Réflexions interdisciplinaires sur la médicalisation, les femmes et le féminisme

27 mars 2026

La Faculté de philosophie a récemment accueilli une journée d’étude interdisciplinaire consacrée à la médicalisation du corps et de la santé des femmes. Réunissant des chercheuses issues de différents domaines académiques au sein de l’Université Laval, l’événement a permis de croiser des perspectives variées en histoire, philosophie, anthropologie, éthique, santé mentale et études féministes.

Les intervenantes invitées étaient :

L’activité était organisée par la professeure Anne‑Marie Gagné‑Julien, avec le soutien de l’Institut d’éthique appliquée (IDÉA).


Histoire, normes sociales et réappropriation de la santé
La présentation de Marie‑Laurence Raby a retracé l’histoire des mouvements féministes d’autosanté au Québec, qui ont permis aux femmes d’accéder directement à l’information, de contourner des barrières médicales souvent restrictives et de créer des espaces d’entraide centrés sur l’autonomie. Cette démarche de réappropriation du savoir s’inscrivait dans une critique plus large des rapports de pouvoir qui structurent la médicalisation.

Dans une perspective complémentaire, l’intervention d’Anne‑Marie Gagné‑Julien s’est intéressée à la pathologisation du vécu féminin en santé mentale. En examinant l’influence des normes sociales sur certains diagnostics, elle a illustré comment des émotions ou comportements considérés «problématiques» chez les femmes peuvent être rapidement interprétés comme des symptômes. En mobilisant les théories des préférences adaptatives, elle a mis en lumière les tensions entre attentes sociales, dispositifs médicaux et agentivité féminine, un éclairage qui contribue à rendre plus compréhensibles les dynamiques à l’œuvre dans la psychiatrisation de certaines expériences féminines.


Fertilité, trajectoires de vie et expériences contemporaines
Le regard anthropologique de Florence Pasche Guignard a permis d’explorer la médicalisation de la fertilité à l’intersection des technologies biomédicales, des pratiques spirituelles et des représentations symboliques du corps. Sa présentation a montré comment ces différents registres s’articulent et influencent la manière dont les femmes vivent et interprètent leur fertilité.

Dans une approche centrée sur les récits de terrain, Eva Ošlejšková a présenté une enquête auprès de jeunes patientes en oncologie ayant recours à la préservation de la fertilité. Elle a mis en lumière la décision souvent urgente et émotionnellement chargée de conserver du tissu ovarien avant un traitement lourd, ainsi que le rôle symbolique que prend ce matériau biologique pour les patientes, entre projection d’un avenir possible et ancrage identitaire.

Enfin, l’intervention de Marie‑Christine Brault s’est intéressée aux liens entre la médicalisation de l’enfance, de la maternité et de la vie des femmes. En mettant en regard ces différentes étapes, elle a montré comment les enjeux liés à la médicalisation peuvent se déployer et se transformer au fil du parcours de vie. Sa présentation a ainsi permis d’aborder ces questions sous un angle transversal, en révélant les continuités et les échos qui existent entre ces moments clés.


Un espace pour penser ensemble
Les échanges qui ont clôturé la journée ont souligné l’importance du dialogue interdisciplinaire pour comprendre la complexité des expériences féminines face à la médicalisation. En réunissant des chercheuses provenant de multiples horizons, la journée a permis d’élargir les perspectives, de questionner les normes et d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion et de collaboration, contribuant ainsi à une compréhension plus fine des enjeux contemporains entourant la santé des femmes.

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