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« Introduction - La guerre comme principe du politique » par Soheil KASH

Jeudi 11 février, 19 h à 21 h, (Pavillon Félix-Antoine-Savard, salle 413)

Résumé

Si pour Hobbes l’idée de la « guerre de tous contre tous » est un danger à éviter, car elle fait basculer la société à l’état de nature, comme l’a si bien démontré Michel Foucault dans son séminaire du Collège de France de 1975-1976 « Il faut défendre la société », pour Carl Schmitt le principe de la politique consiste plutôt à affronter la mort contre un ennemi qui est toujours déjà là. En d’autres termes, la notion de la politique qui consiste à déterminer l’ennemi et l’ami – maxime reprise plus tard par Mao Tsé Toung – est un acte de guerre en dehors duquel toute souveraineté est un mot vide.  

Définir l’essence de la politique comme acte de guerre, c’est en fait une façon de renverser toute la lignée de pensée se réclamant de Clausewitz qui considérait que « la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens ». Avec la suprématie de la politique guerrière, on peut effectivement renverser la conception de Clausewitz en disant que la politique n’est qu’une activité guerrière au départ, exactement comme Hobbes le craignait dans son « Béhémoth ou le Long Parlement », et essayait de l’éviter au profit de la monarchie dans le « Léviathan » ; Hegel l’avait également pressenti dans un chapitre de sa « Phénoménologie de l’esprit » sur la conscience de soi et la dialectique du maître et de l’esclave où la confrontation entre ces deux protagonistes lui semblait inévitable comme jeu avec la mort. À la question : pourquoi les hommes donnent-ils leur consentement à la puissance? Carl Schmitt semble répondre : 

« Dans certains cas par confiance, dans d’autres par crainte, parfois par espoir, parfois par désespoir. Toujours cependant ils ont besoin de protection et ils cherchent cette protection auprès de la puissance ». 

Vue du côté de l’homme, la liaison entre protection et puissance est la seule explication de la puissance. Celui qui ne possède pas la puissance de protéger quelqu’un n’a pas non plus le droit d’exiger l’obéissance. Et inversement, celui qui cherche et accepte la protection de la puissance n’a pas le droit de refuser l’obéissance ». Si la guerre est le principe du politique, quelques pistes de réflexion s’imposent et tournent autour des axes suivants : 

Le renversement de la maxime de Clausewitz peut-il nous aider à retracer l’Évolution du nouvel ordre mondial, et dans quelles mesures les technologies de la guerre constituent-elles la base qui détermine le rapport de forces entre les nations et qui génère les écarts et l’inégalité entre elles? Le débat autour de la guerre des civilisations résume-t-il notre conception de l’ordre mondial actuel? Dans quelles mesures ce principe (la politique est un acte de guerre) peut-il nous aider à analyser, non seulement l’ordre international tel qu’il fonctionne à la métropole, mais aussi à ses périphéries régionales non modernes? Autrement dit, et en prenant le cas du monde arabe, sur quelle base s’est constituée la modernité des régimes arabes semi-totalitaires qui appréhendent l’automne de leur règne au moment où leurs peuples ont pu rêver d’un printemps sans peur? Quand est-ce que les peuples cessent-ils de donner leur consentement à la puissance du plus fort et décident-ils de se révolter? Pourquoi les peuples arabes se révoltent-ils maintenant et contre qui? Au commencement était la colère des révoltés ou les médias qui la racontent? 

À propos de Soheil Kash

Soheil Kash est professeur associé à la Faculté de philosophie de l’Université Laval depuis 1998. Il a obtenu son doctorat auprès du philosophe François Châtelet à l’Université Paris VIII en 1980. Il a été professeur de philosophie politique et de sciences politiques à l’Université libanaise de 1976 à 2002. Il a publié plusieurs ouvrages en français et en arabe dont Au commencement était la Mumanaa: introduction à la philosophie politique (1980); Convaincre: discours de répression (1993); et en codirection avec Marie-Hélène Parizeau: Pluralisme, modernité et monde arabe (2001); De l’inégalité dans le dialogue des cultures: mondialisation, santé et environnement (2005); Néoracisme et dérives génétiques (2006); À chacun son développement durable (à paraître en 2016). Il prépare actuellement un ouvrage sur le printemps arabe.

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