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« Le monde arabe à la veille de son printemps de 2010 » par Soheil Kash

Jeudi 10 décembre, 19 h à 21 h, (Pavillon Félix-Antoine-Savard, salle 413)

Résumé

Le printemps arabe auquel on assiste actuellement depuis cinq ans n’est pas un accident de parcours, ni un complot tramé par l’impérialisme et le sionisme ou l’intégrisme musulman comme prétendent les régimes visés, et encore moins une révolution de Facebook comme le prétendent les passionnés de la technologie informatique. Le printemps arabe actuel a été précédé d’un long hiver qui hébergeait des roitelets et des princes désignés, des présidents élus à 99% selon une tradition de démocratie héréditaire devenue arabe, et qui participaient tous à protéger les frontières de l’Empire américain contre le danger du terrorisme islamique. Il a été précédé par un demi-siècle d’humiliation, d’oppression et d’exil forcé qui a touché des millions d’hommes qui ne pouvaient ou ne voulaient plus traîner leur calvaire. 

Ce printemps arabe mérite quelques remarques préliminaires avant de tracer ses origines lointaines dans l’histoire d’un monde arabe regroupant autour de 350 millions habitants qui sont répartis officiellement sur 22 entités juridiques (États) membres de la Ligue arabe. 

Lorsqu’on parle du mouvement qui s’est déclenché en Tunisie au début de 2010, et qui a atteint l’Égypte, la Libye, le Yémen et la Syrie (j’exclus pour le moment le Bahreïn qui s’insère dans le cadre géopolitique et confessionnel Iran/Pays du Golfe), il s’agit de millions de personnes qui, manifestement, ne veulent plus vivre comme avant sous des régimes « modernes » qui perdurent depuis un demi-siècle avec la complicité et la protection de l’Occident. 

Ce sont des millions de personnes qui ont surpris et leurs régimes semi-totalitaires et les partis « d’opposition » officielle – Frères musulmans, communistes et nationalistes arabes – car ils ont osé ce que ces partis craignaient : mourir pour des idées telles que la liberté et la dignité humaine. Même si ces partis « d’opposition » classique s’emploient actuellement à se donner un rôle politique dans le mouvement sans aller jusqu’à risquer leur vie. 

À propos de Soheil Kash

Soheil Kash est professeur associé à la Faculté de philosophie de l'Université Laval. Il a aussi occupé le poste de professeur à la Faculté de droit et de sciences politiques et administratives de l'Université Libanaise à Beyrouth. Il a publié en arabe : Pouvoir et savoir dans le monde arabe (collectif, 1984) ; Au commencement était la Mumanaa (1980) ; et en français : De l'inégalité dans le dialogue des cultures ; mondialisation, santé et environnement (collectif avec M.-H. Parizeau, 2005) ; Pluralisme, modernité et monde arabe (collectif avec M.-H. Parizeau, 2001); Convaincre : discours de répression (1979); ainsi que Crise de l'orientalisme (1975).