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« Chair et écart chez Maurice Merleau-Ponty et Jean-Luc Nancy » par Marie-Eve Morin

Jeudi 22 mars 2018, 15 h 30, (Pavillon Félix-Antoine-Savard, salle 413)

Résumé

Dans Corpus, Jean-Luc Nancy critique les phénoménologies du corps propre (Leib) en ce qu’elles « retournent toujours en une intériorité première ». Dans cette conférence, je me demande si cette critique s’applique aussi à l’ontologie charnelle du dernier Merleau-Ponty. Je suis d’abord quelques mentions de la chair et du chiasme dans Le visible et l’invisible et dans certaines notes posthumes, en me concentrant sur certains passages où Merleau-Ponty parle d’enroulement, d’écart, ou de ségrégation, pour voir s’ils nous permettent de concevoir le soi comme radicalement ouvert et exposé. Me tournant ensuite vers Nancy, je suggère que ce dernier trouverait probablement dans ces réflexions merleau-pontienne le même retour à une intériorité première que dans la Phénoménologie de la perception puisque la déhiscence de la chair qu’est mon corps n’y est pas conçue comme coupure ou vide ontologique (Nancy dirait comme césure), mais est déjà « enjambé[e] par l’être total de mon corps, et par celui du monde ». D’un autre côté, c’est cet enjambement qui permet à Merleau-Ponty de parler d’empiètement entre mon corps touchant et mon corps touché, ainsi qu’entre mon corps et le monde. Je conclus en suggérant que cette promiscuité est une force plutôt qu’une faiblesse de la philosophie merleau-pontienne puisqu’elle permet de penser la chair comme mouvement du désir.

À propos de Marie-Eve Morin

Marie-Eve Morin est professeure agrégée au département de philosophie de l’Université de l’Alberta. Spécialiste de phénoménologie et de philosophie française contemporaine, elle est l’auteure de Jean-Luc Nancy (Polity, 2012), directrice de Speculative Realism and Its Discontent (Edinburgh, 2017), et traductrice de la version anglaise d’Ego Sum de Jean-Luc Nancy (Fordham, 2016). Elle travaille actuellement à une étude comparative des ontologies merleau-pontienne et nancéenne à la lumière du défi posé par le réalisme spéculatif.

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