Réseau.raison

 

Description du projet de Réseau.raison

(Recherche subventionnée par le CRSH en 2005-2006)*

 

RÉSEAU.RAISON
constitution d'un réseau pour la réflexion sur les rapports entre la pensée et l'ordinateur

RÉSUMÉ

La pensée n’est pas une activité désincarnée. Elle est intimement dépendante du milieu, des outils et des méthodes disponibles dans sa culture d’appartenance. L’arrivée fulgurante des ordinateurs, leur influence sur notre manière de penser, cela pose des problèmes aux penseurs d’aujourd’hui. Comment nos manières de penser se sont-elles déjà modifiées, et comment devons-nous les modifier encore dans ce nouvel environnement ?

Le projet de Réseau.raison vise à la création d’un réseau réel et virtuel de réflexion, d’échange et de formation de la pensée, fondé sur les technologies modernes de télématique et de traitement informatique du texte. Il réunit deux domaines généralement disjoints : celui de la réflexion philosophique sur les conditions de possibilité du discours rationnel et celui de l’élaboration de nouveaux outils pour le développement et la diffusion de tels discours.

La méfiance des intellectuels face aux nouveaux moyens de penser (comme le livre autrefois, l’ordinateur aujourd’hui) les retient souvent d’en faire l’analyse. Pourtant, les révolutions qu’ils provoquent sont très importantes, y compris pour les modes de penser jugés les plus purs, même si elles sont difficiles à saisir dans leurs débuts. Dans le cas de l’influence de l’ordinateur, la rapidité avec laquelle elle se répand rend urgente la réflexion sur le phénomène et l’invention de nouveaux moyens d’y adapter la pensée. Ce défi lancé aux générations actuelles réclame qu’il soit aussitôt relevé et abordé dans le cadre même des nouvelles techniques informatiques, par la collaboration des chercheurs, notamment dans un réseau sur Internet, sur le lieu même où les questions se posent.

Cette problématique comporte des aspects qui concernent la pratique de la pensée ou la philosophie proprement dite, la technique informatique, l’intelligence artificielle et les diverses applications de l’informatique dans le domaine de la philosophie, ainsi que de la production et lecture des « textes » ou plutôt de leurs nouveaux équivalents sur ordinateur.

Pour remplir sa tâche, Réseau.raison rassemble des chercheurs en philosophie, en communication, en lettres, en informatique, et en éducation, travaillant à l’université ou dans d’autres écoles ainsi que dans la recherche indépendante. Les compétences de ces partenaires sont complémentaires et couvrent les champs suivants : philosophie et philosophie du discours, intelligence artificielle, analyse linguistique et littéraire, techniques de l’hypertexte, enseignement à distance par Internet, création d’œuvres numériques dans des réseaux scientifiques de collaboration par Internet, expression philosophique sur ordinateur.

Les chercheurs du réseau collaboreront par l’intermédiaire d’Internet, mais ils devront également se rencontrer. Dans ce but, un colloque aura lieu sur le thème d’étude du réseau, dont les conférences seront publiques. Il s’agira pour le membre du réseau de comprendre d’abord, puis d’inventer les modes de penser sur ordinateur, et notamment sur le réseau Internet. L’un des premiers résultats concrets de l’activité de Réseau.raison sera la création d’un tel réseau collaboratif ayant la philosophie comme centre de gravité, ainsi que l’analyse des possibilités de tels réseaux de recherche, notamment pour les disciplines de sciences humaines qui ne sont pas considérées comme « scientifiques » selon le modèle habituel des sciences de la nature.

 

 

DESCRIPTION DU PROJET

Thème

On sait que la pensée discursive n’est pas un processus purement intérieur, autonome, qui s’effectuerait dans un esprit séparé, indépendamment de tout instrument. La langue a été reconnue depuis longtemps comme un facteur essentiel de la pensée, qui la permet et y fixe certaines limites[1], car, notamment, la logique et la grammaire sont interdépendantes[2]. Mais la détermination de la pensée par ses moyens extérieurs est plus concrète encore. On sait que les cultures orales correspondent à d’autres modes de penser que les cultures écrites, et plus encore, que les divers supports de l’écriture permettent des modes de lecture et de pensée différents, de sorte que la culture du papyrus et celle du livre ne sont pas les mêmes, par exemple[3]. Tout le monde connaît plus ou moins l’influence de la radio et de la télévision sur nos manières de percevoir la réalité et de penser. Mais la grande nouveauté dans ce domaine est sans conteste le surgissement de l’ordinateur et de sa mise en réseaux. Il s’agit là véritablement de l’apparition d’un nouveau moyen de représentation des connaissances et d’écriture, imitant encore beaucoup le livre et l’écriture sur papier pour l’instant, mais s’en éloignant aussi toujours davantage, manifestant des possibilités vraiment nouvelles[4], qui ont déjà introduit plus de modifications dans nos manières de penser qu’il ne paraît[5].

En principe, ce phénomène a été reconnu et il représente un objet d’étude pour certains chercheurs dans le domaine. Toutefois il continue à susciter plus de méfiance que de curiosité scientifique chez la majorité des intellectuels. C’est pourquoi il convient d’organiser des lieux de recherche et de formation qui en abordent plus systématiquement l’étude dans toute sa dimension. Et c’est le but de la formation du réseau de recherche Réseau.raison.

Si l’importance de l’influence de l’ordinateur sur l’évolution de nos modes de penser a déjà été perçue par des penseurs individuels, elle n’a pas encore donné lieu à la formation d’un centre d’intérêt autour duquel s’organise la recherche de groupes importants de chercheurs, comme c’est le cas pour bien d’autres thèmes nouveaux de recherche. Parmi les raisons de cette situation, il faut certainement compter au moins les deux suivantes : premièrement la grande nouveauté du phénomène et la difficulté de le définir ; deuxièmement son caractère diffus et son ampleur, qui le rendent difficilement saisissable. En effet, le phénomène déborde largement les champs limités définis par les disciplines traditionnelles et rend nécessaire une approche interdisciplinaire entre des disciplines moins habituées à collaborer que ce n’est le cas dans d’autres sciences. Notre réseau devrait former l’un des lieux où cette collaboration s’inaugure, avec l’ambition de la développer progressivement dans toute son étendue.

A cause de leur méfiance face à l’ordinateur (justifiée à certains égards), les chercheurs et les étudiants dans les disciplines concernant la pensée et son expression n’apprennent pas à aborder les nouveaux problèmes qu’il pose et se contentent d’y voir un instrument de collecte d’informations sur Internet et une machine à écrire perfectionnée, destinée à produire de l’écrit traditionnel sur papier. Une des grandes mutations de l’histoire concernant les formes de pensée risque donc de passer en grande partie inaperçue à l’attention critique des générations actuelles et des nouvelles générations d’étudiants. Pour remédier à cette situation, l’idée de la constitution de Réseau.raison s’était formée il y a déjà quelques années, et le groupe de ceux qui désiraient construire ce réseau s’était tourné vers les subventions existantes en vue de soutenir la mobilité des étudiants entre le Canada et l’Europe. La lourdeur de la présence administrative des institutions impliquées, le relatif éloignement par rapport à la recherche proprement dite, les en a détournés. Il reste de cette première orientation la conviction de l’importance d’intégrer aussi des étudiants dans des études qui les mettent le plus possible en contact avec ces problèmes et leur permette à la fois d’en saisir l’importance, d’en entreprendre l’analyse et d’en tenir compte dans leur travail intellectuel.

Problème

A première vue, on pourrait croire que, pour former des équipes et des réseaux de recherche dans les disciplines de la pensée, il suffise d’imiter ce qui se fait dans les sciences, les techniques et toutes les disciplines vouées principalement au développement de l’érudition, où, effectivement, l’habitude du travail en commun est déjà longue et rodée. A vrai dire, même dans ces domaines, le travail dans des réseaux sur Internet apporte des modifications considérables. On le voit bien par exemple en informatique, dans la manière dont s’est organisée la collaboration dans les collectivités ouvertes qui élaborent les logiciels dans les projets de Linux et des logiciels libres, où la dynamique de la collaboration est très différente de celle qui a lieu dans les équipes traditionnelles en recherche informatique. A cette transformation des rapports due en partie au fait que la collaboration a lieu sur Internet, il faut ajouter la différence, sans doute bien plus importante encore, qui est liée à la manière dont la recherche a lieu dans des disciplines telles que la philosophie, en tant du moins qu’on l’envisage comme telle, et non en tant qu’elle est, par exemple, une branche de l’histoire. Il est connu que, dans ces disciplines de la pensée, le travail est fortement individuel, au point que plusieurs envisagent comme incongrue l’idée d’une collaboration autre qu’occasionnelle et très restreinte en ces domaines. Leur réticence se justifie par le fait que la division du travail courante dans la plupart des disciplines n’a guère de sens en philosophie, où il importe à tout moment de saisir parfaitement la relation entre l’ensemble mouvant des idées envisagées, analysées et élaborées[6]. Il ne s’ensuit pas pourtant que la collaboration soit impossible. Le fait déjà que la philosophie antique se soit développée certes par l’action de grandes figures individuelles, mais également dans le cadre d’écoles, où avait lieu non seulement la transmission de la philosophie, mais aussi une grande part de son élaboration[7], nous montre qu’il existe des modes de collaboration appropriés également à ces formes de pensée. En ce sens, le défi général que représente la possibilité de mise en réseau des chercheurs sur Internet offre aux acteurs des disciplines de la pensée une occasion de remettre en question la vision traditionnelle du penseur nécessairement isolé et de tenter de découvrir ou d’inventer les modes de collaboration adéquats au développement de la pensée elle-même, modes qu’on méconnaît en les pensant sur les modèles valant pour d’autres disciplines plus « scientifiques ».

Il est très probable également que, dans chaque discipline, les modalités les plus pertinentes de la collaboration entre les chercheurs aient un rapport assez étroit avec les meilleures méthodes de formation des étudiants, car l’enseignement est l’une des manières dont se partagent non seulement les savoirs, mais également les habiletés propres à une matière. En ce sens, de même que l’on a traditionnellement trouvé utile de ne pas séparer la recherche et l’enseignement dans les universités, de même il est sans doute utile de ne pas séparer l’étude des deux types de communication, celle qui a lieu dans les groupes de chercheurs, et celle qui s’instaure généralement entre les professeurs et leurs étudiants. Et dans cette même perspective, on peut espérer que les problèmes que pose l’enseignement sur Internet soient à certains niveaux semblables à ceux qui se posent dans la collaboration des chercheurs. Dans cette hypothèse, pour étudier la manière de constituer des réseaux de recherche sur Internet, il est souhaitable déjà d’en former un, pour aborder empiriquement l’étude d’un phénomène relativement nouveau, et il est souhaitable ensuite d’étudier aussi bien la collaboration en recherche que les méthodes d’enseignement praticables sur Internet.

Objectifs

C’est dans cet esprit d’une expérience de ce qu’il s’agit d’étudier, et de la réunion de plusieurs aspects du problème, que la division des disciplines tend à séparer, que nous entreprenons de constituer Réseau.raison, en tant qu’une sorte de laboratoire de la collaboration par ordinateur dans la recherche au sein des disciplines de la pensée.

Cela ne signifie pas que le réseau se limitera à ce seul objet. Au contraire, il s’agit là d’un aspect seulement du but pour lequel nous mettons sur pied les moyens de notre collaboration. Notre objet est celui du rapport entre la pensée et l’ordinateur, en tant qu’outil de pensée, mais également en tant que machine à penser, machine calculante — voire intelligente à l’avenir, selon certains. Il s’agit de savoir comment notre propre rapport à la pensée se trouve éventuellement transformé par la situation nouvelle dans laquelle nous place la présence de l’ordinateur, comment nous pouvons trouver les moyens de ne pas subir simplement la transformation du milieu dans lequel nous avions l’habitude de penser, mais d’utiliser les nouvelles ressources qu’il nous donne en inventant les moyens de développer et d’exprimer la pensée avec ces nouveaux instruments.

Cependant, il serait illusoire de croire que nous pourrons, durant la seule année que durera la subvention que nous demandons, déployer de manière significative ce programme dans son ensemble, et plus encore de nous imaginer que nous puissions arriver à des résultats définitifs. Il s’agira de mettre sur pied le dispositif, de chercher à l’adapter le mieux possible à ce que nous voulons tout en le gardant suffisamment souple pour qu’il puisse évoluer à mesure que nous sentirons le besoin de l'ajuster, et de rassembler et d’analyser les premières impressions que nous pourrons avoir de cet essai.

Programme

Vu qu’il s’agit à la fois de créer un réseau de recherche et de réfléchir sur la manière dont il peut être réalisé de la façon la plus pertinente pour les disciplines de la pensée, la démarche doit être évidemment expérimentale. Même s’il existe des collaborations scientifiques sur Internet, dont plusieurs d’entre nous ont d’ailleurs l’expérience, il nous faut ici explorer un domaine largement inconnu.

Nous nous donnerons d’abord des moyens usuels de communication pour commencer la réflexion et l’élaboration de ceux dont nous sentirons le besoin. Ainsi, nous pourrons commencer par créer une liste de discussion, dans laquelle, à tour de rôle, les membres de l’équipe distribueront un texte de réflexion, qui fera l’objet d’une discussion commune, où il s’agira aussi bien sûr de concevoir la meilleure forme à donner à cette discussion et à ses moyens informatiques. De même, plutôt que de fixer un thème de discussion et de recherche précis dès le départ, nous explorerons quels sont parmi nos thèmes convergents ceux qui se prêtent le plus directement à des discussions et développements. Il s’agit ici de laisser jouer assez librement, au départ surtout, le dynamisme que doit permettre ce mode de collaboration. Il n’est pas exclu d’ailleurs que les thèmes plus spécifiques qui seront abordés ne s’unifient pas en une structure hiérarchique sous un seul titre, mais qu’ils se tissent eux-mêmes en un réseau, ce qui semble même assez vraisemblable, voire souhaitable, vu le caractère interdisciplinaire de notre équipe et le fait qu’elle se constitue autour d’un thème général large (et qui doit l’être pour que la réflexion puisse avoir une pertinence philosophique) que chacun des membres du réseau aborde sous des angles particuliers.

Une telle structure réticulaire de la recherche n’est pas habituelle dans les disciplines scientifiques où la coutume est d’aborder des problèmes précis, déjà posés de manière presque définitive au départ, afin d’en chercher les solutions selon des méthodes déjà fixées également, selon une division et un calendrier relativement exacts des tâches à accomplir. Mais pour que les réseaux de recherche puissent devenir utiles dans le domaine des disciplines de la pensée, il importe justement d’explorer d’autres manières de concevoir la collaboration en recherche, et par conséquent d’autres façons d’organiser cette dernière.

Cela ne signifie pas que nous devions partir de rien. En ce qui me concerne (G. Boss), par exemple, depuis longtemps j’explore la possibilité d’une collaboration réelle en philosophie à travers mes séminaires de maîtrise et de doctorat, et je sais qu’elle est possible, à condition qu’on ne conçoive pas un groupe de recherche en philosophie comme une équipe scientifique face à un problème précis à résoudre[8]. Cela ne signifie pas que dans ce type de recherche commune, il n’y ait aucun problème posé au départ. Bien au contraire[9]. Mais ici, le problème lui-même doit être discuté et redéfini au cours de la recherche. Il en va assurément ainsi en ce qui concerne le problème précis pour lequel nous demandons cette subvention, qui est de savoir comment créer un réseau de recherche fonctionnel, pertinent pour les disciplines de la pensée.

Il va de soi que l’expérience de collaboration doit avoir lieu sur Internet. Mais il est essentiel également que les membres du réseaux puissent aussi se rencontrer concrètement, à la fois pour aborder des sujets qui se traitent plus aisément en présence les uns des autres, et pour avoir un point de comparaison concret en vue de l’analyse des deux types de communication, directe et par Internet. C’est pourquoi un colloque sera organisé sur notre thème, du jeudi 29 septembre au samedi 1er octobre 2005 à l’Université Laval (Québec). Les conférences publiques seront les suivantes :

    G. Boss, La dimension de la profondeur dans l’écriture sur ordinateur

    R. Fountain, Les outils collaboratifs du logiciel libre, une libre collaboration?

    P. Lévy, "Digitong": une écriture animée pour l'Intelligence Collective

    M. Longeart, "Hypertexte et initiation à la réflexion philosophique : l'expérience du LOG"

    S. Sinclair, Poétique de la visualisation textuelle

    A. Staquet, La formation de réseaux savants sans internet

    C. Vandendorpe, Pensée et technologie

Le colloque comportera également un séminaire de discussion entre les membres du réseau.

Constitution de l’équipe

Les disciplines concernées par le problème de l’influence de l’ordinateur sur la pensée sont nombreuses. Peut-être le sont-elles toutes. Mais certaines le sont davantage en ce qu’elles sont plus propres à l’investigation de cette question. C’est évidemment la philosophie en premier lieu, en tant qu’elle pratique la pensée comme telle et la prend constamment comme objet de réflexion. Ce sont également toutes les disciplines ordonnées autour de l’expression de la pensée, celles qui portent sur les diverses formes de langage, en général ou dans des usages particuliers, telles que la linguistique, les branches littéraires, la communication et les arts. C’est aussi, bien sûr, l’informatique et l’intelligence artificielle. Ce sont enfin les techniques de l’Internet, en tant que moyen d’information, de communication et d’enseignement. Nous avons commencé à rassembler des représentants de toutes ces disciplines afin de former le noyau d’un réseau interdisciplinaire apte à aborder l’ensemble du problème sous ses divers angles.

L’un des intérêts de la constitution de réseaux de recherche sur Internet réside dans la possibilité d’étendre les relations bien au-delà de l’espace géographique relativement limité qu’exigent sinon des rencontres régulières dans les mêmes lieux. Nous en profitons pour étendre justement notre réseau sur une large aire géographique, entre le Canada et l’Europe.

Notre réseau est une nouvelle structure, même si elle s’est constituée en partie depuis quelque temps déjà. Elle comporte cependant également des éléments d’autres groupes de recherche, et par conséquent des membres qui ont déjà eu l’occasion de collaborer. G. Boss et M. Longeart ont fait partie d’un groupe de recherche en intelligence artificielle sur l’invention de nouveaux langages pour la pensée[10], et G. Boss et A. Staquet collaborent dans un groupe d’étude des discours philosophiques. Par ailleurs, plusieurs membres de l’équipe se sont déjà rencontrés également au colloque d’Ottawa sur les espaces virtuels d’écriture et de lecture organisé par C. Vandendorpe et ses collaborateurs[11].

Pour éviter que notre réseau ne s’enlise dans de longues discussions relativement stériles dues aux malentendus qui surgissent d’habitude quand des spécialistes de diverses disciplines tentent de communiquer et de travailler ensemble, nous avons constitué notre équipe de telle manière que certains intérêts et certaines compétences soient partagés à des degrés divers par tous. C’est ainsi, entre autres, qu’une certaine familiarité avec la philosophie ainsi qu’avec l’informatique et l’usage non trivial des ordinateurs est général dans notre groupe de recherche. On verra dans la description de l’équipe comment celle-ci n’est pas formée de spécialistes étrangers chacun à la spécialité des autres, mais de chercheurs dont les études sont déjà interdisciplinaires, de sorte que leurs compétences se recoupent assez largement, même si les spécialités sont effectivement diverses.

Tel qu’il est constitué actuellement, le groupe de Réseau.raison dispose des compétences nécessaires pour établir le réseau projeté et pour l’analyser. Il comporte également un réseau d’intérêts et de méthodes de recherche permettant à la fois la concentration et l’ouverture de la discussion sur le thème qu’il s’est donné. Mais, comme nous l’avons déjà dit, le réseau est destiné à s’étendre, notamment au Canada et en Europe, où d’autres collaborateurs sont déjà prêts à s’intégrer dès que l’opportunité s’en présentera. L’expérience menée par le groupe plus restreint présenté ici permettra de décider comment cette extension doit être faite, et quelle est la taille idéale à atteindre.

Perspectives

Réseau.raison est donc un point de départ et non une structure définitive ou momentanée. C’est le noyau d’un réseau prévu pour s’élargir et se développer. L’un de ses objectifs est précisément la constitution du réseau de recherche et d’enseignement plus large dont il sera la première élaboration. De même, la recherche entreprise sur les modes de la pensée à l’époque de l’ordinateur est destinée à se poursuivre, d’autant que son objet est non seulement mal connu actuellement, mais destiné à évoluer, et qu’il n’est pas uniquement question de le connaître tel qu’il est, mais de contribuer à son évolution par des inventions touchant aussi bien la constitution des réseaux cités ci-dessus que l’élaboration de manières d’exprimer la pensée sur ordinateur.

Ce premier établissement de Réseau.raison est donc prévu comme une première étape. Le nombre des chercheurs et des institutions susceptibles de s’y intéresser et d’y participer est supérieur à celui du noyau qui le lance, et les affiliations se feront progressivement. A ce sujet, il faut remarquer aussi que le principe du développement des réseaux n’est pas celui d’une institution centralisée et fortement unifiée, mais qu’il peut aisément prendre la forme d’un réseau de réseaux. De cette manière, la création d’autres réseaux parallèles, si l’on peut dire, pourrait contribuer à la croissance de Réseau.raison par la constitution de ces réseaux de réseaux.

Quant à savoir quels devraient être les principes de cette croissance, de manière à ce qu’elle soit favorable au développement de la pensée, ce sera précisément, comme nous l’avons dit, l’un des thèmes de réflexion de notre réseau, qui devrait devenir toujours plus apte à diriger judicieusement son propre développement.

 


LISTE DES CITATIONS

 

   

  1.                 Anis, J. & Lebrave, J.L. (éds.),    Texte et ordinateur : les mutations du lire-écrire, Paris X-Nanterre, CRL, 1991-1993

  2.                 Anis, J.,       Texte et ordinateur, l'écriture réinventée ? Paris, Bruxelles, De Boeck Université, 1998.

  3.                 Bolter, J.,   Writing Space. The Computer, Hypertext and the History of Writing, Hillsdale, Lawrence Elbaum, 1991.

  4.                 Bordron, J.-F.,        Descartes; Recherches sur les contraintes sémiotiques de la pensée discursive, Paris, PUF, 1986.

  5.                 Boss, G.,      « La langue des philosophes », Revue de Théologie et de Philosophie, v. 110, no 3, Lausanne, 1978.

  6.                 Boss, G.,      Les machines à penser, l’homme et l’ordinateur, Zurich, Grand Midi, 1987.

  7.                 Boss, G.,     « La mécanisation de l’intelligence », Carrefour, Ottawa, 1989.

  8.                 Boss, G.,     « Le songe d'une poétique philosophique; les rêves de Descartes », Dialectica, Bienne, 1993.

  9.                 Boss, G.,     « Contradiction et différence des philosophies », La Philosophie et son Histoire, Grand Midi, Zurich, 1994. (Cf. également la discussion de ce texte, dans le même ouvrage.)

  10.                 Boss, G.,     « Discours et méthode », Archives de Philosophie, Paris, 1996.

  11.                 Boss, G.,      « Descartes et l’enseignement de la philosophie », L’Enseignement Philosophique, vol. 47, no 3, Arras, 1997.

  12.                 Boss, G.,      Jeux de concepts, Zurich, Grand Midi, 1998-2003.

  13.                 Boss, G.,      « Philosophie et pratique », http://www.gboss.ca/pubinternet.htm, Québec, 2000…

  14.                 Boss, G.,     Traduction et commentaire hypertexte de l’essai de Hume « De la délicatesse de goût et de passion », http://www.gboss.ca/pubinternet.htm, Québec, 2002.

  15.                 Boss, G.,     « De la collaboration en philosophie », http://www.gboss.ca/pubinternet.htm, Québec, 2002.

  16.                 Boss, G. & Longeart, M.,    « Représentation philosophique par réseau sémantique variable », Laval Théologique et Philosophique, Québec, 1991.

  17.                 Boss, G. & Longeart, M.,    « Intelligence artificielle ou philosophie sur ordinateur », Revue de Synthèse, Paris, 1993.

  18.                 Boss, G. & Longeart, M.,    « Philosophie sur ordinateur ou intelligence artificielle », Dialogue, Trois-Rivières, 1993.

  19.                 Cahné, A., Un autre Descartes; Le philosophe et son langage, Paris, Vrin, 1980.

  20.                 Cossutta, F. (éd.), Descartes et l’argumentation philosophique, Paris, PUF, 1996.

  21.                 Descombes, V.,        La denrée mentale, Paris, Minuit, 1995.

  22.                 Dyson, F.J.,       The Sun, the Genome, the Internet ; Tools of Scientific Revolutions, Oxford University Press, 1999.

  23.                 Fountain, R.M.,      « Une réalité et son vécu au Gabon », Esprit Critique ; Revue Électronique de Sociologie, http://www.espritcritique.org/0310/article3.html, 2001.

  24.                 Galay, J.-L.,     Philosophie et invention textuelle : essai sur la poétique d'un texte kantien, Paris, Klincksieck, 1977.

  25.                 Gochet P., Gribomont, P., Logique. Méthodes pour l'informatique fondamentale. Paris, Hermes, 1990.   

  26.                 Gochet P., Gribomont, P., Logique. Méthodes formelles pour l'étude des programmes. Volume 2. Collection langue, raisonnement, calcul, Paris, Hermès, 1994.

  27.                 Graham, G.,     The Internet ; A Philosophical Inquiry, Routledge, New York, London, 1999.

  28.                 Granger, G.G.,        Essai d'une philosophie du style, Paris, Odile Jacob, 1988.

  29.                 Hadot, P.,   Qu’est-ce que la philosophie antique ? Paris, Gallimard, 1995.

  30.                 Hintikka, J.,      « Cogito, ergo sum, Inference or Performance? », The Philosophical Review, v. 71, Ithaca, 1962.

  31.                 Lévy, P.,      Les technologies de l’intelligence, La Découverte, Paris, 1990.

  32.                 Lévy, P.,      L’idéographie dynamique. Vers une imagination artificielle ? La Découverte, Paris, 1991.

  33.                 Lévy, P.,      Qu’est-ce que le virtuel ? La Découverte, Paris, 1995.

  34.                 Lévy, P.,      L'intelligence collective : pour une anthropologie du cyberspace, Paris, La Découverte, 1997.

  35.                 Lévy, P.,      Cyberculture, Odile Jacob, Paris, 2000.

  36.                 Lévy, P.,      World Philosophie. Le marché, le cyberespace, la conscience, Odile Jacob, Paris, 2000.

  37.                 Lévy, P.,      Cyberdémocratie. Essai de philosophie politique, Odile Jacob, Paris, 2002.

  38.                 Lévy, P.,      « Le grand transfert », 2003.

  39.                 Leyenberger, G.,     « Métaphore, fiction et vérité chez Descartes », Littérature, no 109, Paris, 1998.

  40.                 Longeart, M., « Intelligence artificielle, mythe ou réalité ? », Carrefour, Ottawa, 1989.

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  42.                 Longeart, M., « Intelligence et intentionnalité. Critique de l’argument de Searle contre l’intelligence artificielle », Dialogue, Trois-Rivières, 1991.

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  44.                 Longeart, M. & Boss, G.,    « A Critique of Taxonomical Approach in Structured Object Representation of Abstract Conceptual Systems », Symbolic-Numeric Data Analysis and Learning, eds. E. Diday, Y. Lechevallier, Nova Science Pub., New York, 1991.

  45.                 Longeart, & M. Boss, G.,    « Hierarchical Networks for Knowledge Representation: An Evaluation », Proceedings of the International Conference on Artificial Intelligence Applications and Neural Networks, ed. M.H. Hamza, ACTA Press, Zurich, 1991.

  46.                 Longeart, M., Boss, G. & Skuce, D.,      « Frame-based Representation of Philosophical Systems using a Knowledge Engineering Tool », Computers and the Humanities, v. 27, London, 1993.

  47.                 Longeart, M. & Émond, G.,        « Vers une sémiotique des espaces conceptuels », Revue Informatique et Statistique dans les Sciences humaines, 1995.

  48.                 Mineau, W.G., Moulin, B., Sowa, J.F., éds.,      Conceptual Graphs for Knowledge Representation, Berlin, Springer Verlag, 1993.

  49.                 Moreau, P.-F., « Politiques du langage », Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, v. 175, no 2, Paris, PUF, 1985.

  50.                 Pariente, J.-C.,       « Problèmes logiques du cogito », Le Discours et sa Méthode, éd. N. Grimaldi, J.-L. Marion, Paris, PUF, 1987.

  51.                 Parkinson, G.H.R.,        « Language and knowledge in Spinoza », Inquiry, v. 12, Oslo, 1969.

  52.                 Romanowski, S.,    L'illusion chez Descartes; La structure du discours cartésien. Paris, Klincksieck, 1974.

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  59.                 Sinclair, S.,      HyperPo: The Next Generation”, ACH-ALLC'99 Conference Proceedings, Charlottesville: University of Virginia, Charlottesville, 1999

  60.                 Sinclair, S.,      “Text Analysis as Exploration”, ACH/ALLC 2002 - The 14th Joint International Conference of the Association for Literary and Linguistic Computing and the Association for Computers and the HumanitiesAbstracts, Zentrum für Datenverarbeitung, Universität Tübingen, Tübingen, 2002.

  61.                 Sinclair, S.,      « Quelques obstacles dans le développement de l'analyse de texte informatisée », Astrolabe: Recherche littéraire et informatique, 2002.

  62.                 Sinclair, S.,      « Historique de l'analyse de texte informatisée », Astrolabe: Recherche littéraire et informatique, 2002.

  63.                 Sinclair, S.,      « Computer-Assisted Reading : Reconceiving Text Analysis », Literary and Linguistic Computing, vol. 18, no 2, 2003.

  64.                 Solère, J.-L.,     « Peinture et philosophie: deux exemples d'homologie entre espace pictural et structure métaphysique », Philosophie, no 30, Paris, Minuit, 1991.

  65.                 Souriau, E.,      L’instauration philosophique, Paris, Alcan, 1939.

  66.                 Sowa, J.F.,        Knowledge Representation: Logical, Philosophical, and Computational Foundations, Pacific Grove, Brooks Cole Publishing, 2000

  67.                 Staquet, A.,     « Essai d’analyse verbale d’une nouvelle de Stig Dagerman : Dieu rend visite à Newton », Revue Informatique et Statistique dans les Sciences humaines, Liège, 1993.

  68.                 Staquet, A.,     « Les langages de l’éthique », Réseaux , Mons, 1999.

  69.                 Staquet, A.,     La pensée faible. Essai d’analyse quantitative de trois textes de Vattimo et Rovatti, Éditions du Centre Informatique de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège, Liège, 1999.

  70.                 Tiedemann, P., Internet für Philosophen ; Eine praxisorientierte Einführung, Primus Verlag, Darmstadt, 1999.

  71.                 Vandendorpe, C.,   Du papyrus à l’hypertexte; Essai sur les mutations du texte et de la lecture, Boréal-La Découverte, Montréal-Paris, 1999.

  72.                 Vandendorpe, C.,   « Les avatars du sens profond. Réflexion sur quelques modèles de lecture», Horizons philosophiques, 1992.

  73.                 Vandendorpe, C.,   « La lecture du fait divers: fonctionnement textuel et effets cognitifs », Tangence, 1992.

  74.                 Vandendorpe, C.,   « La lecture entre automatisation et déchiffrement», L'acte de lecture, éd. D. Saint-Jacques, Nuit Blanche, Québec, 1994.

  75.                 Vandendorpe, C.,   « Pour un hypertexte tabulaire », Actes du colloque «Hypertextes et Hypermédias», Université Paris VIII, Paris, 1995.

  76.                 Vandendorpe, C.,   « Balises pour une pédagogie de la langue maternelle dans un Centre d’écriture informatisé», Actes du colloque «Utilisation des nouvelles technologies en enseignement et apprentissage des langues», éd. Knoerr H. et al., Université d’Ottawa, Ottawa, 1995.

  77.                 Vandendorpe, C.,   « Métalangage, jargon et hypertexte», Les métalangages de la classe de français. Actes du 6ème colloque de la DFLM, Lyon, 1996.

  78.                 Vandendorpe, C.,   « Sur l’avenir du livre: linéarité, tabularité et hypertextualité», Le livre. De Gutenberg à la carte à puce, éd. J. Bénard et J.J. Hamm, Legas, Ottawa, Toronto, 1996.

  79.                 Vandendorpe, C.,   « De la textualité numérique. L’hypertexte et la fin du livre », RS-SI, vol. 17, 1997.

  80.                 Vandendorpe, C.,   « Pour un hypertexte tabulaire », Argus, 1998.

  81.                 Vandendorpe, C.,   Communication écrite. Une grammaire fondamentale et textuelle interactive. CD-ROM, Didascom, Montréal, 1999.

  82.                 Vandendorpe, C.,   EPIGRAM. Épreuve informatisée de grammaire. Test de classement pour un parcours individualisé. CD-ROM, Didascom, Montréal, 1999.

  83.                 Vandendorpe, C.,   Le Carnet de bord. Un outil de gestion des apprentissages. CD-ROM, Didascom, Montréal, 1999.

  84.                 Vandendorpe, C.,   « Livre virtuel ou codex numérique? Les nouveaux prétendants », Bulletin des bibliothèques de France, no 6, 2000.

  85.                 Vandendorpe, C.,   « Pour une bibliothèque virtuelle universelle », Le Débat, no 117, 2001.

  86.                 Vandendorpe, C. & Hopper, C. éds.,      Aides informatisées à l’écriture, Éditions Logiques, Montréal, 1995.

  87.                 Vandendorpe, C. & Salaüm, J.-M. éds.,      Les défis de la publication sur le web; hyperlectures, cybertextes et métaéditions, Presses de l’Enssib, Lyon, 1995.

  88.                 Van Sevenant, A., Écrire à la lumière; Le philosophe et l’ordinateur, Galilée, Paris, 1999.

  89.                 Vuillemin, J.,    What are Philosophical Systems, Cambridge, Cambridge University Press, 1986.

  90.                 Waisman, F.,    Logik, Sprache, Philosophie, Stuttgart, Reclam, 1976.

 

 



[*] Ce texte est le projet présenté en 2004 au CRSH pour la demande de subvention.

[1] Sur ce sujet, voir par exemple, à propos de Descartes surtout, les références 4, 5, 8, 10, 11, 19, 20, 24, 30, 39, 49-53.

[2] Voir 9, 54, 90,

[3] Voir 71.

[4] 1, 2, 3, 66, 71, 79.

[5] 6, 7, 21, 22, 31, 32.

[6] 28, 89.

[7] 29.

[8] 15.

[9] 13.

[10] 14-18, 44-47.

[12] Voir références no 67, 69.

[13] 31-38.

[14] 14-18, 40-47.

[15] Voir sur ce point deux essais, très différents : 12, 14.

[16] 55-63.

[17] 71-87.

[18] 81-83.

[19] 23.