée au contact de son objet. Nos bibliothèques ont vu s'accumuler au cours d'une longue série de siècles une énorme quantité de travaux consacrés à l'étude du passé vécu par l'homme en tant qu'homme (cette précision est nécessaire pour distinguer l'histoire proprement dite de l'anthropologie génétique qui reconstitue les étapes de l'évolution biologique aboutissant à l'émergence de l'espèce Homo sapiens) : on peut dire que l'histoire, c'est ce qui, dans l'ensemble de cet apport, est aujourd'hui reconnu comme connaissance valide par les spécialistes qualifiés. Un critère analogue pourrait servir pour toutes les autres sciences; moins qu'aucune autre l'histoire ne peut être comprise de manière pleinement satisfaisante si on n'en récapitule pas la genèse : seule l'histoire même de l'histoire peut nous faire prendre conscience de l'existence et de l'originalité de cette tradition d'atelier, de cet ensemble de procédés techniques éprouvés qui constituent la méthode historique."

(Extrait de Henri Irénée Marrou, "Qu'est-ce que l'histoire?", dans L'Histoire et ses méthodes, Paris, Gallimard, 1961, pp.1-33, tel que reproduit dans André Ségal, Penser le passé au présent, Québec, Université Laval, 1993, ¥A01, p.1)

Réponse #1

Problème 2

Les divers types de définition

Dans le texte suivant sur le temps, celui-ci est défini et divisé, et plusieurs de ses parties (temps physique, temps psychique, temps social, temps historique) sont elles-mêmes définies.

Toute réalité est dans l'espace et dans le temps. Mais l'espace reste et le temps fuit. L'espace a trois dimensions. On le parcourt en longueur, en largeur, en hauteur ; du nord au sud, d'est en ouest, de haut en bas. On va dans l'espace et on en revient : du sud au nord, d'ouest en est, de bas en haut. L'espace est réversible.

Le temps est la quatrième dimension. Elle est unidirectionnelle. On va du passé vers l'avenir. On devient. Mais on ne revient pas de l'avenir vers le passé. Le temps est irréversible. Remonter le temps est un acte de l'imagination. C'est pourquoi la mythologie et la science-fiction inventent des machines à remonter le temps.

Les catégories du temps sont le passé, le présent, le futur. D'autres catégories sont l'instant et la durée. Le présent est un instant entre deux durées. Chaque instant a son passé, l'antériorité, et son futur, la postériorité. Sans cesse, toute réalité émerge du passé et plonge dans l'avenir. C'est le devenir. L'histoire est science du devenir.

Il existe de multiples temps : temps physique, temps psychique, temps sociologique. Le temps physique est mesuré sur les astres : la journée, révolution de la terre sur elle-même, l'année, révolution de la terre autour du soleil. Horloges et calendriers découpent ce temps en unités homogènes : années, jours, heures, minutes, ...

Mais le temps psychique n'est pas homogène. Les individus ont des consciences différentes et variables de l'écoulement du temps. Le même temps physique, selon les circonstances et l'âge, paraît court à l'un et long à l'autre. L'attente du futur, l'attention au présent, la mémoire du passé ne sont pas vécus par chacun de la même manière.

Le temps social est distinct du temps individuel. Chaque société établit ses rapports propres au temps. Ils sont plus ou moins associés à l'alternance du jour et de la nuit et à celle des saisons, plus ou moins précis. Des rites et des coutumes rythment ce temps : heures des repas, jours des fêtes, âges de la vie, mémoires des ancêtres.

Le temps historique est le temps passé tel que reconstruit, représenté, par la démarche historienne. Quand, faute de sources adéquates - écrites -, ce temps ne peut être suivi de façon continue, on parle de temps préhistorique. On explique l'évolution des sociétés historiques; on décrit l'état des sociétés préhistoriques.

La chronologie est la technique (science auxiliaire) qui mesure le temps historique. Elle situe les sources et les faits sur l'échelle du temps, en utilisant les unités homogènes du temps physique. La périodisation est le découpage du temps historique en unités hétérogènes selon des conventions ou des problématiques.

(Extrait de André Ségal, Penser le passé au présent, Québec, Université Laval, 1993, ¥C09, p.1)

Jetez un coup d'oeil aux différentes définitions qui sont données et analysez-les à la lumière de ce qui a été vu dans le cours à propos des différents types de définition.

Entre autres choses, pouvez-vous trouver dans ce texte, possiblement en les reformulant,

1) une définition du temps qui se fait par genre et différence ou propre(s)?

2) une définition du temps par énumération de parties intégrales?

3) une définition opérationnelle du temps physique?

4) une définition négative du temps psychique?

5) une définition du temps psychique au moyen d'accidents communs?

6) une définition négative du temps social?

7) une définition du temps historique par sa cause efficiente et sa cause matérielle?

8) Une définition de la chronologie au moyen d'un genre situé dans la ligne de la causalité formelle et différence située dans la ligne de la causalité finale?

Réponse #2

 


Réponses

Réponse - problème 1

Au premier paragraphe, on retrouve les définitions suivantes:

1) la connaissance du passé humain, la connaissance des événements, des faits -- actions, sentiments, idées --, vécus par les hommes pendant la succession des temps révolus et qui sont jugés dignes de mémoire;

2) la méthode et la discipline permettant d'élaborer et de transmettre cette mémoire des âges;

3) récits, exposés, oeuvres littéraires consacrés à cette connaissance, qui peut, suivant les cas, embrasser l'ensemble de l'humanité, ou un intervalle déterminé du temps vécu par un groupe social, un mode particulier de l'activité humaine (une science, un art, une technique...).

Dit plus simplement, l'histoire serait: 1) la connaissance du passé humain; 2) la science ou la méthode qui s'intéresse au passé humain; 3) l'oeuvre produite par l'historien.

Il faut noter que ces définitions ne diffèrent pas simplement parce qu'elles relèvent de modes différents de définir une même chose, mais d'abord et avant tout parce qu'elles expliquent ce que sont des choses différentes. En d'autres termes, ces définitions nous montrent qu'il y a ici équivocité entre les choses nommées par le mot "histoire". L'auteur lui-même nous l'indique lorsqu'il affirme, en introduisant la troisième définition, qu'il s'agit seulement d'un "sens second".

Au deuxième paragraphe, au moins deux autres définitions de l'histoire sont données.

La première, qui définit manifestement la même chose que la définition 2 du premier paragraphe, se lit comme suit:

discipline scientifique, riche de longs siècles d'expérience, et en possession d'une méthode originale élaborée peu à peu et progressivement affinée au contact de son objet.

Cette définition est sans aucun doute trop large, et ce en raison de sa constitution même: au genre ("discipline scientifique") on adjoint des accidents communs ou des propres au sens large ("riche de longs siècles d'expérience" et "en possession d'une méthode originale élaborée peu à peu et progressivement affinée au contact de son objet") qui sont tout aussi vrais d'autres sciences.

Quant à la deuxième définition du deuxième paragraphe, elle définit encore la science de l'histoire, mais comme connaissance plutôt que comme méthode. La voici:

ce qui, dans l'ensemble de cet apport [= l'ensemble des travaux spécialisés consacrés au passé humain], est aujourd'hui reconnu comme connaissance valide par les spécialistes qualifiés.

Cette dernière définition semble comporter une certaine circularité: est de l'histoire ce qui est reconnu comme de l'histoire par les historiens... Cette définition peut être très utile pour distinguer concrètement ce qui est de l'histoire et ce qui n'en est pas, mais ne nous fait pas vraiment comprendre la nature de la chose définie.


Réponse - problème 2

1) Le texte n'étant pas d'une clarté extraordinaire, on pourrait probablement former plus d'une définition par genre et différence à partir des informations qu'il donne. Il est possible de former une définition de ce genre dès le deuxième paragraphe, là où l'auteur commence à parler du temps. Il y est dit que le temps est une dimension, mais une dimension spéciale: contrairement aux trois autres, elle est unidirectionnelle. Cela a pour conséquence que le temps ne peut pas être remonté par les humains. On aurait donc un genre ("dimension"), une différence ("unidirectionnelle") et un propre au sens strict ("ne pouvant être remontée"), dans la mesure où toute parcelle de temps réel est ainsi et que les autres dimensions ne le sont pas.

2) Quand le texte dit, de façon un peu vague, que "les catégories du temps sont le passé, le présent et le futur", ne veut-il pas dire que le temps est constitué du passé, du présent et du futur? Ne représente-t-on pas le temps, souvent, comme un trait continu dont le passé, le présent et le futur sont des sections?

3) Le temps physique est ici défini opérationnellement, c'est-à-dire que plutôt que de nous dire ce qu'est en lui-même le temps physique on nous l'explique par ce qui permet d'entrer en contact avec lui, d'en avoir l'expérience, un peu comme lorsqu'on dit que le bonheur, c'est de manger du filet mignon. Plus précisément, l'auteur définit le temps physique par le mouvement des astres, lequel mouvement permet de prendre conscience de l'existence et de l'écoulement du temps physique.

4) L'auteur fait ici le choix de nous dire ce que le temps psychique n'est pas, à savoir homogène, plutôt que de le définir plus directement.

5) Quand l'auteur dit que le temps psychique paraît court à l'un et paraît long à l'autre, il en parle au moyen d'accidents communs. Ces caractéristiques ne sont pas essentielles, et elles n'appartiennent pas à tout temps psychique ni seulement au temps psychique.

6) La première chose que nous dit l'auteur à propos du temps social, c'est qu'il n'est pas le temps individuel.

7) En disant que le temps historique est le temps passé reconstruit par la démarche historienne, l'auteur explique la chose définie par sa cause efficiente et sa cause matérielle. En effet, la démarche historienne prend le matériau qu'est le passé et le traite et le transforme.

8) L'auteur nous dit que la chronologie est "la technique qui mesure le temps historique". Le genre ("technique") répond à la question "qu'est-ce que c'est?", alors que la différence ("qui mesure le temps historique") indique la raison d'être, la cause finale de la chose définie.)

 


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