Colloque étudiant: Éthique des fonctions de l’eau - Des principes aux cas pratiques d’ici et d’ailleurs
Heure: 8h30
Lieu: Pavillon Félix-Antoine-Savard, Salle 140-Z, (rez-de-chaussée)
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Le colloque étudiant du séminaire PHI-7200, organisé sous la direction de la professeure Marie-Hélène Parizeau, se tiendra cette année sous le thème «Éthique des fonctions de l’eau. Des principes aux cas pratiques d’ici et d’ailleurs».
L’événement se déroulera en deux journées, les 3 et 10 décembre 2025. Chaque séance réunira des étudiantes et étudiants qui présenteront des analyses éthiques portant sur des enjeux hydriques variés.
Nous vous invitons à consulter la programmation complète des deux journées, ainsi que les résumés des communications, présentés ci-dessous.
Programme et résumés
| Mercredi 3 décembre |
8h30 Café et croissants |
8h45 Introduction, Pr. Marie-Hélène Parizeau, faculté de philosophie, Université Laval. |
9h: Pierre-Olivier Fortin et Frédérique Aubry-Lachance, «Conflit d’usages territoriaux en Montérégie : La destruction de milieux humides par Northvolt» Résumé: La destruction des milieux humides engendrée par le projet Northvolt Six au nom d’une transition énergétique plus verte met en lumière des tensions dans le discours du gouvernement justifiant le projet. À partir du cadre éthique des fonctions de l’eau, nous montrons que le développement économique a été favorisé aux dépens de la protection de l’environnement. Ces tensions ont engendré des enjeux politiques majeurs tels que le contournement du BAPE afin d’assurer la mise en marche du projet. |
9h30: Stéphanie Gagnon «Exploitation minière au Québec: tensions entre les droits miniers et la protection des milieux hydriques» Résumé: Cette communication explore le dilemme éthique entourant l’exploitation minière au Québec, où les droits miniers privés et le développement économique entre en tension avec la protection de l’eau comme bien commun. L’analyse mobilise également le cadre légal québécois et la notion de valeur intrinsèque. À partir de données sur les impacts environnementaux et de cas pratiques en Abitibi-Témiscamingue, elle soulève les enjeux touchant les milieux hydriques. |
10h: Anna Lotte, «Privatisation de l’eau et extraction minière au Chili: le cas de Chuquicamata» Résumé: La mine de Chuquicamata, dans le désert d’Atacama au Chili, illustre les tensions entre les industries minières et les populations locales depuis la privatisation des ressources hydriques en 1981. La mine impacte la santé des populations locales, est néfaste pour les écosystèmes et met en péril le rapport culturel à l’eau des populations autochtones. Ce cas exemplifie un conflit entre une vision marchande de l’eau et une conception vitale et culturelle de l’eau. |
10h30-10h55 Pause |
11h: Marie-Pier Gingras, «Le Mékong, de la source de vie à la batterie de l'Asie du Sud-Est: quand l'eau perd sa mémoire» Résumé: La présentation propose une réflexion éthique et environnementale sur les barrages du Mékong, notamment ceux de Xayaburi et de Luang Prabang. Nous analyserons leurs effets sur les communautés riveraines et sur les fonctions vitales du fleuve, telles que la régulation des sols, les cycles migratoires des espèces et la continuité des flux. L'eau sera envisagée comme un milieu vivant, porteur de relations et d'équilibres, dont la fragmentation dépasse la seule question énergétique. |
11h30: Bi Tizie Frederic Djo, «L'impact du grand barrage de la Renaissance sur la production agricole dans le delta du Nil» Résumé: L’Égypte est un État qui dépend depuis des millénaires du Nil pour son agriculture. Or, la construction du Grand barrage de la Renaissance en Éthiopie inauguré en 2025, va créer un problème hydrique et affecter la production agricole de l’Égypte. Comment la construction de ce nouveau barrage menace-t-elle la production agricole et comment met-elle en lumière la tension entre la souveraineté politique des États? Notre analyse portera d’une part, sur la fonction écologique (ressource vitale pour les écosystèmes agricoles, fertilité des sols, résilience écologique des cultures, effets sur la biodiversité) et, d’autre part, sur les enjeux géopolitiques et de gouvernance de l’eau ainsi que sur les modèles de développement. |
12h: Fanny Cortez-Fernandez, «L'eau partagée aux frontières, entre tensions et responsabilités autour de la mer d'Aral et du barrage de Kokaral» Résumé: Cette présentation porte sur les tensions transfrontalières entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan sur la gestion de la mer d’Aral et de son barrage, Kokaral, qui est devenue un symbole emblématique dans le déséquilibre entre l’exploitation agricole et celle de la protection écologique. On souhaite interroger comment cette gestion transfrontalière de l’eau entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan met en lumière des dilemmes éthiques et écologiques, confrontant ainsi la logique d'exploitation du coton à la préservation d’un environnement en déclin. |
12h30 à 13h30 Lunch |
13h30: Alexandre Tremblay, «La gestion des cyanobactéries dans les lacs de l’Estrie, Québec : analyse éthique des événements de l’été 2025» Résumé: Dans cette présentation, je propose de considérer que la gestion de la prolifération des cyanobactéries dans les lacs de l’Estrie représente un cas éthique intéressant pour aborder comment habiter les lacs. Pour ce faire, je vais exposer une distinction entre méthodes d’assainissement des environnements lacustres et de nouvelles technologies faisant appel à des procédés de bioaugmentation par lequel il y a une volonté d’établir des modes de relations entre espèces vivantes et où le lac est compris comme un milieu ouvert à la cohabitation de différentes formes de vie. » |
14h: Firmin Laporte, «Entre pollution et responsabilité : réflexion éthique sur l’infestation des algues vertes dans la Baie de Saint-Brieuc» Résumé: Située sur la côte nord de la Bretagne, dans les Côtes-d’Armor, la baie de Saint-Brieuc est l’une des baies les plus vastes et les plus connues de France de part ses paysages. Alimentée par trois rivières issues d’un bassin versant à dominante agricole, elle abrite une biodiversité importante, mais particulièrement vulnérable. C’est précisément cette interface entre terre et mer qui fait aujourd’hui de la baie un symbole des tensions environnementales. Nous chercherons donc à comprendre ce que la prolifération des algues vertes révèle des limites éthiques et écologiques du modèle de développement breton, à travers trois axes : le contexte historico-géographique, les mécanismes du phénomène d’infestation, et enfin une réflexion éthique sur les responsabilités et les pistes de résolution aujourd'hui proposées. |
14h30: Darko Kraljic, «Péripéties hydrologiques et biologiques des Everglades» Résumé: En Floride, aux États-Unis, les Everglades illustrent une opposition entre deux visions de l’eau : la vision utilitariste et anthropocentrique et la vision hydrologique et biologique. La première veut drainer et exploiter pour répondre aux besoins humains. La seconde, attentive aux fonctions et au cycle de l’eau, souhaite préserver ou restaurer. C’est un aperçu de l’évolution des enjeux hydrologiques, éthiques et humains sur les Everglades, qui sert à éclairer les difficultés pratiques de cet espace. |
Mercredi 10 décembre Suite du colloque |
8h30 Café et croissants |
8h45 Introduction, Pr. Marie-Hélène Parizeau, faculté de philosophie, Université Laval |
9h: Samuel Roussel, «La guerre de l'eau en Cochabamba, une solution devenue problématique» Résumé: Ma présentation porte sur la guerre de l'eau à Cochabamba, plus spécifiquement sur problème de la tendance à universaliser les solutions. Il s'agira de dresser un portrait de la situation économique, politique, culturel et social de la Bolivie et comment ce portrait est incompatible avec des solutions néolibérales par le moyen de la privatisation. Cela servira à démontrer pourquoi il faut viser à penser à des solutions selon le contexte du pays et non à des solutions universelles. |
9h30: Dismas Niyonizigiye, «L'eau et l'inégalité sociale. Enjeux éthiques de l'accès à l'eau potable au Burundi» Résumé: Malgré son adoption comme droit humain en 2010, l’accès à l’eau potable demeure un défi majeur au Burundi. L’éducation traditionnelle pratiquée dans les milieux ruraux où la collecte de l’eau incombe principalement aux filles ; le manque d’infrastructures adéquates permettant de réduire la distance entre les sources d’eau et les habitations, ainsi qu’une faible volonté politique liée à la mauvaise gouvernance des ressources maintiennent près de 70% de la population (recensement 2024) dans les conditions qui compromettent leur dignité, leur santé et leur bien-être. À cela s’ajoute une profonde injustice économique qui limite l’accès des ménages pauvres à l’eau traitée et vendue par les particuliers. |
10h: Willow Gagné, «L'enjeux de l'indisponibilité de l'eau potable chez les Ojibway de Mishkeegogamang au Canada» Résumé: Dans ce cas pratique, il sera d’abord traité du contexte législatif et de l’histoire de l’indisponibilité de l’eau potable pour les Premières Nations au Canada. Puis le cas de la communauté Ojibwa de Mishkeegogamang en Ontario sera examiné, en particulier, les répercussions sur le niveau de confiance de ceux-ci envers leur eau. Dans une analyse des fonctions de l’eau impliquées, nous traiterons de la fonction tant culturelle que de santé et de subsistance. Pour ce faire nous appuierons notre propos sur un texte de Groenfeldt sur l’éthique de l’eau. |
10h30-10h55 Pause |
11h: Wilfried Lukwamusu Kambamba, «Accès à l’eau potable en milieu urbain du sud. Le paradoxe de la ville de Kinshasa/RDC» Résumé: La ville de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo est confrontée à des défis majeurs en matière d’accès à l’eau potable. Cette situation est paradoxale dans une ville où les ressources en eau sont abondantes. Comment expliquer que dans cette ville, où il y a abondance d’eau, l’accès à l’eau potable reste un défi majeur, et quels sont les enjeux éthiques qui découlent de cette situation ? |
11h30: Romane Barthe, «De l’eau H₂O à la gouvernance des communs: le fleuve Whanganui et l’émergence d’un droit de la nature» Résumé: La reconnaissance juridique du fleuve Whanganui en 2017 illustre un changement de paradigme pour les éléments naturels. Par la loi Te Awa Tupua, les Māori ont fait reconnaître le fleuve non seulement comme sujet collectif et indivisible, mais aussi comme un acteur à part entière dans la gestion de ses ressources. Loin de se limiter à une protection symbolique de l’eau, ce cas montre que le droit peut structurer une relation éthique et juridique entre l’humain et le non-humain. À travers cette étude, il sera montré comment se produit la transition d’un droit occidental classique, centré sur la propriété et la conservation, vers un droit contemporain de la nature capable de soutenir une nouvelle gouvernance des communs et d’intégrer les conceptions autochtones de la nature comme acteur collectif et relationnel. |
12h: Alexandre Poiré, «Contact privilégié et protection de l’eau: l’accès aux berges du Saint-Laurent» Résumé: Depuis près de 50 ans, les habitants du quartier Maizerets dans la ville de Québec luttent pour la protection et l’accès au fleuve Saint-Laurent. La construction de l’autoroute 440 dans le secteur depuis les années 1970 leur en a empêché l’accès. Comment se fait-il qu’une population riveraine se soit vue si longtemps bloquer l’accès au fleuve ? Au Québec, la loi C-6.2 édicte que « [É] tant d’intérêt vital, l’eau de surface et l’eau souterraine, dans leur état naturel, sont des ressources qui font partie du patrimoine commun de la nation québécoise ». Explorant l’hypothèse selon laquelle le contact privilégié avec ces espaces naturels permet de mieux les « protéger », le présent travail sonde les implications d’un tel principe ainsi que ses retombées pratiques. |
12h30 à 13h30 Lunch |
13h30: Jean-Samuel Angers, «Pourquoi les environnements aquatiques ont-ils disparu des jeux vidéo?» Résumé: Autrefois emblématiques, les niveaux aquatiques ont progressivement disparu des jeux d’action et d’aventure. Cette communication explore les raisons de ce déclin en retraçant leur évolution au sein de la franchise The Legend of Zelda. L’analyse met en lumière une transformation profonde des philosophies du design vidéoludique et de la conception des environnements interactifs. |
14h: Félix Giard, «Attribution d’une personnalité juridique au Fleuve Saint-Laurent: entre identité stratégique et mythologique?» Résumé: Il s’agira d’expliciter, en amont, les deux pôles apparents de l’œuvre bachelardienne : celui de la raison et de l’imagination. Quelles sont leurs dynamiques propres ? Ce couple posé - et s’il est juste de supposer que nos imaginaires (qu’ils soient collectifs et individuels) soient presque entièrement investis par un régime d’images technicistes/scientifiques - que peut nous enseigner Bachelard sur la cohabitation de ces deux imaginaires : poétique (ou des éléments), d’une part, et des sciences, de l’autre, à l’aune d’une résurgence – apparemment porté par ce projet de loi – des cosmologies « traditionnelles » dans nos espaces politiques et sociaux. |
14h30: Sébastien Labbé, «L'éthique de la terre comme éthique de l'eau» Résumé: Le concept de continuum hydrologique s’insère dans une compréhension écocentrique de l’eau. Ce dernier, selon Luna Leopold, se différencie du cycle de l’eau et de la durabilité (sustainability). Contrairement au cycle de l’eau qui se concentre principalement sur la question de la durabilité, le continuum s’intéresse à l’intégrité en incluant une dimension qualitative qui met l’emphase sur une flexibilité dynamique afin de permettre une stabilité qui perdure malgré des circonstances changeantes. |
15h-15h25 Pause |
15h30: Valentine Bailly, «Réanimer l’eau avec Val Plumwood: le Serpent arc-en-ciel» Résumé: Un des projets philosophiques de Plumwood est de « ré-animer le monde » en reconnaissant son agentivité. Ce projet dépasse largement le vivant non-humain pour inclure explicitement les pierres qui sont considérées, par excellence, comme une « matière morte » par la modernité. L’eau ne semble pas être laissée pour compte dans ce projet, bien que cette thématique ne soit pas traitée aussi explicitement que les pierres par Plumwood. Cette communication est l’occasion d’explorer une des formes de réanimation que propose Plumwood en établissant une relation dialogique avec l’eau. Pour cela, elle s’appuie sur la culture aborigène locale et le mythe du Serpent Arc en ciel. Ce dernier incarnant les actions de l’eau que la culture occidentale associe au cycle hydrologique. |
16h: Solène Peltier, «De Mnémosyne à matière inanimée: le récit scientifique sur l’H20 s’est-il détaché du mythe?» Résumé : L’hydrologie est une science : c’est le domaine scientifique s’intéressant au cycle de l’eau, par le moyen d’instruments techniques qui permettent d’objectiver des phénomènes naturels percevables dans les écosystèmes. Ainsi, l’eau, considérée comme H2O, devient objet de la recherche scientifique : décomposable, mesurable, maîtrisable. Or, cet H2O possède un passé plus symbolique qui s’éloigne de manière substantielle de notre interprétation moderne. Notre relation à l’eau en tant qu’humain ne s’est historiquement pas construite dans une perspective proprement scientifique, mais plutôt dans la manifestation de symboles diverses, changeant à travers les cultures et les époques. Je propose ainsi d’explorer le récit scientifique moderne pour tenter de voir s’il reste une trace du symbolisme de l’eau dans celui-ci : serait-il possible que la vision scientifique d’H2O construise une nouvelle interprétation du mythe? |
16h30: Nina Moal, «Enjeux symboliques et religieux dans la gouvernance écologique du Gange» Résumé: Le bassin versant du Gange est le plus peuplé du monde, abritant plus de 400 millions de personnes. Sa pollution excessive par l’agriculture, l’industrie mais aussi les rituels religieux, soulève des enjeux de gouvernance particulièrement complexes, en raison de la densité de population, de l’étendue du fleuve (2525 km), de son caractère transfrontalier, et de ses interactions avec des groupes socio-culturels divers. Il s’agit donc ici de mettre en lumière la complexité des questions politiques autour de la gouvernance écologique du Gange sous le prisme de la fonction culturelle de l’eau. |
17h Mot de clôture, Marie-Hélène Parizeau |