Explorer la radicalisation: enjeux, tensions et perspectives philosophiques

15 mai 2026

Fin avril, une journée d’étude consacrée à la radicalisation a réuni chercheuses, chercheurs et membres de la communauté étudiante autour du thème Vers une philosophie de la radicalisation: enjeux éthiques et épistémologiques. Inscrite dans le cadre du projet CRSH Développement Savoir, l’initiative était dirigée par Catherine Rioux, professeure à la Faculté, avec la collaboration de Laura Silva, Anne-Marie Gagné-Julien et Kevin Naimi.

Au fil de la journée, les échanges se sont articulés autour de présentations doctorales et de conférences, offrant un espace de réflexion croisée sur les dimensions éthiques et épistémologiques de la radicalisation.

Des travaux doctoraux au cœur des discussions

Plusieurs doctorantes et doctorants en philosophie, supervisés par Catherine Rioux, ont présenté leurs recherches portant sur différentes dimensions du phénomène de la radicalisation. 
Ces interventions ont permis d’aborder des enjeux variés et complémentaires, notamment ses implications dans les transformations des valeurs et du bien-être (Laurence Lévesque), ses liens avec la modification de nos dispositions émotionnelles (Vincent Rochelle), la question de la responsabilité et du blâme à l’égard des personnes radicalisées en proie au ressentiment (Romane Marcotte), ainsi que les manières de penser le statut de victime dans ce contexte (Erika Olivaux).

Les tensions de l’engagement et de l’épanouissement

En après-midi, Catherine Rioux a présenté une conférence intitulée Engagements profonds et vie épanouie: une tension insurmontable?. Elle y a examiné le problème de la conciliation de nos engagements les plus profonds avec les autres biens qui contribuent à une vie bien équilibrée. 

Un exercice qui s’avère difficile, car la poursuite de ces objectifs exigeants peut avoir pour conséquence de nous isoler de certaines autres dimensions nécessaires à notre épanouissement en tant qu’individus cherchant une vie équilibrée. Au-delà du traitement classique de la persévérance et de la patience comme des vertus instrumentales, ces difficultés pourraient être surmontées en élargissant le concept de procrastination à certains excès d’engagement.

Le rôle du doute dans la prévention de la radicalisation

La journée s’est conclue par la conférence de l’invitée spéciale Miriam Schleifer McCormick, professeure à l’Université de Richmond, intitulée The Value of Doubt. Sa présentation portait sur la place du doute dans l’acquisition de croyances et dans la préservation d’engagements solides.

Si douter de toutes choses peut être dommageable et nous conduire à contracter des habitudes de pensée conspirationnistes, une pratique du questionnement pourrait aider à éviter une forme de radicalisation épistémique ou d’extrémisme idéologique. Selon la professeure Schleifer McCormick, il faut cultiver une certaine forme vertueuse de doute dont le juste degré éviterait ces deux écueils que sont l’inertie de l’indécision et le dogmatisme. Sans être pour autant sceptique, l’agent épistémique vertueux devrait pouvoir exercer des jugements et s’engager tout en questionnant ses croyances.

Un espace d’échanges sur un enjeu actuel

Cette journée d’étude a donné lieu à des échanges enrichissants sur les enjeux contemporains de la radicalisation et à des discussions approfondies sur les différentes facettes de ce phénomène et sur les problématiques qui l’accompagnent.

«Il faut distinguer la radicalisation de la radicalité. Surtout aujourd’hui, être radical n’est pas forcément un vice, mais parfois l’attitude appropriée», souligne la professeure Catherine Rioux.

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