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Atelier de philosophie moderne et contemporaine

19 novembre 2014

Mercredi 19 novembre, 15 h 30 (Pavillon Félix-Antoine-Savard, salle 413)

« Le mythe de l’akrasie esthétique : qu’est-ce qu’un ‘mauvais jugement esthétique’? »

Par MÉLISSA THÉRIAULT (Université du Québec à Trois-Rivières)

Résumé

En matière d’appréciation esthétique, nous avons tous des « plaisirs coupables », ces moments où l’on sent que l’on ne devrait pas apprécier une œuvre jugée indigne de notre estime, mais où, à notre corps défendant, nous ne pouvons faire autrement que ressentir un indéniable ravissement. Parfois désignée par l’expression akrasie esthétique (concept emprunté au vocabulaire de la morale), cette inclinaison courante consiste à aller contre son meilleur jugement, c'est-à-dire à faire preuve d’irrationalité en ne faisant pas la chose qui, en théorie, serait la plus appropriée (en l’occurrence ici : ne pas aimer le « bon » art ou aimer le « mauvais art »).
 
Selon cette perspective, il y aurait de bons et de mauvais jugements esthétiques. Or cette posture implique la croyance en l’existence d’une norme objective de qualité esthétique (ce qui, d’emblée, ne va pas de soi) qui permettrait de déterminer si un artefact y correspond ou non. Par ailleurs, sur quoi repose le « commandement moral » selon lequel on devrait réprouver ce qui nous plait au nom d’une convention? N’y a-t-il pas quelque chose de profondément problématique dans l’idée que nous serions « tenus » d’apprécier les œuvres en fonction d’une norme hétérogène et non en fonction de ce que nous ressentons réellement face à elles ?
 
Cette présentation sera l’occasion de discuter ces questions aussi fascinantes que polémiques. Nous débuterons par un rappel de quelques définitions courantes léguées par la modernité philosophique, afin de montrer dans quelle mesure le concept de jugement esthétique au sens classique s’arrime mal avec la façon dont nous abordons aujourd’hui les œuvres d’art. Nous verrons ainsi dans quelle mesure c’est faire fausse route (ou au mieux, c’est faire un abus de langage) que d’employer cette expression même pour parler de jugement esthétique aujourd’hui, car cela nous empêche de saisir l’apport de certaines formes d’art pour la réflexion philosophique.

À propos de Mélissa Thériault

Spécialiste en philosophie de l’art et en esthétique contemporaine, Mélissa Thériault est professeure au Département de philosophie & arts de l'UQTR depuis 2013. Elle est l’auteure de l’ouvrage Arthur Danto et l’art en boîte (publié chez L’Harmattan en 2010) et prépare un essai sur la notion d’art de masse. Ses travaux actuels portent sur divers aspects de la culture populaire, dont les représentations éthiques et politiques dans le cinéma québécois. Collaboratrice ponctuelle pour le magazine Spirale, elle est également directrice du Laboratoire de recherche en esthétique de l'UQTR.

Tous les étudiants et tous les professeurs sont très cordialement invités à assister à cet atelier.

Pour information, contacter le secrétariat de la Faculté de philosophie : 418 656-2244.

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