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« Introduction générale au monde arabe après la Seconde Guerre mondiale » par Soheil Kash

Jeudi 10 septembre, 19 h à 21 h, (Pavillon Félix-Antoine-Savard, salle 413)

Résumé

Il est intéressant de constater que les mouvements de contestation radicale du printemps arabe touchent surtout les régimes qui sont supposés être « modernes » et laïcs (Tunisie, Égypte, Libye, Yémen, Syrie), sinon plus modernes que les régimes arabes monarchiques (Arabie saoudite et les pays du Golfe, Jordanie, Maroc, etc.), régimes que l’on peut dire de modèle nassérien, modèle qui est justement en train d’éclater. 

Parmi ces régimes secoués par le printemps arabe figurent deux États pôles limitrophes d’Israël (l’Égypte et la Syrie), dont le changement de la structure du pouvoir risque de changer toutes les règles du jeu régional sur l’échiquier du Proche-Orient. Pourquoi mettre en relief ces deux régimes dans la répartition géopolitique du Proche-Orient ? Cette question nous renvoie à un bref détour par l’histoire arabe contemporaine qui commence en Palestine par la proclamation de l’État d’Israël le 15 mai 1948.

Si Hannah Arendt et Adorno, et avec eux l’intelligentsia juive non sioniste, considéraient qu’on ne peut plus, après Auschwitz, lire notre modernité à travers le même prisme qu’avant, la mémoire palestinienne et arabe contemporaine n’a plus le même rapport à l’Occident moderne après la proclamation de l’État d’Israël « sur une terre sans peuple » qu’on a donné à « un peuple sans terre », selon la formule d’Arthur Koestler, pour lui faire oublier Auschwitz. C’est d’ailleurs significatif que les Arabes dénomment cette injustice qu’ils avaient eu à subir en 1948 la « Nakba » (Catastrophe).

Cet acte de faire payer à un peuple la charge d’une culpabilité dont il n’est pas le sujet a non seulement marqué la mémoire arabe, mais aussi reconfiguré la géopolitique des pays arabes en fonction de leur proximité ou leur éloignement du conflit déclenché entre la Palestine et Israël. La centralité de cette cause est devenue la condition sine qua non de toute action politique arabe se voulant unitaire et briguant un leadership politique quelconque sur le monde arabe. C’est devenu aussi le déclencheur d’une série de coups d’État qui ont fait basculer les régimes arabes et ont retracé une nouvelle carte politique du Proche-Orient. À titre d’exemple, la confrontation militaire classique entre les pays arabes et Israël s’est déroulée aux pays du Machreq à travers plusieurs guerres : Guerre de Palestine en 1948, Guerre de Suez en 1956, Guerre des Six jours en 1967, Guerre d’usure entre 1968 et 1970, Guerre de Kippour en 1973, sans parler des trois invasions du Liban en 1978, 1982 et 2006. L’opinion publique arabe voit mal un pays comme la Libye prétendre à un leadership arabe unitaire sans avoir participé à aucune de ces guerres !

À propos de Soheil Kash

Soheil Kash est professeur associé à la Faculté de philosophie de l'Université Laval. Il a aussi occupé le poste de professeur à la Faculté de droit et de sciences politiques et administratives de l'Université Libanaise à Beyrouth. Il a publié en arabe : Pouvoir et savoir dans le monde arabe (collectif, 1984) ; Au commencement était la Mumanaa (1980) ; et en français : De l'inégalité dans le dialogue des cultures ; mondialisation, santé et environnement (collectif avec M.-H. Parizeau, 2005) ; Pluralisme, modernité et monde arabe (collectif avec M.-H. Parizeau, 2001); Convaincre : discours de répression (1979); ainsi que Crise de l'orientalisme (1975).