Questions à Samuel Nepton, porteur de masse à la collation des grades
23 juin 2026
Le 23 juin, Samuel Nepton portait la masse à la collation des grades de l’Université Laval, représentant les cohortes des Facultés de musique, des sciences de l’éducation, de philosophie et de théologie et sciences religieuses. Ce rôle symbolique souligne un parcours universitaire inspirant.
Derrière cet honneur se dessine un cheminement marqué par une rencontre déterminante avec la discipline. Découverte au cégep, la philosophie s’impose rapidement comme bien plus qu’un champ d’études : un espace où les questions trouvent leur légitimité, où la pensée se construit dans le dialogue et où le sens prend forme.
Finissant au doctorat et chargé d’enseignement, il poursuit aujourd’hui ce travail de réflexion et de transmission, l’occasion de revenir sur la place qu'occupe la philosophie dans son parcours.
- Qu’est-ce qui vous a amené vers la philosophie?
Je dirais plutôt que je suis «tombé» dans la philosophie. Lorsque je l’ai découverte au cégep, je suis tout de suite tombé en amour, et ce, pour trois raisons. La première est la passion qu’elle a suscitée, puisqu’elle représentait une discipline où les questions «anormales» que je me posais depuis toujours se voyaient légitimées: y a-t-il une «nature» de l’être humain? Qu’est-ce que le bien? La vérité?
La seconde, en côtoyant des autrices et des auteurs qui partageaient mon questionnement, je me suis senti progressivement partie prenante d’un dialogue plus grand que moi, d’une grande recherche avec des figures marquantes de l’humanité. Pour reprendre les termes de Fernand Dumont, je dirais que la philosophie m’a élevé à la «culture seconde», une grande force éducatrice.
Enfin, je suis resté en philosophie parce que j’y trouvais une source de sens, tout particulièrement de liberté: elle offre le juste mélange, selon moi, entre comprendre pourquoi les choses sont comme elles sont et comment elles pourraient être autrement.
- Quels thèmes, questions ou auteurs ont marqué votre parcours?
Lors de mon baccalauréat, trois thèmes m’ont tout particulièrement marqué : l’épistémologie, la philosophie de la biologie et la philosophie de l’éducation. Mais la découverte la plus importante dans mon parcours a été celle de la philosophie pour enfants et, à travers elle, celle de John Dewey, l’auteur au cœur de ma maîtrise et de mon doctorat.
D’ailleurs, si Dewey me parle toujours autant, c’est parce qu’il était précisément parvenu à formuler une philosophie qui intégrait ces trois thèmes marquants en un tout unifié, complexe et enrichissant.
- Comment la philosophie a-t-elle influencé votre manière de penser et d’agir?
La philosophie a influencé ma manière de penser et d’agir de mille manières. D’abord, elle m’a donné les outils pour poser de bonnes questions, c’est-à-dire des questions qu’on ne pose pas ou qu’on ne pose plus, mais qui n’en sont pas moins importantes.
C’est avec ces questions que j’ai appris comment engager des dialogues avec les autres et réfléchir avec eux pour partager ma passion de la philosophie. Elle m’a aussi enseigné l’ouverture d’esprit et la foi dans les échanges avec les gens de tous les horizons.
Autant, au début, elle me donnait la grosse tête, autant, par la suite, elle a su dégonfler mon égo.
- Y a-t-il un projet, un travail ou une réalisation dont vous êtes particulièrement fier?
Je suis tout particulièrement fier de ma thèse de doctorat puisque c’était un projet ambitieux, mélangeant plusieurs disciplines et défendant une hypothèse originale visant à résoudre un problème actuel dans notre société.
C’est une somme de travail colossale, réalisée avec un sérieux constant tout au long. Lors de mon ultime lecture avant d’en faire le dépôt final, sachant en plus qu’elle avait su convaincre mon jury de son excellence, j’en ai retiré un énorme sentiment de fierté du début à la fin.
- Qu’est-ce que vous retenez le plus de votre passage à la Faculté de philosophie?
Ce que je retiens le plus de la Faculté est ma rencontre avec la philosophie pour enfants, ou la pratique du dialogue philosophique, qui m’a montré non seulement une autre manière d’enseigner la philosophie, mais tout particulièrement comment la philosophie pouvait rejoindre tout le monde.
C’est un honneur pour moi d’être le responsable de la formation dans ce domaine que donne la Faculté et nulle autre au Québec. Ça a été un bouleversement du regard et de la pensée qui change une vie.
- Comment voyez-vous la place de la philosophie dans votre avenir?
Puisque mon rêve est d’être un professeur universitaire en philosophie de l’éducation, la philosophie aura une place omniprésente dans mon avenir.
Même si j’étais engagé dans une faculté d’éducation, j’aimerais y montrer l’importance de la philosophie dans l’éducation et dans la pratique enseignante. Inversement, en faculté de philosophie, j’aimerais contribuer à éveiller les philosophes à l’importance de la didactisation de la philosophie.
Quelle que soit la place que me réserve l’avenir, elle consistera à transmettre la réflexion philosophique et sa culture.
- Que représente pour vous le fait d’avoir été choisi comme porteur de masse dans ce contexte?
Être choisi comme porteur de masse après toutes ces années représente pour moi un immense bonheur, parce que j’aime profondément la Faculté de philosophie, autant son corps professoral qu’administratif, et je vois donc cet honneur qu’on me fait comme une forme de réciprocité dans cette belle relation.
Mes études et mon travail m’ont amené à devenir qui je suis, à penser, agir, chercher et enseigner comme je le fais, à être quelqu’un dont je suis fier. Être choisi comme porteur de masse m’indique que la Faculté est elle aussi fière de moi et que j’ai donc raison de l’aimer comme je le fais.
Cela me donne aussi espoir pour les futures cohortes qui vivront, je l’espère, des expériences semblables aux miennes.
Pour en savoir plus sur le parcours de Samuel Nepton et son rôle de porteur de masse, consultez son portrait publié dans ULaval nouvelles.
Crédit photo: Yan Doublet, Université Laval