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Description du projet de Réseau.raison
(Recherche subventionnée par le CRSH en 2005-2006)*
RÉSEAU.RAISON
constitution d'un réseau pour la réflexion
sur les rapports entre la pensée et l'ordinateur
RÉSUMÉ
La
pensée n’est pas une activité désincarnée. Elle est intimement dépendante
du milieu, des outils et des méthodes disponibles dans sa culture
d’appartenance. L’arrivée fulgurante des ordinateurs, leur
influence sur notre manière de penser, cela pose des problèmes aux
penseurs d’aujourd’hui. Comment nos manières de penser se
sont-elles déjà modifiées, et comment devons-nous les modifier
encore dans ce nouvel environnement ?
Le
projet de Réseau.raison vise à la création d’un réseau réel et
virtuel de réflexion, d’échange et de formation de la pensée,
fondé sur les technologies modernes de télématique et de traitement
informatique du texte. Il réunit deux domaines généralement
disjoints : celui de la réflexion philosophique sur les
conditions de possibilité du discours rationnel et celui de l’élaboration
de nouveaux outils pour le développement et la diffusion de tels
discours.
La
méfiance des intellectuels face aux nouveaux moyens de penser (comme
le livre autrefois, l’ordinateur aujourd’hui) les retient souvent
d’en faire l’analyse. Pourtant, les révolutions qu’ils
provoquent sont très importantes, y compris pour les modes de penser
jugés les plus purs, même si elles sont difficiles à saisir dans
leurs débuts. Dans le cas de l’influence de l’ordinateur, la
rapidité avec laquelle elle se répand rend urgente la réflexion sur
le phénomène et l’invention de nouveaux moyens d’y adapter
la pensée. Ce
défi lancé aux générations actuelles réclame qu’il soit aussitôt
relevé et abordé dans le cadre même des nouvelles techniques
informatiques, par la collaboration des chercheurs, notamment dans un
réseau sur Internet, sur le lieu même où les questions se posent.
Cette
problématique comporte des aspects qui concernent la pratique de la
pensée ou la philosophie proprement dite, la technique informatique,
l’intelligence artificielle et les diverses applications de
l’informatique dans le domaine de la philosophie, ainsi que de la
production et lecture des « textes » ou plutôt de leurs
nouveaux équivalents sur ordinateur.
Pour
remplir sa tâche, Réseau.raison rassemble des chercheurs en
philosophie, en communication, en lettres, en informatique, et en éducation,
travaillant à l’université ou dans d’autres écoles ainsi que
dans la recherche indépendante. Les compétences de ces partenaires
sont complémentaires et couvrent les champs suivants :
philosophie et philosophie du discours, intelligence artificielle,
analyse linguistique et littéraire, techniques de l’hypertexte,
enseignement à distance par Internet, création d’œuvres numériques
dans des réseaux scientifiques de collaboration par Internet,
expression philosophique sur ordinateur.
Les
chercheurs du réseau collaboreront par l’intermédiaire
d’Internet, mais ils devront également se rencontrer. Dans ce but,
un colloque aura lieu sur le thème d’étude du réseau, dont les
conférences seront publiques. Il s’agira pour le membre du réseau
de comprendre d’abord, puis d’inventer les modes de penser sur
ordinateur, et notamment sur le réseau Internet. L’un des premiers
résultats concrets de l’activité de Réseau.raison sera la création
d’un tel réseau collaboratif ayant la philosophie comme centre de
gravité, ainsi que l’analyse des possibilités de tels réseaux de
recherche, notamment pour les disciplines de sciences humaines qui ne
sont pas considérées comme « scientifiques » selon le
modèle habituel des sciences de la nature.
DESCRIPTION DU
PROJET
Thème
On
sait que la pensée discursive n’est pas un processus purement intérieur,
autonome, qui s’effectuerait dans un esprit séparé, indépendamment
de tout instrument. La langue a été reconnue depuis longtemps comme
un facteur essentiel de la pensée, qui la permet et y fixe certaines
limites,
car, notamment, la logique et la grammaire sont interdépendantes.
Mais la détermination de la pensée par ses moyens extérieurs est
plus concrète encore. On sait que les cultures orales correspondent
à d’autres modes de penser que les cultures écrites, et plus
encore, que les divers supports de l’écriture permettent des modes
de lecture et de pensée différents, de sorte que la culture du
papyrus et celle du livre ne sont pas les mêmes, par exemple.
Tout le monde connaît plus ou moins l’influence de la radio et de
la télévision sur nos manières de percevoir la réalité et de
penser. Mais la grande nouveauté dans ce domaine est sans conteste le
surgissement de l’ordinateur et de sa mise en réseaux. Il s’agit
là véritablement de l’apparition d’un nouveau moyen de représentation
des connaissances et d’écriture, imitant encore beaucoup le livre
et l’écriture sur papier pour l’instant, mais s’en éloignant
aussi toujours davantage, manifestant des possibilités vraiment
nouvelles,
qui ont déjà introduit plus de modifications dans nos manières de
penser qu’il ne paraît.
En
principe, ce phénomène a été reconnu et il représente un objet
d’étude pour certains chercheurs dans le domaine. Toutefois il
continue à susciter plus de méfiance que de curiosité scientifique
chez la majorité des intellectuels. C’est pourquoi il convient
d’organiser des lieux de recherche et de formation qui en abordent
plus systématiquement l’étude dans toute sa dimension. Et c’est
le but de la formation du réseau de recherche Réseau.raison.
Si
l’importance de l’influence de l’ordinateur sur l’évolution
de nos modes de penser a déjà été perçue par des penseurs
individuels, elle n’a pas encore donné lieu à la formation d’un
centre d’intérêt autour duquel s’organise la recherche de
groupes importants de chercheurs, comme c’est le cas pour bien
d’autres thèmes nouveaux de recherche. Parmi les raisons de cette
situation, il faut certainement compter au moins les deux suivantes :
premièrement la grande nouveauté du phénomène et la difficulté de
le définir ; deuxièmement son caractère diffus et son ampleur,
qui le rendent difficilement saisissable. En effet, le phénomène déborde
largement les champs limités définis par les disciplines
traditionnelles et rend nécessaire une approche interdisciplinaire
entre des disciplines moins habituées à collaborer que ce n’est le
cas dans d’autres sciences. Notre réseau devrait former l’un des
lieux où cette collaboration s’inaugure, avec l’ambition de la développer
progressivement dans toute son étendue.
A
cause de leur méfiance face à l’ordinateur (justifiée à certains
égards), les chercheurs et les étudiants dans les disciplines
concernant la pensée et son expression n’apprennent pas à aborder
les nouveaux problèmes qu’il pose et se contentent d’y voir un
instrument de collecte d’informations sur Internet et une machine à
écrire perfectionnée, destinée à produire de l’écrit
traditionnel sur papier. Une des grandes mutations de l’histoire
concernant les formes de pensée risque donc de passer en grande
partie inaperçue à l’attention critique des générations
actuelles et des nouvelles générations d’étudiants. Pour remédier
à cette situation, l’idée de la constitution de Réseau.raison
s’était formée il y a déjà quelques années, et le groupe de
ceux qui désiraient construire ce réseau s’était tourné vers les
subventions existantes en vue de soutenir la mobilité des étudiants
entre le Canada et l’Europe. La lourdeur de la présence
administrative des institutions impliquées, le relatif éloignement
par rapport à la recherche proprement dite, les en a détournés. Il
reste de cette première orientation la conviction de l’importance
d’intégrer aussi des étudiants dans des études qui les mettent le
plus possible en contact avec ces problèmes et leur permette à la
fois d’en saisir l’importance, d’en entreprendre l’analyse et
d’en tenir compte dans leur travail intellectuel.
Problème
A
première vue, on pourrait croire que, pour former des équipes et des
réseaux de recherche dans les disciplines de la pensée, il
suffise d’imiter ce qui se fait dans les sciences, les techniques et
toutes les disciplines vouées principalement au développement de
l’érudition, où, effectivement, l’habitude du travail en commun
est déjà longue et rodée. A vrai dire, même dans ces domaines, le
travail dans des réseaux sur Internet apporte des modifications
considérables. On le voit bien par exemple en informatique, dans la
manière dont s’est organisée la collaboration dans les collectivités
ouvertes qui élaborent les logiciels dans les projets de Linux et des
logiciels libres, où la dynamique de la collaboration est très différente
de celle qui a lieu dans les équipes traditionnelles en recherche
informatique. A cette transformation des rapports due en partie au
fait que la collaboration a lieu sur Internet, il faut ajouter la différence,
sans doute bien plus importante encore, qui est liée à la manière
dont la recherche a lieu dans des disciplines telles que la
philosophie, en tant du moins qu’on l’envisage comme telle, et non
en tant qu’elle est, par exemple, une branche de l’histoire. Il
est connu que, dans ces disciplines de la pensée, le travail est
fortement individuel, au point que plusieurs envisagent comme
incongrue l’idée d’une collaboration autre qu’occasionnelle et
très restreinte en ces domaines. Leur réticence se justifie par le
fait que la division du travail courante dans la plupart des
disciplines n’a guère de sens en philosophie, où il importe à
tout moment de saisir parfaitement la relation entre l’ensemble
mouvant des idées envisagées, analysées et élaborées.
Il ne s’ensuit pas pourtant que la collaboration soit impossible. Le
fait déjà que la philosophie antique se soit développée certes par
l’action de grandes figures individuelles, mais également dans le
cadre d’écoles, où avait lieu non seulement la transmission de la
philosophie, mais aussi une grande part de son élaboration,
nous montre qu’il existe des modes de collaboration appropriés également
à ces formes de pensée. En ce sens, le défi général que représente
la possibilité de mise en réseau des chercheurs sur Internet offre
aux acteurs des disciplines de la pensée une occasion de remettre en
question la vision traditionnelle du penseur nécessairement isolé et
de tenter de découvrir ou d’inventer les modes de collaboration adéquats
au développement de la pensée elle-même, modes qu’on méconnaît
en les pensant sur les modèles valant pour d’autres disciplines
plus « scientifiques ».
Il
est très probable également que, dans chaque discipline, les modalités
les plus pertinentes de la collaboration entre les chercheurs aient un
rapport assez étroit avec les meilleures méthodes de formation des
étudiants, car l’enseignement est l’une des manières dont se
partagent non seulement les savoirs, mais également les habiletés
propres à une matière. En ce sens, de même que l’on a
traditionnellement trouvé utile de ne pas séparer la recherche et
l’enseignement dans les universités, de même il est sans doute
utile de ne pas séparer l’étude des deux types de communication,
celle qui a lieu dans les groupes de chercheurs, et celle qui
s’instaure généralement entre les professeurs et leurs étudiants.
Et dans cette même perspective, on peut espérer que les problèmes
que pose l’enseignement sur Internet soient à certains niveaux
semblables à ceux qui se posent dans la collaboration des chercheurs.
Dans cette hypothèse, pour étudier la manière de constituer des réseaux
de recherche sur Internet, il est souhaitable déjà d’en former un,
pour aborder empiriquement l’étude d’un phénomène relativement
nouveau, et il est souhaitable ensuite d’étudier aussi bien la
collaboration en recherche que les méthodes d’enseignement
praticables sur Internet.
Objectifs
C’est
dans cet esprit d’une expérience de ce qu’il s’agit d’étudier,
et de la réunion de plusieurs aspects du problème, que la division
des disciplines tend à séparer, que nous entreprenons de constituer
Réseau.raison, en tant qu’une sorte de laboratoire de la
collaboration par ordinateur dans la recherche au sein des disciplines
de la pensée.
Cela
ne signifie pas que le réseau se limitera à ce seul objet. Au
contraire, il s’agit là d’un aspect seulement du but pour lequel
nous mettons sur pied les moyens de notre collaboration. Notre objet
est celui du rapport entre la pensée et l’ordinateur, en tant
qu’outil de pensée, mais également en tant que machine à penser,
machine calculante — voire intelligente à l’avenir, selon
certains. Il s’agit de savoir comment notre propre rapport à la
pensée se trouve éventuellement transformé par la situation
nouvelle dans laquelle nous place la présence de l’ordinateur,
comment nous pouvons trouver les moyens de ne pas subir simplement la
transformation du milieu dans lequel nous avions l’habitude de
penser, mais d’utiliser les nouvelles ressources qu’il nous donne
en inventant les moyens de développer et d’exprimer la pensée avec
ces nouveaux instruments.
Cependant,
il serait illusoire de croire que nous pourrons, durant la seule année
que durera la subvention que nous demandons, déployer de manière
significative ce programme dans son ensemble, et plus encore de nous
imaginer que nous puissions arriver à des résultats définitifs. Il
s’agira de mettre sur pied le dispositif, de chercher à l’adapter
le mieux possible à ce que nous voulons tout en le gardant
suffisamment souple pour qu’il puisse évoluer à mesure que nous
sentirons le besoin de l'ajuster, et de rassembler et d’analyser les
premières impressions que nous pourrons avoir de cet essai.
Programme
Vu
qu’il s’agit à la fois de créer un réseau de recherche et de réfléchir
sur la manière dont il peut être réalisé de la façon la plus
pertinente pour les disciplines de la pensée, la démarche doit être
évidemment expérimentale. Même s’il existe des collaborations
scientifiques sur Internet, dont plusieurs d’entre nous ont
d’ailleurs l’expérience, il nous faut ici explorer un domaine
largement inconnu.
Nous
nous donnerons d’abord des moyens usuels de communication pour
commencer la réflexion et l’élaboration de ceux dont nous
sentirons le besoin. Ainsi, nous pourrons commencer par créer une
liste de discussion, dans laquelle, à tour de rôle, les membres de
l’équipe distribueront un texte de réflexion, qui fera l’objet
d’une discussion commune, où il s’agira aussi bien sûr de
concevoir la meilleure forme à donner à cette discussion et à ses
moyens informatiques. De même, plutôt que de fixer un thème de
discussion et de recherche précis dès le départ, nous explorerons
quels sont parmi nos thèmes convergents ceux qui se prêtent le plus
directement à des discussions et développements. Il s’agit ici de
laisser jouer assez librement, au départ surtout, le dynamisme que
doit permettre ce mode de collaboration. Il n’est pas exclu
d’ailleurs que les thèmes plus spécifiques qui seront abordés ne
s’unifient pas en une structure hiérarchique sous un seul titre,
mais qu’ils se tissent eux-mêmes en un réseau, ce qui semble même
assez vraisemblable, voire souhaitable, vu le caractère
interdisciplinaire de notre équipe et le fait qu’elle se constitue
autour d’un thème général large (et qui doit l’être pour que
la réflexion puisse avoir une pertinence philosophique) que chacun
des membres du réseau aborde sous des angles particuliers.
Une
telle structure réticulaire de la recherche n’est pas
habituelle dans les disciplines scientifiques où la coutume est
d’aborder des problèmes précis, déjà posés de manière presque
définitive au départ, afin d’en chercher les solutions selon des méthodes
déjà fixées également, selon une division et un calendrier
relativement exacts des tâches à accomplir. Mais pour que les réseaux
de recherche puissent devenir utiles dans le domaine des disciplines
de la pensée, il importe justement d’explorer d’autres manières
de concevoir la collaboration en recherche, et par conséquent
d’autres façons d’organiser cette dernière.
Cela
ne signifie pas que nous devions partir de rien. En ce qui me concerne
(G. Boss), par exemple, depuis longtemps j’explore la possibilité
d’une collaboration réelle en philosophie à travers mes séminaires
de maîtrise et de doctorat, et je sais qu’elle est possible, à
condition qu’on ne conçoive pas un groupe de recherche en
philosophie comme une équipe scientifique face à un problème précis
à résoudre.
Cela ne signifie pas que dans ce type de recherche commune, il n’y
ait aucun problème posé au départ. Bien au contraire.
Mais ici, le problème lui-même doit être discuté et redéfini au
cours de
la recherche. Il
en va assurément ainsi en ce qui concerne le problème précis pour
lequel nous demandons cette subvention, qui est de savoir comment créer
un réseau de recherche fonctionnel, pertinent pour les disciplines de
la pensée.
Il
va de soi que l’expérience de collaboration doit avoir lieu sur
Internet. Mais il est essentiel également que les membres du réseaux
puissent aussi se rencontrer concrètement, à la fois pour aborder
des sujets qui se traitent plus aisément en présence les uns des
autres, et pour avoir un point de comparaison concret en vue de
l’analyse des deux types de communication, directe et par Internet.
C’est pourquoi un colloque sera organisé sur notre thème,
du jeudi 29 septembre au samedi 1er octobre 2005 à l’Université
Laval (Québec). Les conférences publiques seront les
suivantes :
G. Boss, La
dimension de la profondeur dans l’écriture sur ordinateur
R. Fountain,
Les outils collaboratifs du logiciel libre, une libre
collaboration?
P. Lévy, "Digitong":
une écriture animée pour l'Intelligence Collective
M. Longeart,
"Hypertexte et initiation à la réflexion philosophique :
l'expérience du LOG"
S.
Sinclair, Poétique de la visualisation textuelle
A. Staquet,
La formation de réseaux savants sans internet
C.
Vandendorpe, Pensée et technologie
Le
colloque comportera également un séminaire de discussion
entre les membres du réseau.
Constitution
de l’équipe
Les
disciplines concernées par le problème de l’influence de
l’ordinateur sur la pensée sont nombreuses. Peut-être le
sont-elles toutes. Mais certaines le sont davantage en ce qu’elles
sont plus propres à l’investigation de cette question. C’est évidemment
la philosophie en premier lieu, en tant qu’elle pratique la pensée
comme telle et la prend constamment comme objet de réflexion. Ce sont
également toutes les disciplines ordonnées autour de l’expression
de la pensée, celles qui portent sur les diverses formes de langage,
en général ou dans des usages particuliers, telles que la
linguistique, les branches littéraires, la communication et les arts.
C’est aussi, bien sûr, l’informatique et l’intelligence
artificielle. Ce sont enfin les techniques de l’Internet, en tant
que moyen d’information, de communication et d’enseignement. Nous
avons commencé à rassembler des représentants de toutes ces
disciplines afin de former le noyau d’un réseau interdisciplinaire
apte à aborder l’ensemble du problème sous ses divers angles.
L’un
des intérêts de la constitution de réseaux de recherche sur
Internet réside dans la possibilité d’étendre les relations bien
au-delà de l’espace géographique relativement limité qu’exigent
sinon des rencontres régulières dans les mêmes lieux. Nous en
profitons pour étendre justement notre réseau sur une large aire géographique,
entre le Canada et l’Europe.
Notre
réseau est une nouvelle structure, même si elle s’est constituée
en partie depuis quelque temps déjà. Elle comporte cependant également
des éléments d’autres groupes de recherche, et par conséquent des
membres qui ont déjà eu l’occasion de collaborer. G. Boss et M.
Longeart ont fait partie d’un groupe de recherche en intelligence
artificielle sur l’invention de nouveaux langages pour la pensée,
et G. Boss et A. Staquet collaborent dans un groupe d’étude des
discours philosophiques. Par ailleurs, plusieurs membres de l’équipe
se sont déjà rencontrés également au colloque d’Ottawa sur les
espaces virtuels d’écriture et de lecture organisé par C.
Vandendorpe et ses collaborateurs.
Pour
éviter que notre réseau ne s’enlise dans de longues
discussions relativement stériles dues aux malentendus qui surgissent
d’habitude quand des spécialistes de diverses disciplines tentent
de communiquer et de travailler ensemble, nous avons constitué notre
équipe de telle manière que certains intérêts et certaines compétences
soient partagés à des degrés divers par tous. C’est ainsi, entre
autres, qu’une certaine familiarité avec la philosophie ainsi
qu’avec l’informatique et l’usage non trivial des ordinateurs
est général dans notre groupe de recherche. On verra dans la
description de l’équipe comment celle-ci n’est pas formée de spécialistes
étrangers chacun à la spécialité des autres, mais de chercheurs
dont les études sont déjà interdisciplinaires, de sorte que leurs
compétences se recoupent assez largement, même si les spécialités
sont effectivement diverses.
Tel
qu’il est constitué actuellement, le groupe de Réseau.raison
dispose des compétences nécessaires pour établir le réseau projeté
et pour l’analyser. Il comporte également un réseau d’intérêts
et de méthodes de recherche permettant à la fois la concentration et
l’ouverture de la discussion sur le thème qu’il s’est donné.
Mais, comme nous l’avons déjà dit, le réseau est destiné à s’étendre,
notamment au Canada et en Europe, où d’autres collaborateurs sont déjà
prêts à s’intégrer dès que l’opportunité s’en présentera.
L’expérience menée par le groupe plus restreint présenté ici
permettra de décider comment cette extension doit être faite, et
quelle est la taille idéale à atteindre.
Perspectives
Réseau.raison
est donc un point de départ et non une structure définitive ou
momentanée. C’est le noyau d’un réseau prévu pour s’élargir
et se développer. L’un de ses objectifs est précisément la
constitution du réseau de recherche et d’enseignement plus large
dont il sera la première élaboration. De même, la recherche
entreprise sur les modes de la pensée à l’époque de
l’ordinateur est destinée à se poursuivre, d’autant que son
objet est non seulement mal connu actuellement, mais destiné à évoluer,
et qu’il n’est pas uniquement question de le connaître tel
qu’il est, mais de contribuer à son évolution par des inventions
touchant aussi bien la constitution des réseaux cités ci-dessus que
l’élaboration de manières d’exprimer la pensée sur ordinateur.
Ce
premier établissement de Réseau.raison est donc prévu comme une
première étape. Le nombre des chercheurs et des institutions
susceptibles de s’y intéresser et d’y participer est supérieur
à celui du noyau qui le lance, et les affiliations se feront
progressivement. A ce sujet, il faut remarquer aussi que le principe
du développement des réseaux n’est pas celui d’une institution
centralisée et fortement unifiée, mais qu’il peut aisément
prendre la forme d’un réseau de réseaux. De cette manière, la création
d’autres réseaux parallèles, si l’on peut dire, pourrait
contribuer à la croissance de Réseau.raison par la constitution de
ces réseaux de réseaux.
Quant
à savoir quels devraient être les principes de cette croissance, de
manière à ce qu’elle soit favorable au développement de la pensée,
ce sera précisément, comme nous l’avons dit, l’un des thèmes de
réflexion de notre réseau, qui devrait devenir toujours plus apte à
diriger judicieusement son propre développement.
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