Juliette Roussin obtient une subvention du CRSH pour étudier la désinformation en démocratie

30 juin 2026

Face à la montée de la désinformation, comment concilier liberté d’expression et droit à une information fiable? La professeure Juliette Roussin s’engage dans cette réflexion centrale pour les démocraties contemporaines grâce à une subvention Développement Savoir du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH)
Son projet Désinformation, liberté d’expression et droit à l'information, financé à hauteur de 55 921 $ sur deux ans (2026-2027), propose de repenser les cadres juridiques et démocratiques de la communication à l’ère numérique.

Diffuser de fausses informations, est-ce exercer sa liberté d’expression?
La diffusion massive de fausses informations constitue aujourd’hui un défi majeur pour les démocraties. Elle nuit à la qualité du débat public, fragilise la confiance du public et peut influencer les choix collectifs, comme les résultats d’élections. Face à ce problème, une partie du public en appelle à la responsabilité des plateformes ou à un meilleur encadrement législatif de la désinformation en ligne. Or, toute tentative de régulation se heurte à une difficulté centrale: comment lutter contre la désinformation sans porter atteinte à la liberté d’expression, pilier des régimes démocratiques?

Le projet de Juliette Roussin se tient à la croisée de la philosophie politique et de la philosophie du droit. La liberté d’expression n’est pas comprise de la même manière selon les contextes juridiques: quand la jurisprudence états-unienne accorde une protection quasi absolue aux discours publics, d’autres systèmes juridiques, comme ceux du Canada ou de l’Union européenne, justifient davantage de restrictions à la liberté d’expression, par exemple face aux discours de haine ou au négationnisme. Cette diversité contextuelle constitue une ressource pour repenser, sur un plan normatif, les limites légitimes de la liberté d’expression face à la prolifération de fausses informations.
 
Le projet s’organise autour de trois axes de recherche:
  • Le premier axe porte sur la responsabilité des personnes et des plateformes qui diffusent de fausses informations, en s’interrogeant sur la possibilité de distinguer les cas de tromperie délibérée de ceux où la diffusion est faite de bonne foi.
  • Le deuxième axe s’intéresse à l'asymétrie frappante entre la stricte régulation de la publicité commerciale et la large protection dont bénéficie l'expression politique ou publique. Ce projet cherche à comprendre et à évaluer les raisons normatives de cette différence de traitement.
  • Le troisième axe examine la place du droit à l’information en démocratie: les membres d’un État démocratique peuvent-ils revendiquer un droit à une information fiable, et ce droit peut-il être intégré à une conception démocratique de la liberté d’expression?
L’ambition de ce projet est de fournir un cadre théorique pour penser la régulation de la désinformation sans sacrifier les idéaux démocratiques. En montrant que la liberté d’expression peut inclure des devoirs positifs, comme la protection d’un environnement informationnel de qualité, il ouvre des pistes nouvelles pour les débats publics, juridiques et politiques sur l’avenir de la démocratie à l’ère numérique.
 

Un projet collaboratif international et interdisciplinaire
Le projet repose sur une collaboration internationale avec Charles Girard (Université Lyon 3) et Éliot Litalien (Université de Montréal). Il s’inscrit également dans un réseau bidisciplinaire réunissant philosophes et juristes (Droitphil), en vue de penser l’information et la liberté d’expression dans une perspective interdisciplinaire.

Une réflexion nécessaire pour les démocraties contemporaines
«Je suis heureuse et honorée que le CRSH ait choisi de m’octroyer la subvention Développement Savoir. Alors que la désinformation fait désormais partie du quotidien des démocraties, réfléchir au droit à l’information et à l'étendue de la liberté d’expression avec une équipe de recherche incluant la relève étudiante pourra, je l’espère, contribuer à l’avancée des connaissances et à mieux comprendre la crise épistémique et politique actuelle», souligne la professeure Roussin.