Logo Université Laval Logo Université Laval
EN

« Une invention capitale de la démocratie grecque : la représentation proportionnelle dans le Conseil des Cités et des Fédérations » par Denis Knoepfler

Lundi 20 juin, 15 h 30, (Pavillon Félix-Antoine-Savard, salle 413)

Résumé

Aux yeux du grand public, et de la plupart des historiens eux-mêmes, l’essence de la révolution démocratique survenue à Athènes vers 500 av. J.-C. réside dans le pouvoir subitement conféré à une Assemblée du Peuple (ekklèsia). Mais ne serait-ce pas là une vision des choses un peu simpliste, qui dissimulerait un changement politique en réalité beaucoup plus important, quoique moins spectaculaire? De fait, on a mis beaucoup de temps à comprendre que le principal organe démocratique des cités et des confédérations de la Grèce antique était, au-delà des apparences, un conseil délibératif (boulè ou synédrion) composé d’un nombre certes relativement élevé mais néanmoins strictement déterminé de membres, qui représentaient les parties constitutives de l’État selon un système proportionnel très sophistiqué (dont l’origine, du reste, pourrait devoir être cherchée ailleurs qu’à Athènes : par exemple en Béotie ou dans l’île d’Eubée). C’est cette structure fédérative et représentative, adoptée plus tard par la Confédération des Lyciens (Asie Mineure), qui a fait l’admiration d’un Montesquieu au XVIIIe siècle, et c’est par là que la démocratie grecque - en dépit de ses carences souvent mises en évidence, avec quelque complaisance, par les Modernes - conserve toute sa valeur de modèle pour les États d’aujourd’hui, quelle que soit leur taille. 

Bio-bibliographie

Historien et archéologue suisse (Université de Neuchâtel), ancien membre étranger de l’École française d’Athènes et docteur d’État de l’Université de Paris-Sorbonne, est connu avant tout comme épigraphiste, c’est-à-dire comme spécialiste des inscriptions de la Grèce antique. Ses premiers travaux ont porté sur les institutions de la Béotie et de l’île d’Eubée (Hyettos de Béotie et la chronologie des archontes fédéraux, 1976; Comptes et inventaires dans la cité grecque, 1986; Décrets érétriens de proxénie et de citoyenneté, 2001; La patrie de Narcisse, 2010), sans parler d’une centaine d’articles (dont un mémoire intitulé « Un modèle d’une belle République fédérative? Montesquieu et le système politique des Lyciens », paru dans le Journal des Savants, 2013). Depuis quelques années, il assume la responsabilité scientifique des fouilles menées par l’École suisse d’archéologie en Grèce sur le site du sanctuaire d’Amarynthos (Eubée). Ses plus récents travaux sont consacrés à des documents athéniens : ainsi un célèbre « Décret sur la kréanomia des Petites Panathénées », où il peut montrer sur quelle base politique, jusqu’ici méconnue, les viandes sacrifiées à la déesse Athéna étaient partagées entre les citoyens (Journal des Savants, 2016, à l’impression). Il est l’un des contributeurs du récent ouvrage de synthèse sur les États fédéraux grecs édité par H. Beck (Montréal) et P. Funke (Münster), Federalism in Greek Antiquity, Cambridge, 2015, et contribue annuellement au « Bulletin épigraphique » de la Revue des Études Grecques.

Le professeur Denis Knoepfler a été titulaire de 2003 à 2014 de la chaire « Épigraphie et histoire des cités grecques » au Collège de France. Il est associé étranger de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, Corresponding Fellow of the British Academy, Londres, Korrespondent-Mitglied des Deutschen Archäologischen Instituts, Berlin, Epitimos Synédros de la Société archéologique d’Athènes, etc.

Affiche