Logo Université Laval Logo Université Laval
EN

Conférence « Strauss, Rawls et Rorty : la vérité, l’histoire et la démocratie libérale »

Professeur de philosophie au Cégep de Sainte-Foy, Paul-Émile Boulet a récemment complété une thèse de doctorat en philosophie politique sous la direction de Daniel Weinstock (Université de Montréal) et d’Alain Renaut (Paris IV-Sorbonne). Sa présentation, qui résume le fruit de ses recherches et réflexions, a pour titre : « Strauss, Rawls et Rorty : la vérité, l’histoire et la démocratie libérale. »

Résumé

Aux États-Unis, la philosophie politique contemporaine évite trop souvent les débats de fond. Les diverses écoles se campent sur leur position, s’adonnent à des débats internes ou, lorsqu’elles se tournent vers les écoles concurrentes, se livrent, en exagérant un peu, à des guerres de tranchées où il ne faut pas céder de terrain à l’adversaire. Cela est regrettable, car quiconque veut trouver matière à des interrogations philosophiques fondamentales dans la philosophie politique américaine du XXe siècle est bien servi. Par exemple, la question de la vérité et de l’histoire, c’est-à-dire la question de savoir si des vérités éternelles existent ou si nos idées sont des purs produits de notre époque sans possibilité de sortie hors de la caverne, reçoit trois réponses fortes de la part de Leo Strauss, John Rawls et Richard Rorty, réponses d’autant plus fortes qu’elles sont incompatibles. De plus, elles représentent d’une certaine façon les grandes réponses possibles face à ces interrogations, puisque Strauss porte la cause de la vérité contre la thèse de l’historicisme (cette dernière voulant qu’aucune vérité, aucune nature, aucun absolu, aucune objectivité ne résistent à la marche imprévisible, irrationnelle et inéluctable de l’histoire), Rorty défend l’historicisme contre la vérité, et Rawls propose d’éviter ou de contourner ces questions trop épineuses et litigieuses.

Ces prises de position radicales vont de pair avec un discours sur la démocratie libérale. En effet, le projet actuel d’un régime qui s’abstient d’imposer une vision unique du bien ou de la nature humaine est vu d’un œil très différent selon la posture que l’on adopte face à la vérité et à l’histoire. Pour Strauss, il s’agit d’un régime plein de dangers qui recèle aussi des promesses ; pour Rawls, il s’agit du seul régime légitime ; et pour Rorty, il s’agit d’une exploration des possibles de la liberté humaine. Nous terminerons en examinant ce que l’on peut dégager de cette étude comparative pour la philosophie politique en général. Nous nous demanderons s’il est possible de tirer profit de l’étude de ces trois philosophes contrastés pour se mettre sur la piste de – n’ayons pas peur des mots – la bonne manière de réfléchir en philosophie politique.

Nous vous rappelons que le principe des conférences Hors-d’œuvre consiste à donner la parole à une série de spécialistes (des scientifiques, des philosophes, des journalistes, des théologiens, des artistes, etc.) qui viennent nous entretenir d’un sujet relié à l’une ou l’autre des œuvres étudiées dans le cadre du certificat sur les œuvres marquantes de la culture occidentale. La présentation du conférencier, d’une durée d’environ quarante-cinq minutes, est toujours suivie d’une discussion ouverte à tous.

« Toutes les nouvelles