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Rappels :
21 janvier:
chap. I et II
Bonjour,
Notre
première rencontre aura permis de dissiper les doutes, si nous en
avions, sur le fait que les aphorismes de Cioran se prêtent aux
discussions et aux échanges. Et comment! La discontinuité du texte
semble décupler les possibilités d'interprétation, ne serait-ce qu'en
posant au lecteur la question de la contiguïté des aphorismes (les
ouvertures, les effets de suite et de reprise, la partition en
chapitres), ou en multipliant le jeu des perspectives (comme nous
l'avons remarqué au sujet de la mort).
Combien
d'aphorismes n'avons-nous même pas effleurés? Lesquels
décortiquerons-nous lors de notre prochaine rencontre?
Rendez-vous
mardi, 4 février, à 19h30, pour discuter des chapitres III et IV.
Je profite
de ce message pour vous proposer une modification à la manière de
débuter nos rencontres. Que diriez-vous que, lors du tour de table,
l'on rappelle aussi ce qui nous a le plus marqué dans les échanges de
la rencontre précédente? Dans mon cas, je dirais que ce sont les
oscillations (entre des extrêmes, évidemment) de ce texte qui ne cesse
de se faire et se défaire.
4 février:
chap. III et IV
Après une
vague de froid sibérien, puis une bonne bordée de neige, qu'est-ce que
la météo nous réserve pour notre troisième rencontre? Un déluge? Un
déluge de commentaires sur le texte de Cioran, si je me fie à nos
derniers échanges qui ont commencé sur le "problème" (III-2!) de la
conscience (III-11), ce qui nous a conduit à reconsidérer l'acte, mais
non plus en tant qu'il est fait dans un but (I-42), mais l'acte
gratuit, ainsi que nous l'avons qualifié. Encore là, cet acte n'est pas
fait "pour" être gratuit; il arrive, c'est tout, un peu comme une
expérience métaphysique (si je peux me permettre ce rapprochement),
comme une participation au tout lors de laquelle le moi, la "canaille
remuante" (I-40), disparaît, ne serait-ce qu'un instant. Comme chez les
mystiques, le moi est rabaissé, annihilé au possible, devant un Dieu...
devant des Dieux qui se succèdent, ici, comme autant d'illusions. Un
mystique sceptique qui joue avec les Dieux! "... Quand on n'a pas eu
l'orgueil de fonder une religion – ou tout au moins d'en ruiner une –
comment ose-t-on se montrer à la lumière du jour?" (III-35). Et, c'est
sans parler de nos échanges sur la manière d'interpréter ce qui
apparaît comme des tensions, pour ne pas dire des contradictions, dans
le texte de Cioran... ou encore de l'usage d'un type spécial de veilles
(I-1) pour les insomniaques du groupe!
À mardi
prochain, 18 février, pour échanger sur les chapitres V et VI.
18 février:
chap. V et VI
Si nous
combinons les aphorismes VI-27 et V-1, et comme il est évident que nous
ne voulons pas devenir des dépeceurs de cadavres, nous nous identifions
donc à l'auteur et au livre, et quand nous relisons "Je le lis pour la
sensation de naufrage [...]", le "je" c'est moi et le "le", c'est
Cioran! "Au début, on comprend, puis on tourne en rond [...]": c'est
pas mal ça! Retour sur les mêmes thèmes, mais sous diverses facettes et
faisant appel à des contextes toujours mobiles, suivant probablement
les humeurs de l'auteur. Le jeu des renvois finit par nous étourdir...
"et on coule derechef...". Mais ce n'est pas une véritable noyade. Nous
changeons de registre. Dans le plus général, nous avons considéré le
caractère plutôt sombre de l'ensemble, ce qui s'accorde assez bien avec
des idées comme "Tout tourne [encore!] autour de la douleur [...]
(VI-14) ou bien avec ce que cela peut vouloir dire de profiter au
maximum de la vie (V-16); quoique je continue à méditer sur "réussir à
échouer"... "Une existence constamment transfigurée par l'échec"
(III-28). Dans le plus détaillé, nous nous sommes arrêtés à des
tournures frappantes (p.e. V-59 et V-60), nous avons relevé l'ironie,
nous avons goûté les pointes lancées contre la philosophie, nous avons
décortiqué le fragment V-23, et nous avons scruté l'usage des
guillemets et des soulignés; quand aux points de suspension, ils
constituent à mon avis la substance du texte (VI-36).
À mardi
prochain, 4 mars, pour échanger sur les chapitres VII et VIII.
4 mars:
chap. VII et VIII
Lors de
notre dernière rencontre, nous avons continué à suivre nos marottes
préférées en sautant d'un aphorisme à l'autre. Mais, surprise! comment
ne pas remarquer l'unité thématique du chapitre VIII? Je retiens
surtout un effet du texte: le rire que provoquent certaines formules et
notamment cette idée que nous pourrions aussi rire de ce qu'il y a de
plus dramatique, la différence n'étant qu'une question de distance.
Comme on s'amuse des travers de la société, on pourrait rigoler des
misères du pauvre petit moi... si on réussissait à s'en détacher un
peu. Se détacher... jusqu'à l'insensibilité? (Ne pas oublier: moi =
sensations). L'effet Cioran! En attendant, j'espère pouvoir vous
inviter, sans vouloir vous attacher, à notre prochaine rencontre. À
mardi prochain, 18 mars, pour échanger sur les chapitres IX et X...
quoique l'idée de lire Cioran dans le cadre d'une démarche programmée
me semble de plus en plus bizarre.
18 mars:
chap. IX et X
Notre
dernière rencontre a débuté par la comparaison de deux aphorismes qui
présentent des situations similaires: une parole ou un bout de phrase
et leurs effets tels que rapportés par Cioran (IX-68, X-38). Les divers
aspects de ces scènes nous ont entraînés à explorer, en retournant
parfois jusqu'aux premiers chapitres, quelques constellations (paroles,
vieillards, humeurs, bouleversements, etc.). En même temps, nous avons
analysé certains aphorismes pour voir ce qui les rend si "frappants".
Encore là, nous nous sommes attardés à leur forme, dont nous avons noté
les motifs suivants: des chutes abruptes (IX-25, IX-35), des jeux de
combinaison et d'opposition (IX-53, X-1, X-38 X-66), des perspectives
dont on peut se demander qui peut avoir un tel point de vue (IX-18,
X-28), des renversements de valeurs dont l'un des plus forts a pour
protagonistes "un ventre agressif et des tombes effacées" (IX-19), des
contextes diversifiés (IX-37, IX-43, X-46) qui constituent autant
d'occasions pour Cioran de s'exercer... S'exercer à quoi? à faire des
formules... et pas n'importe comment, si l'on en juge par une remarque
sur l'à-peu-près et la rigueur (IX-29). Même le choix de la forme
discontinue est justifiée: "Les oeuvres meurent; les fragments, n'ayant
pas vécu, ne peuvent davantage mourir." (X-21).
Puisqu'il
est question de forme, je tiens à mentionner que notre cercle, qui a
déjà connu bien des métamorphoses, vient d'atteindre la ligne. Cercle,
ligne... point? Cette fois-ci, je vous invite donc très positivement à
notre prochaine rencontre et j'ajouterai même, pour piquer votre
curiosité, que nous aurons peut-être un invité-mystère.
À mardi
prochain, 1er avril, pour continuer nos échanges sur les aphorismes
qu'il nous plaira de retenir, notamment ceux des chapitres XI et XII.
1er avril:
chap. XI et XII
Cioran et
la sagesse. Cioran qui joue à être sage... mais qui échoue... ou qui
joue à échouer? Nous n'en avons pas parlé hier soir, mais ces questions
me font maintenant penser à divers passages où il est question de
"faire semblant" et, si je me souviens bien, faire semblant risque de
transformer le faux en vrai. Jouer au sage et devenir sage. Vrai
comédien ou faux imposteur? Joyeux paradoxes pour terminer notre
saison. Je vous remercie tous de votre participation.
Salutations
amicales,
jg
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