Conférence: La quête de précurseurs dans l’historiographie de la physique médiévale avant 1960 : anticipation ou préparation ?
Heure: 11h30 à 12h20
Lieu: Pavillon Félix-Antoine-Savard, salle 428 et en ligne
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Monsieur Yanick Laverdière Doctorant en philosophie médiévale au Département de philosophie de l’Université de Montréal prononcera, suivi d’une période de questions, une conférence en présentiel intitulée: « La quête de précurseurs dans l’historiographie de la physique médiévale avant 1960 : anticipation ou préparation? ».
Résumé:
Dans ses études pionnières concernant la physique, la cosmologie et la statique au Moyen Âge, le physicien français Pierre Duhem affirme haut et fort que l’acte de naissance de la science moderne doit être placé au XIVe siècle parisien. Les scolastiques auraient, selon lui, dépassé le cadre de pensée aristotélicien et anticipé par la même occasion les grandes « découvertes » du XVIIe siècle. Les travaux du Français, regorgeant de ces déclarations grandiloquentes qui bouleversent l’histoire des sciences traditionnelle, ont rallié nombre de disciples durant les premières décennies du XXe siècle. C’est à l’image d’une ruée vers l’or que ses successeurs se sont lancés à la poursuite des précurseurs de l’époque moderne. Les éminents Constantin Michalski et Eduard Dijksterhuis ont approfondi et surtout synthétisé l’œuvre, parfois indigeste, de Duhem en montrant comment des théories modernes, notamment celle de l’inertie, se trouvaient déjà en essence dans les idées d’un groupe de Parisiens associés à Jean Buridan. De l’autre côté de l’Atlantique, Ernest Moody et Marshall Clagett ont abondamment soutenu la circulation des thèses de Duhem sous une forme nuancée et, surtout, rectifié, en plus de contribuer comme nul autre à l’institutionnalisation de l’étude des sciences du Moyen Âge. S’ils sont conscients des erreurs d’interprétation de leurs prédécesseurs, ils demeurent convaincus que les philosophes du XIVe siècle ont participé concrètement à la transition vers une compréhension de plus en plus mécanique de la nature. Entre-temps, Alexandre Koyré et Anneliese Maier n’ont cessé de répéter leurs critiques à l’égard de Duhem. Il y aurait, selon le premier, une « véritable “mutation” de l’intellect humain » qui survient avec la Révolution scientifique du XVIIe siècle ; hors de question d’y voir une quelconque continuité avec les idées de Buridan et de ses compères. Quant à Maier, elle juge que les recherches de Duhem jettent un regard bien trop moderne sur la période médiévale. Si elle admet que les scolastiques ont peut-être préparé le chemin vers la physique moderne, il ne s’agit en aucun cas d’une anticipation à proprement parler. Cette communication entend montrer comment la direction initiale donnée aux recherches en physique médiévale par Duhem a orienté les développements subséquents autour de la quête des précurseurs en plus de fixer un vocabulaire et une grille d’analyse fondamentalement rétrospectifs aux travaux.
ENTRÉE LIBRE